Beaux livres - L'Asie et rien d'autre

Quand on dispose, comme la maison Lonely Planet, d'une véritable armada de collaborateurs photographes, on a évidemment avantage à tirer profit de sa colossale banque d'images. Surtout lorsque les images valent leur pesant de mots et qu'elles servent d'impulsion au départ, en un rapide coup d'oeil.

À mi-chemin entre le beau livre et le guide de voyage, Toute l'Asie, pays par pays - Les raisons de partir (Collectif, Éditions Lonely Planet) permet ainsi d'effectuer une sympathique incursion sommaire, essentiellement visuelle, dans une Asie au sens très large (elle englobe ici tout le Proche-Orient, Gaza y compris). Chaque pays est présenté brièvement par quelques-unes de ses caractéristiques, dont des «marques de fabrique» et des «faits divers», et surtout par un vaste étalage de clichés.

Si ceux-ci ont parfois le grain un peu gros et ne sont pas tous d'une grande netteté, la majorité sont d'un réel intérêt par leur puissance d'évocation, et surtout par la grande variété des sujets couverts. Fort souvent, on sort ainsi du cadre touristique pour rejoindre celui de l'ethnologie, de la sociologie ou de l'actualité, notamment à travers une impressionnante galerie de personnages.

Et puis, quand a-t-on vu pour la dernière fois des images réjouissantes de l'Irak, de l'Afghanistan, du Pakistan ou de la Corée du Nord?

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Dans l'orbite du globe

Tout le monde peut voyager, mais ce n'est pas tout un chacun qui peut prétendre l'avoir vraiment fait, en prenant son temps, en s'égarant, en laissant l'imprévu guider ses pas. Idem pour la photo de voyage: n'importe qui peut croquer une bête carte postale, mais ne peut saisir qui veut la substantifique nature d'un lieu, d'un personnage, d'une situation. Gilles de Chabaneix, lui, le pouvait, comme en fait foi son ouvrage Voyager (Aubanel, 312 pages).

On aurait pu croire que sa caméra se perdrait entre les reliefs de la frivolité en sachant que ce talentueux photographe était avant tout spécialisé dans l'art de vivre, la mode et la décoration. Mais non. Entre deux séances de photos, l'homme promenait son oeil partout. Et quel oeil. L'oeil capable de repérer, de cadrer, d'ajuster son angle et de transformer en tableau une scène ou une portion de scène pour laquelle la moyenne des pupilles n'aurait même pas frémi.

Regroupées par thèmes (la pierre, les enfants, télescopages et correspondances...) ou par lieux (les Maramures, Buenos Aires, Ceylan...), les images de cet imposant portfolio retracent 30 ans de photoreportages qui donnent «l'occasion d'un formidable voyage à travers le monde, l'apprentissage d'un art de le regarder, d'aussi près que possible». Le tout en 700 photos sélectionnées par Catherine, l'épouse du photographe. Car Gilles de Chabaneix n'est plus: parti faire du repérage dans l'au-delà en 2004, il n'en est jamais revenu. Et si les sujets qu'il a trouvés là-bas surpassaient tout ce qu'il a pu voir sur Terre?

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Collaborateur du Devoir

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