Joyau du Queensland - La Grande Barrière de Corail

Chaque année, près de deux millions de touristes visitent la région pour admirer cette merveille naturelle qui trace une ligne turquoise, parallèle à la côte est australienne, sur plus de 2000 kilomètres.
Photo: Chaque année, près de deux millions de touristes visitent la région pour admirer cette merveille naturelle qui trace une ligne turquoise, parallèle à la côte est australienne, sur plus de 2000 kilomètres.

Cairns — Il est des moments où on se demande si on a bien fait de se lever ce jour-là. Par exemple lorsqu'on apprend qu'il va falloir descendre à 12 mètres dans l'océan alors qu'on a toujours eu peur des profondeurs. Mais une fois sur la plateforme de plongée, à plus de 30 kilomètres au large de la côte du Queensland, un retour en arrière n'est plus possible. Puis, la perspective d'apercevoir Nemo, le petit poisson-clown vedette du film de Disney, fait des miracles.

En combinaison, les bouteilles d'oxygène bien fixées sur le dos, ne reste donc plus qu'à répéter les instructions et les signes que James, l'instructeur de Quicksilver, tente d'inculquer aux plongeurs débutants. Un pouce levé pour dire que tout va bien, un mouvement sur la gorge pour signifier qu'on ne parvient plus à respirer... Pas très rassurant. Mais on n'a pas le temps de réfléchir — heureusement! — qu'il faut déjà descendre, doucement, le long d'un filin qui mène au fond de l'océan.

À quelques mètres, un énorme poisson vert, le labre maori, pas farouche, accueille les visiteurs. Nemo est là lui aussi, caché au sein d'une anémone de mer. Tandis qu'on se promène parmi des coraux mous ou durs et des palourdes géantes, la panique disparaît. Et après quelques minutes d'émerveillement, on ne quitte qu'à regret ces profondeurs si belles.

Chaque année, près de deux millions de touristes visitent la région pour admirer la Grande Barrière de corail, merveille naturelle qui trace une ligne turquoise, parallèle à la côte est australienne, sur plus de 2000 kilomètres. Couvrant une superficie de presque 350 000 kilomètres carrés — soit autant que celle de l'Allemagne —, la Grande Barrière, classée au Patrimoine mondial de l'humanité, est visible depuis le ciel. Le site multiplie les superlatifs: plus grand récif corallien du monde, formé de 2600 massifs distincts, il présente également la plus grande biodiversité de tous les écosystèmes de la planète. En effet, 1500 espèces de poissons, 400 variétés de coraux et 4000 sortes de palourdes et mollusques, entre autres, y ont leurs quartiers.

La Grande Barrière abrite aussi baleines, dauphins et dugongs, ce grand mammifère marin au nez de clown. Bien sûr, on ne les voit pas tous en une journée, mais le spectacle est saisissant dans ces eaux tropicales aux températures plus qu'agréables, avec un minimum de 22 ºC durant la saison sèche. Pourtant, le corail — une conglomération de polypes — est menacé, ici comme ailleurs dans le monde, par le blanchissement causé par la pollution des eaux, le réchauffement climatique et l'acidification des océans. Un sérieux motif d'inquiétude pour les opérateurs touristiques, parfois eux aussi accusés d'endommager la Grande Barrière.

Les guides essaient donc de soigner leur trésor: pas question de toucher aux coraux, petits organismes fragiles. «Même de la pointe des palmes. Et interdiction totale de ramener quoi que ce soit, prévient James. On a de la chance, la Grande Barrière est toujours très belle. Mais si les prévisions se vérifient, elle pourrait disparaître au cours de notre vie», commente Erika Larsen, biologiste marine, employée sur la plateforme.

Avant d'arriver au milieu du Pacifique, il y a eu le passage obligé par Cairns, ville côtière du nord du Queensland, paradis pour voyageurs internationaux, où l'on entend parler tant le japonais et l'allemand que l'anglais. La ville est agréable, entourée d'une végétation luxuriante. Elle est surtout le point de départ pour tous les types d'excursions sur le Pacifique. Pas besoin d'être sportif, on peut aussi juste se prélasser, dans les îles Frankland par exemple.

Après 40 minutes de navigation depuis Cairns, juste avant que le roulis ne fasse ses premières victimes parmi les passagers, le bateau s'immobilise. Devant nous, l'île de Normanby étend ses plages désertes d'un sable blanc composé de millions de particules de corail déposées au fil des millénaires.

Cette fois-ci, la journée se prête au snorkeling, avec masques, tuba et palmes. «N'oubliez pas de cracher dans votre masque avant d'entrer dans l'eau», ordonne le guide David Witherall. La mine gênée, on s'exécute, désolés d'avoir à remiser ces bonnes manières que l'on aurait voulu garder même en maillot de bain.

Mais la technique est efficace pour se débarrasser de la condensation et voir clairement les coraux en forme d'éventail, de cerveau ou de spaghetti, à quelques mètres de profondeur. «Ce massif-là, d'après sa taille, doit avoir 200 ans. Il était probablement déjà ici lorsque le capitaine Cook est passé et a nommé l'île», explique David. Les coraux pourraient être rouges, bleus ou jaunes mais, manque de chance, aujourd'hui la lumière n'est pas assez forte et l'océan est trop agité pour qu'on distingue bien leurs couleurs. On se console en suivant la grande tortue de mer qui poursuit son bonhomme de chemin, imperturbable, au fond de l'océan.

Si Cairns est la Mecque des plongeurs, Port Douglas, à quelque 40 kilomètres au nord, est un paradis pour vacanciers avides de farniente. La petite station balnéaire multiplie les attraits. Point le plus rapproché de la Grande Barrière de corail, elle se trouve en outre à la limite de la forêt vierge tropicale humide de Daintree, elle aussi inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité. Ici, une journée débute par une balade ou un cours de yoga très branché sur la plage de Four Mile, bordée de cocotiers.

On peut continuer par un tour dans la belle réserve zoologique de Rainforest Habitat, qui abrite loriquets, perroquets Eclectus et échassiers, mais aussi un nombre impressionnant de wallabies ou de kangourous, lesquels, visiblement repus, sautent à travers les sentiers sans se soucier des touristes tentant de les appâter. Le koala ne bronche pas davantage devant les visiteurs et reste paresseusement accroché à son eucalyptus, l'oeil très vide. Il est vrai que l'animal n'a jamais brillé par son activité, sa principale occupation consistant, selon les mauvaises langues, à mâcher inlassablement les feuilles de son arbre favori.

Pour tenter de les voir dans leur habitat naturel, on se rendra à l'orée de la forêt vierge, à Mossman Gorge, où s'est établie la communauté aborigène de Kuku Yalanji. Les Aborigènes sont présents en Australie depuis 40 000 ans et sont parvenus à survivre aux conditions très dures du continent grâce à une connaissance étendue de la nature. Aujourd'hui, la minorité longtemps méprisée par les colons européens souffre de problèmes socioéconomiques importants. Chômage et problèmes de santé minent ainsi de nombreuses communautés autochtones. Certaines, comme Kuku Yalanji, tentent donc de créer des emplois en développant le tourisme.

Robert, notre guide aborigène, nous emmène dans la forêt, une vieille dame de 135 millions d'années. Sous les arbres immenses, la faune murmure à notre arrivée. La forêt humide de Daintree représente seulement 0,2 % du continent australien, mais elle abrite pourtant 65 % des espèces de papillons et 20 % de ses oiseaux. Sur le chemin, Robert s'arrête, montre les sites sacrés autochtones et les arbres dangereux qu'on peut utiliser pour tuer les ennemis. «Comment se fait-il que vous ne les ayez pas pris pour vous défendre face aux Blancs?», demande un petit Britannique dont les parents rougissent.

Robert raconte un peu sa vie ici, comment il fut marié à 12 ans dans sa communauté, comment ils utilisent l'ocre pour peindre les corps... «Ici, les femmes chassent comme les hommes», affirme avec fierté notre guide lorsque nous atteignons la rivière, où des femmes ont leur initiation. La promenade se termine par la dégustation du damper, le pain traditionnel de l'Outback.

Au moment de quitter le Queensland, on se promet de passer son brevet de plongée, d'apprendre le didgeridoo, ce long instrument à vent joué par les Aborigènes, ou au moins de connaître les noms de quelques oiseaux et poissons tropicaux, pour les reconnaître la prochaine fois.

En vrac

Les vols aller-retour Montréal-Cairns débutent à environ 2500 $CAN. Il faut compter environ 30 heures d'avion et deux escales.

Pour une visite touristique de moins de trois mois, les ressortissants canadiens doivent demander une autorisation de voyage électronique, soit à leur agence, soit directement sur le site de l'immigration australienne (http://www.immi.gov.au/visitors/tourist/976/index.htm).

Le meilleur moment pour se rendre à la Grande Barrière de corail est de juin à novembre, lorsque les jours sont secs et pas trop chauds. De novembre à mars-avril, les températures grimpent en même temps que l'humidité. Autre souci de cette saison: l'apparition de méduses venimeuses qui se rapprochent des côtes. Mais les tours-opérateurs proposent des combinaisons «antiméduses».

L'hébergement est varié, allant des auberges de jeunesse (à partir de 15 $ environ la nuit) aux établissements cinq étoiles dotés de piscines somptueuses.

Pour se rendre sur l'île Normanby: http://www.franklandislands.com.

Pour se rendre sur la plateforme du récif d'Agincourt: www.quicksilver-cruises.com.

Pour une visite à Mossman Gorge avec un guide aborigène: www.yalanji.com.au.

Renseignements: http://www.queenslandholidays.com.au.

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