Un guide multiethnique de Montréal

Elle connaît Montréal sur le bout de ses doigts. Sait où trouver du dentifrice pakistanais ou assister à une cérémonie vaudou. Elle connaît le calendrier des fêtes ukrainiennes ou tibétaines et vous donne de mémoire l'adresse du seul centre culturel japonais de la métropole.

Non seulement elle sait tout cela, mais elle le met à votre portée, puisque Linda Aïnouche vient de faire paraître chez Ulysse un guide dont on avait besoin depuis plusieurs années, Le Tour du monde à Montréal (336 pages). Un guide qui faisait défaut jusqu'à présent dans le paysage touristique d'une ville de plus en plus cosmopolite.

Linda Aïnouche dit avoir mis un an à écrire ce livre, guidée en grande partie par l'instinct, mettant son nez un peu partout, elle qui a écrit sa thèse de doctorat sur la secte jaïn, en Inde, et qui y a par conséquent passé deux ans de sa vie sans partager ses croyances.

Au fil de ses recherches, elle a assisté à une messe de trois heures en grec, visité des galeries d'art haïtiennes, fréquenté des marché tibétains, écouté la radio en langue vernaculaire d'un certain nombre de communautés, goûté aux graines de melon d'une épicerie ghanéenne ou au massage à l'huile de lotus sacré d'un salon de massothérapie égyptien.

Pour que l'échange des cultures soit complet, Linda Aïnouche aurait souhaité insérer une section «Québec» à son ouvrage, mais elle a été découragée en cela par son éditeur. Celui-ci lui a pourtant laissé la section «Autochtones», où l'on trouve quelques adresses, mais pas de restaurants. Ce qu'éditeur veut...

Certaines communautés sont beaucoup plus représentées que d'autres dans des secteurs, si l'on tient compte de leur population. C'est le cas des Japonais en restauration, par exemple, même si la prolifération de magasins de sushis de Montréal, qui n'ont plus grand-chose de japonais, dit Linda Aïnouche, est essentiellement le fait de la communauté vietnamienne.

Linda Aïnouche a tenté de varier les approches selon les communautés abordées. Chez les Iraniens, par exemple, elle suggérera de visiter International Sun Video, où l'on peut emprunter tous les films de Parviz Parstoui, qui «doivent être vus». Chez les Africains, au chapitre où l'on retrouve tant les Camerounais que les Congolais, les Éthiopiens, les Ghanéens, les Ivoiriens, les Sénégalais, les Rwandais et d'autres encore, elle a noté le phénomène de la «sape», pour Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes, «mouvement culte de la fringue» lancé dans les tréfonds de Brazzavillle en 1970, où «être quelqu'un» se résume à «être élégant».

Linda Aïnouche a également tenté de recenser les différents médias de chaque communauté, même si, et c'est le cas particulièrement sur les ondes radiophoniques, les programmations changent régulièrement.

«C'est un portrait historique de Montréal», dit-elle, ajoutant que ce guide n'aurait pas pu voir le jour il y a dix ans, et que la ville ne présentera vraisemblablement plus le même visage en 2018.