Promenade à vélo sur le Vélib' parisien

Sur les 16 000 vélos en service depuis le 11 juillet 2007, 3000 ont été sérieusement endommagés et 3000 ont disparu. Aux différentes bornes parisiennes, il devient important de vérifier que le verrouillage de la selle n’est ni bloqué ni endomma
Photo: Sur les 16 000 vélos en service depuis le 11 juillet 2007, 3000 ont été sérieusement endommagés et 3000 ont disparu. Aux différentes bornes parisiennes, il devient important de vérifier que le verrouillage de la selle n’est ni bloqué ni endomma

Les bicyclettes en libre service sont très attrayantes pour le citoyen et le touriste

Après de nombreux essais infructueux depuis plusieurs décennies, dont le fiasco des célèbres vélos blancs d'Amsterdam dans les années 1960, le concept des vélos en libre service semble connaître aujourd'hui un énorme succès grâce aux nouvelles technologies de l'information. Ainsi, les Vélib' de Paris ont soufflé leur première bougie l'été dernier et vont bientôt s'étendre aux communes de la couronne parisienne. Pour sa part, Montréal lançait en septembre dernier son projet-pilote d'un concept similaire.

Paris — Le principe des Vélib' est fort simple. Pour un euro par jour (cinq par semaine ou 29 par année), un usager peut retirer l'une des 16 000 bicyclettes du réseau dans 1200 stations. Arrivé à destination, il suffit de trouver une autre station et d'y déposer son vélo. Le système informatique enregistre automatiquement la remise.

Plus alléchant encore, surtout pour les touristes de passage à Paris, la première demi-heure de chaque emprunt de Vélib' est gratuite. Il suffit donc de trouver une borne toutes les 25 minutes, disons, puis de déposer son vélo et de le ressortir immédiatement, pour pouvoir pédaler allègrement sur les 400 kilomètres de voies cyclables de la capitale... à seulement un euro par jour.

Autre avantage: la totale liberté de laisser le vélo où bon nous semble, de continuer à pied puis de reprendre un vélo plus loin. Par exemple, vous voulez faire les quais de l'île de la Cité à pied? Rendez-vous à bicyclette à la cathédrale Notre-Dame et déposez-y votre vélo. Descendez quelques marches et allez admirer le coucher de soleil sur le Louvre depuis la pointe ouest de l'île. Remontez par le pont Neuf et ses magnifiques visages sculptés dans la pierre et récupérez un vélo dans une autre station, ou allez flâner à pied dans les jardins des Tuileries!

La tarification encourage les courts trajets et maximise la rotation des vélos. La première demi-heure supplémentaire vous coûtera un euro, la deuxième, deux euros, la troisième, quatre euros...

Les vélos spécialement conçus pour le projet sont relativement confortables. Ils pèsent 22 kilos et possèdent une bonne selle, trois vitesses au poignet, une lumière avant et une arrière, en plus d'un petit câble escamotable qui permet d'accrocher son vélo et de le verrouiller à l'aide d'une petite clé intégrée et amovible. Un panier devant le guidon permet d'y déposer son sac (et son plan de Paris!). Les vélos de Montréal sont différents, spécialement conçus par le designer québécois Michel Dallaire.

Il suffit d'une carte de crédit pour prendre un Vélib' (mais attention, les cartes étrangères sans puce ne sont pas acceptées) et s'acquitter de son abonnement après avoir laissé un dépôt de 150 euros. Un numéro est alors assigné, qu'il suffira de saisir dans chaque borne. Pour retirer un vélo, il faut ensuite taper le numéro de la bornette du vélo désiré et le tour est joué. Et les informations sont disponibles en huit langues: français, anglais, espagnol, allemand, italien, arabe, chinois et japonais.

Cette dernière étape permet de choisir un vélo en bon état, après avoir vérifié que le verrouillage de la selle n'est ni bloqué ni endommagé, que les deux pneus sont bien gonflés et que la chaîne fonctionne bien! Les abonnés annuels et les propriétaires d'une carte Navigo peuvent même sauter la première étape. Il leur suffit de passer leur carte magnétique devant un lecteur directement sur la bornette du vélo choisi et le tour est joué.

Sur les 16 000 vélos en service depuis le 11 juillet 2007, 3000 ont été sérieusement endommagés et 3000 ont disparu, explique la porte-parole de JC Decaux, l'entreprise privée qui a mis en place le système. JC Decaux est le chef de file du mobilier urbain publicitaire en France et ailleurs dans le monde. Après un premier essai à Vienne en 2004, JC Decaux a peaufiné son système (dont de nouveaux vélos) à Lyon en 2005 (3500 vélos et 340 bornes), pour ensuite obtenir le contrat à Paris.

L'entreprise privée assure l'entretien des vélos et gère tout le système informatique. La Ville de Paris touche les revenus des abonnements (estimés à 20 millions d'euros pour 2008). En contrepartie de ses quelque 1600 espaces publicitaires à Paris, JC Decaux a investi 90 millions d'euros (ce qui couvre les vélos, les bornes et les panneaux publicitaires) et a breveté le système sous le nom de Cyclocity, chaque ville baptisant son service à sa guise.

Populaire chez les moins de 45 ans

L'expérience semble fort concluante, tant pour le partenaire privé que pour le partenaire public. Sans parler des usagers. Parmi les 205 000 abonnés et les 29 millions d'utilisations, le taux de satisfaction était de 94 % l'été dernier. Le trajet moyen était de 18 minutes. Les utilisateurs de Vélib' sont majoritairement jeunes: moins de 45 ans (39 % de 26-35 ans, 23 % de 16-25 ans et 21 % de 36-45 ans). Les banlieusards représentent 33 % des utilisateurs. La Ville de Paris va d'ailleurs étendre à ses frais l'infrastructure pour couvrir les zones limitrophes des 30 communes de la couronne parisienne à compter de cette année.

Pour 81 % des utilisateurs, le Vélib' a remplacé des déplacements effectués à l'aide d'un autre moyen de transport. La période de pointe pour les Vélib' est de 18h à 20h (41 % des usagers), puis de 7h à 9h et de 20h à 22h (24 %), suivie de près par les sorties en après-midi et les «fêtards» (14h-18h et 22h ou plus, 20 %).

Au 21 septembre 2008, les Vélib' comptaient 39 millions d'utilisations et 226 000 abonnés; 58 % d'hommes et 42 % de femmes les utilisent. Le taux de réabonnement est de 70 %: le Vélib' parisien semble bel et bien dopé par l'engouement qu'il suscite, alors que les Autolib sont déjà à l'étude...

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Collaborateur du Devoir

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- Renseignements: www.Vélib.paris.fr