Livre - L'Asie de la sagesse

Après Hommage à l'Himalaya, puis à l'Inde, à l'Afrique et à l'Amérique latine, le photographe Olivier Föllmi nous offfre Hommage à l'Asie (Éditions de La Martinière), un volume grand format aux images à mille lieues des représentations exotiques qui nous parviennent d'ordinaire de ce continent. Réunissant les meilleures photographies d'un précédent ouvrage, Éveils, 365 pensées de sages d'Asie, Hommage fait la part belle aux portraits et aux gros plans (détails d'un bouddha, d'un jardin zen, d'une étoffe) comme pour saisir l'essence des hommes et de leur environnement.

C'est depuis Bangkok, une capitale que la civilité rend profondément humaine et agréable, explique Föllmi, qu'il a sillonné en tous sens l'Asie pendant huit mois, l'oeil dans le viseur. Au Japon, il apprendra que «grâce à sa rigueur, la société japonaise offre la même liberté pour tous: le respect de chacun». Fort de cet apprentissage, il se délestera, au pied d'un arbre d'un grand parc de Tokyo, de son sac à dos bourré de matériel photo pour l'y retrouver intact deux heures plus tard!

De la Chine, où il s'était déjà rendu en 1984, il avait gardé l'image d'un pays «policé, buté, sale et ignorant». Plus de deux décennies plus tard, il en tire une leçon de vie: «La liberté de créer [...] a rendu au peuple une légitime envie de vivre, et les villes explosent de dynamisme.» Au Laos, il fait la rencontre d'un peuple d'une incroyable douceur: «Leurs gestes sont des caresses, leurs paroles des murmures, leur regard est empli d'humanité.»

Depuis, il ne rêve que d'une chose: tout abandonner et s'installer à Luang Prabang. Au Myanmar, le photographe dit effectuer «un voyage amoureux». Il confie «rentrer le soir avec plus de larmes prêtes à s'épancher que de pellicules dans mon sac». C'est qu'il lui semble avoir partagé, par ces regards échangés avec moines, femmes et enfants, «quelque chose de bien plus profond, de bien plus ancien, de bien plus grave qu'un simple sourire de rencontre».

Sensibilité? Sensiblerie? Föllmi s'interroge sur son état d'esprit, mais il n'en immortalise pas moins des images qui font du bien à regarder.

À la toute fin de l'ouvrage de 320 pages, la compréhension succède à l'émotion: les photos sont reproduites en mini-format et accompagnées de légendes étoffées signées Virginie de Borchgrave d'Altena, journaliste spécialiste de ces contrées.

Bref, pour qui s'intéresse à la photographie, ce beau livre, qui en constitue à son insu un cours magistral, inspire le dépassement par émulation. Et pour qui s'intéresse à l'Asie, il invite à poser un regard neuf, lavé de tout cliché, sur ses hommes et ses paysages lors d'un prochain voyage. Tout un hommage, en effet!

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Collaboratrice du Devoir

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