Îles Fidji - Putsch mais putsch égal

Îles Fidji — «Depuis le dernier putsch, nos affaires ont chuté dramatiquement», explique Clint Carlson, directeur du Lalati Resort & Spa, sur l'idyllique île de Beqa, dans l'archipel des Fidji. Le responsable? Les avertissements consulaires des États-Unis et de l'Australie, qui recommandent à leurs ressortissants de considérer tous les risques qu'implique un voyage aux Fidji, autant que faire se peut.

«Balivernes!, s'insurge Clint Carlson, originaire du Minnesota. Les Fidjiens sont les gens les plus doux, les plus paisibles, les plus amicaux qui soient: à preuve, tous les putschs se sont déroulés sans qu'aucune goutte de sang ne soit versée... »

Une semaine et quatre îles arpentées plus tard, force est de constater qu'il n'a pas tort, le primesautier minnesotais: aucune velléité de soulèvement ne s'est fait sentir, aucun chouia d'agitation populaire n'est venu assombrir le tableau quasi parfait des ces îles édéniques.

«Ces gens ont besoin d'un chef de tribu, c'est tout, ils ne sont pas intéressés par la politique nationale, ajoute Carlson. Bien sûr, quelques exceptions existent à Suva, la capitale où eurent lieu de rares manifs. Mais rien n'est plus facile que d'éviter cette ville: même l'aéroport international est situé à l'autre bout de l'île.»

C'est après avoir sous-bourlingué en-deçà de l'étale de toutes les mers du globe que ce plongeur assidu est venu s'établir aux Fidji, en 2002, pour prendre sa retraite en compagnie de sa femme-grenouille. Selon lui, peu de pays peuvent se targuer de bénéficier de splendeurs abyssales aussi éblouissantes que les profondeurs sous-marines des Fidji.

Pour tenter d'attirer tous les papalmerazzi du monde, les Carlson ont donc établi leur base sur l'une des îles de l'archipel fidjien, en retrait des fonds trop fréquentés de certaines côtes. Pour flatter les écotouristes dans le sens de la verdure, ils ont également aménagé de petits bungalows écolosensibles: on boit l'eau collectée des pluies dans les chambres, les eaux usées sont filtrées dans un treillis de restes de noix de coco, on composte ferme et tous les savons et shampooings fournis sur place sont biodégradables, entre autres gestes verts posés par l'établissement. Malgré tout, une bonne partie de la clientèle traditionnelle boude toujours le Lalati.

«Le pire, poursuit Carlson, c'est que même si des Américains veulent venir séjourner aux Fidji, ils se verront parfois refuser toute couverture par leur compagnie d'assurance, toujours à cause des avertissements consulaires. Or les Américains, les Néo-Zélandais et les Australiens sont les clients les plus fréquents des Fidji... »

Il n'y a pas si longtemps, cet archipel du bout du monde recevait 700 000 visiteurs par année, des entrées qui ont chuté d'au moins 30 % depuis le dernier putsch. Là-dessus, on compte à peine 2 % de Canadiens (surtout du ROC), une proportion que les exploitants du tourisme aimeraient évidemment voir croître pour compenser les pertes encourues par l'absence de la frileuse clientèle états-unienne.

Cela dit, les Carlson ont beau manger leurs palmes, d'autres établissements continuent d'évoluer comme si de rien n'était. C'est le cas du splendissime Royal Davui Resort, un éblouissant complexe de villégiature qui loge sur la totalité d'une petite île privée, de même que du fort joli Namale, qui appartient au motivateur américain Tony Robbins.

Le célèbre géant de la pensée positive y dispose d'une résidence, d'un agréable spa avec vue sur l'infini de la mer et de petits bungalows tout confort en forme de traditionnels bure, où s'attroupent régulièrement ses adeptes en mal de conseils sur la voie à suivre pour mener leur vie à bien.

De son côté, le Shangri-La de Yanuca, sur la resplendissante Coral Coast de Viti Levu, ne semble pas trop souffrir de la chute de l'affluence touristique. «Compte tenu des circonstances, je crois que nous pouvons nous accorder une note de passage de C+», assure Ranjini Reddy, coordonnatrice des ventes de ce complexe de villégiature qui accuse 40 ans bien sonnés. Ce dernier est d'ailleurs quelque peu représentatif d'un segment de l'industrie touristique fidjienne: d'une part, il conserve certaines composantes plus ou moins vieillottes (comme le lobby); d'autre part, il se met au goût du jour avec un gym hypermoderne et des aires publiques fraîchement retapées. Quant à son site, magnifique, il demeure indémodable et hautement recherché pour les séjours en famille.

À certains égards, les Fidji vivent toujours à l'heure d'une époque où tout un chacun était prêt à payer le gros prix pour accéder au paradis. Mais avec la multiplication des édens touristiques et la facilité avec laquelle on y atterrit désormais, la destination attire moins. Même s'il n'y pas lieu d'imaginer qu'on puisse dire un jour «Ci-gît Fidji», la situation ne devrait pas aller en s'améliorant vu l'éloignement de cet archipel (12 heures de vol de Vancouver) et compte tenu de la récession.

En attendant que le président autoproclamé Bainimarama tienne sa promesse d'organiser des élections libres en 2009 — ce qui devrait rassurer les derniers voyageurs pusillanimes —, un mégaprojet touristique verra le jour en septembre et fera vraisemblablement parler des Fidji: le Poseidon Undersea Resort sera le premier complexe de villégiature sous-marin au monde. Mais à 15 000 $ la semaine, il y a fort à parier que l'essentiel des visiteurs préférera encore verser dans la robinsonnade, à l'une ou l'autre des 333 îles fidjiennes...

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Renseignements: www.bulafiji.com, www.royaldavui.com, www.lalati-fiji.com, www.shangri-la.com, www.namaleresort.com; www.poseidonresorts.com.

L'auteur était l'invité du Bureau de tourisme de Fidji, d'Air Pacific et de WestJet.

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Collaborateur du Devoir

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