Charente - Tournée au pays de Champlain

Une ruelle de Talmont
Photo: Une ruelle de Talmont

Pour prolonger les célébrations du 400e anniversaire de la fondation de Québec, pourquoi ne pas aller jeter un coup d'oeil de l'autre côté de l'Atlantique et remonter aux racines de Champlain, en Charente? Un «pèlerinage» dans la ville natale de Champlain, à Brouage, en France, sera aussi l'occasion de découvrir les nombreux autres attraits des Charentes: les îles de Ré et d'Oléron, les huîtres de Claires, La Rochelle, la Venise verte du marais poitevin, Cognac et Royan, ville natale de Dugua de Mons qui a financé les expéditions du fondateur de la Nouvelle-France.

Région de Charente — Visiter Brouage, ravissante petite place-forte en étoile au sud de La Rochelle, c'est déambuler dans de charmantes rues pavées puis monter sur les murailles, embrasser les champs environnants à perte de vue et apercevoir quelques claires, ces bassins d'élevage des huîtres qui ont remplacé les marais salants. Un chemin sur les murailles fait le tour de la place-forte, une promenade ponctuée des échauguettes de Brouage, des tourelles en coin coiffées d'une fleur de lys en pierre.

Un crochet s'impose par l'église de Brouage, superbement restaurée à l'extérieur. À l'intérieur, les vitraux évoquent Montréal et Québec, le Nouveau-Brunswick et l'Ontario (des dons respectifs des juridictions.)

Un passage dans la Halle aux vivres, avec son exposition permanente, permettra de mieux comprendre l'évolution de Brouage et le contexte de l'époque avant la figure imposée, la Maison Champlain. Le musée, ouvert en 2004 (400e de l'île Sainte-Croix), propose divers îlots multimédia très bien conçus. Le visiteur y apprendra que Champlain a grandi dans l'effervescence d'un port international du commerce du sel doublé d'une petite cité multiculturelle tournée vers le Nouveau Monde. La Maison Champlain est un édifice tout neuf où Champlain ne vécut jamais; deux maisons qui l'auraient accueilli subsistent toutefois.

Le sel, or blanc produit dans les marais salants environnants, est stratégique pour la conservation de la nourriture. Les vaisseaux arrivent de toute l'Europe, et d'ailleurs pour certains, avant d'appareiller pour la pêche à la morue (salée) à Terre-Neuve.

Le havre de Brouage, capitale européenne du sel, dit-on, fourmille de personnes du monde entier, véritable Babel où résonnent les accents de plus de vingt langues. Un oncle dans la marine marchande emmène le jeune Champlain à s'embarquer une première fois et scelle son goût du large et des contrées lointaines. Brouage, fortifiée en étoile par Vauban, s'insérera dans un chapelet de forts maritimes pour défendre la côte contre les Anglais, dont les îles d'Oléron et de Ré, le Fort Boyard, La Rochelle. Brouage sera aussi une place-forte d'où Richelieu mènera le siège de La Rochelle contre les Protestants.

Après une journée complète pour profiter de Brouage, un saut de puce vers le sud mènera au pays de l'huître de Claires.

Les Fines de Claires

Les marées dans le golfe de Saintonge découvrent de vastes étendues où sont installés des parcs à huîtres. À l'approche de la marée basse, il faut voir tous ces ostréiculteurs partir au large, tels des agriculteurs de la mer allant aux champs, sur leurs longs bateaux à fond plat qui strient le bleu de l'eau de leur sillage blanc.

Mais c'est à terre que les huîtres dites de Claires développent ce goût typique iodé qui peut durer en bouche plusieurs dizaines de minutes. Des bassins d'élevage creusés dans la glaise, les Claires sont à l'huître, dit-on, ce que la barrique est au vin.

À Marennes, la Cité de l'huître est un attrait touristique éducatif fort réussi qui fait découvrir ce monde méconnu de l'huître et son écosystème. Pour voir le quotidien des ostréiculteurs, il faut aller sur l'autre berge, La Seudre, à La Tremblade, sur la grève à l'extrémité d'un long chenal ponctué de cabanes d'ostréiculteurs sur pilotis.

Oléron, la grande île nature

En face de Marennes, après un pont-viaduc de trois kilomètres, s'étire l'île d'Oléron sur 34 kilomètres. Outre ses huîtres et le château, ancienne forteresse de Vauban, Oléron offre de nombreuses plages de sable où les surfeurs du coin chevauchent les vagues de l'Atlantique, sans parler des longues tiges fleuries des roses trémières rose pale, mauves et rouge sang, omniprésentes dans la région.

À Petit Village, l'écomusée du sel et son marais salant valent le détour. Tout au bout de l'île, le phare de Chassiron offre une vue imprenable du haut de ses 224 marches. Au pied de la falaise, la marée basse découvrira un parterre de rochers et des écluses à poissons, sortes de digues en arrondi qui retiennent l'eau.

De retour sur le continent, en route vers La Rochelle au Nord, un arrêt à Rochefort s'impose. Fondée pour le grand arsenal de Louis XIV afin de contrecarrer la puissance maritime de l'Angleterre, la ville abrite l'immense Corderie royale, la plus longue manufacture de l'Europe d'alors, qui se visite. Le site accueille aussi le chantier de la réplique de L'Hermine, frégate de Lafayette partie en 1790 depuis Rochefort.

Incontournable La Rochelle

À La Rochelle, une promenade dans l'intimité du Vieux-Port mènera à l'exposition permanente de la Tour de la Chaîne, créée pour le 400e de Québec: La Rochelle-Québec; embarquez vers la Nouvelle-France. La muséographie très contemporaine évoque la condition des émigrants pour la Nouvelle-France, leur départ, leur trajet et leur installation.

Dans la vieille ville, les arcades couvertes témoignent du riche passé commerçant de la ville. Après un passage à l'hôtel de ville, petit château-fort de style Renaissance, un arrêt au marché, une ravissante halle couverte, fera goûter au quotidien des Rochelais.

Le musée d'histoire naturelle, qui vient de faire peau neuve, vaudra également le détour, si ce n'est que pour sa salle sur l'écologie locale et les marais littoraux, ainsi que son jardin botanique.

Ré, typique et huppée

À quelques minutes de La Rochelle, au bout d'un autre pont-viaduc de trois kilomètres, la ravissante île de Ré est le joyau de la côte. Longue de 26 kilomètres et très étroite (70 mètres à 5 kilomètres), Ré a su rester typique avec ses villages entiers de petites maisons blanches aux volets bleus ou verts. Ré s'est aussi embourgeoisée à la vitesse grand V, avec des prix d'immobilier qui ont flambé.

À Saint-Martin en Ré, la «capitale» et son charmant petit port, il faut déambuler dans les ruelles piétonnes où se dressent d'innombrables bosquets de roses trémières aux couleurs multiples. Dans la cour du Musée Ernest-Cognacq, une immense photo satellite de l'île à même le sol est étourdissante de beauté. Du coup, on décidera de pousser jusqu'à Ars en Ré, de louer un vélo et d'explorer la pointe de l'île.

Une des nombreuses pistes cyclables de l'île traverse la réserve ornithologique des Lilleau (220 hectares). Ces anciens marais salants situés sur d'importantes routes de migrations accueillent plus de 300 espèces d'oiseaux. La Maison du Fier, propose des visites guidées.

Plus loin, à la terrasse d'un café au coeur du village de Porte-en-Ré, le Saint Tropez de l'Atlantique, le temps semble s'arrêter. Au retour, on s'écrasera sur le sable blanc de la plage du Petit Bec, lovée dans une immense baie bordée de pins. Au loin se dresse le phare des Baleines, d'où il faut admirer le coucher du soleil et les écluses à poissons à marée basse, ou déguster quelques huîtres dans le charmant restaurant installé dans ce bout du bout du monde.

La Venise verte et Cognac

Autre perle, mais à l'intérieur des terres, le marais poitevin et ses canaux sont un havre de calme et de sérénité à une heure de route de La Rochelle. Des balades en barques plates font découvrir lentement, au fil de l'eau, ce labyrinthe de canaux aménagés pour drainer la région et créer des parcelles pour l'agriculture.

Un musée local, la Maison des marais mouillés, à Coulon, propose un magnifique diaporama avec maquette de 15 mètres carrés sur cet écosystème à l'hydrologie complexe et son histoire. Le charme des petits villages et la gastronomie du coin inviteront à rester pour passer la nuit dans cette région trop méconnue, pour redescendre au sud, vers Cognac, qui a donné son nom à la célèbre eau-de-vie distillée deux fois.

L'exceptionnel Musée du Cognac est incontournable, couvrant toutes les facettes du produit, de la production à la commercialisation. Une visite d'une des grandes maisons de négoce s'impose (à souligner: la Maison Otard qui possède l'ancien château du roi de France, François 1er), sans oublier la vieille ville de Cognac

Pour découvrir une plus petite exploitation d'un producteur qui commercialise son propre produit, on pourra descendre aux abords de l'estuaire de la Gironde et s'arrêter au Château de Beaulon pour goûter également du Pineau des Charentes (vin fort à base de cognac).

Royan et l'estuaire

Remonter ensuite vers Royan, l'autre grande ville de la région, fera découvrir les bords de la Gironde, le plus grand estuaire d'Europe. Le village de Talmont offre un point de vue excellent avec, en prime, une église romane perchée au bord de la falaise et toujours ces charmantes ruelles de maisons basses où poussent les roses trémières.

À St. George de Didonne, le Parc de l'Estuaire propose balade en forêt, belvédère, une excellente exposition interactive sur l'écologie de l'estuaire, en plus d'une vue imprenable sur Royan et la longue plage de la baie de St. George.

À Royan, c'est l'architecture contrastée qui attirera l'attention. L'ancienne station balnéaire très huppée avec ses ravissantes villas aux toits en pointe fut rasée à 85 % par les bombardements en 1945. La reconstruction a doté la ville d'un patrimoine architectural moderne des années 50, unique par son ampleur, sa diversité, voire sa fantaisie, avec de nombreuses maisons individuelles et une cathédrale en béton. Mais Royan ne compte pas de musée en l'honneur de celui que certains appellent le cofondateur de Québec, Dugua de Mons.

Ainsi se termine cette grande boucle de près de 700 kilomètres au pays de Champlain, au bord de l'océan, à quelques dizaines de kilomètres de Brouage, où tout a commencé il y a quelque 400 ans: la grande aventure de la Nouvelle-France.

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En vrac

On peut partir avec Air France pour La Rochelle via Paris (www.airfrance.fr) ou Air Transat pour Paris (www.airtransat.com), puis en TGV depuis Paris ou Roissy vers La Rochelle, ou en train direct vers Royan (www.raileurope.com).

À lire: Le Poitou-Charentes, Éditions Ouest-France (2001), distribué par les guides Ulysse (www.guidesulysse.com).

Brouage (www.officedetourismebrouage.com): commerces, hôtels, chambres d'hôtes: www.brouage.net, www.brouage.org.

Salines de Brouage: production de sel, juste à l'extérieur de Brouage, www.lessalinesdebrouage.pagesperso-orange.fr/index.htm.

La Tremblade: sur la grève, mini-écomusée de la production de l'huître de claires de l'ostréiculteur Daniel Conseil, 05-46-36-01-19.

Marennes, la cité de l'huître: aventure de l'Huître, 9, Cabane des Claires, 6, www.cite-huitre.com.

Île d'Oléron (www.ile-oleron-marennes.com, www.oleron.org): visite du phare de Chassiron. Le Port des salines: visite du marais salant, écomusée, www.oleron-nature-culture.com; Le P'tit train de St-Trojan (forêt domaniale), www.le-ptit-train.com.

Rochefort: Corderie royale, www.corderie-royale.com.

La Rochelle (www.larochelle-tourisme.com): Muséum d'histoire naturelle, www.museum-larochelle.fr; exposition La Tour de la Chaîne, www.monuments-nationaux.fr.

Île de Ré (www.iledere.com): péage du pont; Musée Ernest Cognacq, Saint Martin, www.saint-martin-de-re.fr; Réserve Lilleau des Niges, Portes en Ré, www.lilleau.niges.reserves-naturelles.org; Écomusée du marais salant, Loix, www.marais-salant.com.

Maison des Marais mouillés (Maraiscope), Coulon, www.tourisme-deux-sevres.com; promenades en barques, embarcadère Bardet-Huttiers, Arçais, visite guidée, www.marais-arcais.com.

Musée des arts du Cognac, www.ville-cognac.fr; Maison de Cognac Otard, www.otard.com; visite du Vieux-Cognac, www.tourism-cognac.com; Château de Beaulon, Saint-Dizan du Gua, www.chateau-de-beaulon.com; Festival de Blues de Cognac, www.bluespassions.com.

Parc de l'Estuaire, St. George de Didonne, www.leparcdelestuaire.com.

Royan: visites guidées, www.royan-tourisme.com, www.pays-royannais-tourisme.com.

Ce reportage a été réalisé avec la participation de Maison de la France (www.franceguide.com), des Comités départementaux du tourisme de Charente-Maritime (www.en-charente-maritime.com), des Deux Sèvres (www.tourisme-deux-sevres.com) et de la Charente (www.lacharente.com), puis de Rail Europe (raileurope.com).

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Collaboration spéciale

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