Carnet de Bâle

Le pont du Milieu à Bâle.
Photo: Le pont du Milieu à Bâle.

C'est une ville plurilingue sur le coude du Rhin, où cohabitent aéroports, gares et douanes au carrefour de la France, de l'Allemagne et de la Suisse. C'est une ville culturelle dont le canton seul abrite une quarantaine de musées: à faire rêver les laissés-pour-compte de Stephen Harper! Mais les attraits touristiques de Bâle sont encore bien trop discrets de ce côté-ci de l'Atlantique. Sa situation géostratégique, du reste, en fait aussi un haut lieu de partance vers plusieurs destinations à portée de kilomètres. Rien que de son port, ultime point de rencontre germano-franco-suisse, plus de 500 navires lèvent l'ancre chaque jour.

Bâle — Lors de notre passage dans la région bâloise, à l'occasion de l'inauguration du vol direct Montréal-Bâle d'Air Transat, les installations pour l'Euro 2008 allaient très, très bon train. Du sérieux, l'événement: il s'agissait du plus important à se tenir là depuis le Concile oecuménique de 1431!

Bâle est une ville de foires, dont le carnaval est renommé; jusqu'aux églises qui sont mises à contribution. Prenez la Sainte-Élisabeth, néogothique, 1865: elle renferme un restaurant et un café, et parfois même une... disco. Nous sommes près de Tingueley, l'une des 170 fontaines d'eau potable de la cité, qui façonne en gelant l'hiver des tableaux naturels étonnants.

Dans la vieille partie, voici des traces des Romains, du papier à l'écriture, puis à l'imprimerie. En 1460, Bâle accueillait la première université suisse, celle où l'humaniste Érasme publia son testament. Des siècles plus tard, cette ville semble faite pour flâner à l'un ou l'autre de ses nombreux cafés.

Montreux — De la région bâloise, le choix des destinations se fait multiple; nous avons mis le cap sur la France en passant par Montreux. Dans le train, des paysages suisses d'abord, puis la langue des annonces publiques change subitement vers le français. En ces pays, les frontières existent mais leurs barrières physiques restent virtuelles.

Et les couleurs montreusiennes se dessinent. Un coup de coeur, déjà: le Grand Hôtel Suisse-Majestic, où les chambres donnant sur le lac Léman et les montagnes se prolongent d'un petit balcon à la vue idyllique. De style Vieille Europe, on y a conservé les planchers de bois, la salle de bal et la majestueuse terrasse.

Sur le chemin du château de Chillon, des caches militaires, dit-on, seraient dissimulées derrière de fausses pierres, elles-mêmes dissimulées derrière de faux filets les protégeant soi-disant de la dégringolade. C'est que cette route est depuis toujours névralgique. Lieu de passage et de commerce entre le nord et le sud de l'Europe, Chillon en constituait une étape importante. Hemingway y a d'ailleurs écrit une partie de L'Adieu aux armes.

Dans les chambres du château, raconte la guide, les baldaquins servaient à... empêcher les insectes de tomber dans les lits. Autre chose? Si ces lits étaient d'une hauteur apparemment démesurée, c'était pour éviter aux dormeurs de partager leur couche avec les rats, ces rongeurs étant aussi d'excellents acrobates... Et vlan pour nos illusions romantiques!

Parmi les noms célèbres de Montreux, outre les écrivains et artistes qui y ont de tout temps élu domicile, soulignons celui d'Henri Nestlé, le fondateur de l'empire agroalimentaire bien connu, qui avait commandé le toit du marché de la ville à Gustave Eiffel lui-même.

Les Anglais, la guerre, les touristes russes, puis la guerre et les Anglais de nouveau: ce fut le lot de Montreux. Aujourd'hui, les nouveaux riches de Russie y investissent et font des affaires.

Mulhouse — Nous voilà donc en territoire français. À Mulhouse, la ville qui aimerait bien voir les touristes reluquer davantage ses atouts culturels que le passé industriel qui lui colle à la peau, la Cité de l'automobile s'avère toutefois un must. Ce musée — le seul au monde à contenir 123 Bugatti! — prend ses origines dans la passion de richissimes du textile, collectionneurs de voitures. Ce qui, à l'époque, fut objet de scandale vu le contraste de cette aisance par rapport aux conditions des travailleurs, est devenu aujourd'hui l'un des musées les plus impressionnants du genre sur la planète.

Saviez-vous qu'on comptait pas moins de 600 constructeurs automobiles, en France seulement, avant la Première Guerre mondiale? Et qu'après il n'en restait plus que 60? Toutes les voitures de construction européenne exposées à la Cité de l'automobile sont en état de marche. Des techniciens se relaient d'ailleurs pour vérifier ceci, réparer cela... On remarque que plusieurs d'entre elles portent un nom composé: c'était en fait celui de l'investisseur accolé à celui du génie créateur. Simple.

Ici, une précision s'impose. L'institution n'est aucunement réservée aux férus de véhicules à quatre roues car ceux-ci témoignent bien davantage de la charge historique qu'ils renferment. À certaines périodes, par exemple, si les habitacles des voitures étaient si hauts et larges, ce n'était nullement par besoin d'espace mais bien par souci de loger adéquatement ces dames survêtues et largement chapeautées!

Mulhouse abrite effectivement de nombreuses richesses industrielles, dont le textile. Aux XVIIIe et XIXe siècles, c'était d'ailleurs, avec Manchester, une des deux villes les plus importantes d'Europe dans ce secteur, au temps où des pinceauteuses retouchaient certains dessins au pinceau... Le Musée de l'impression sur étoffes vaut d'ailleurs une visite: six millions d'échantillons se trouvent dans cet antre des designers et commerçants, où les Hermès et Ikea de ce monde, notamment, puisent idées et inspiration.

Au XVIIe siècle, Mulhouse était une petite république indépendante qui avait conclu des alliances avec les cantons suisses limitrophes: de quoi faire rougir d'envie quelques nationalistes d'ici! Elle passera ensuite d'agricole à industrielle.

Si cette ville n'offre pas l'architecture pittoresque des maisons à colombages de Strasbourg ou de Colmar, elle mérite tout de même plus que d'y seulement passer.

Pour une excursion champêtre, que les enfants adoreront d'ailleurs, l'écomusée d'Alsace est tout indiqué. Les nids de cigogne — symbole de la région — y sont à eux seuls un spectacle avec leur bon mètre de diamètre. Les échassiers ne font pas que transporter les nouveau-nés! Il faut compter six heures pour visiter le site au complet, qui abrite entre autres choses une collection unique de manèges, dont un centenaire.

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Colmar — À Colmar, qui affiche ses airs de Moyen Âge, le très bel hôtel Le Colombier témoigne bien de cet heureux mariage entre tradition et modernité, dans cette ville qui a vu naître le concepteur de la statue de la Liberté, Auguste Bartholdi. Les encorbellements des maisons permettaient de gagner dix mètres carrés de terrains fort chers. Et les fameux colombages, si typiques aujourd'hui, étaient à une époque signe de pauvreté. Pas étonnant qu'on ait cherché à les camoufler sous d'autres revêtements... pour ensuite s'efforcer de les dégager, patrimoine oblige. C'est qu'au début des années 1960, la loi Malraux avait mis un frein à la destruction de maisons historiques.

De là, on prendra la route de Strasbourg, cette ville dont le centre est classé au Patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO et où on trouve le siège de plusieurs organismes, dont le Conseil de l'Europe et le Parlement européen.

Ainsi, partout en Alsace, les siècles s'additionnent et se chevauchent dans un amalgame de faits d'armes et de lieux historiques. Cette région que Louis XIV reçut jadis en cadeau changea quatre fois de nationalité. Un jour on pouvait se battre contre les Allemands, un autre jour contre les Français...

Tout un monde à découvrir. Y a pas de souci.

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En vrac

Le franc suisse a cours à Bâle; on peut toutefois payer en euros, mais la monnaie sera remise en francs. Et pourquoi ce pays n'adhère-t-il donc pas à l'Union européenne? a-t-on demandé. En fait, ce n'est qu'une question de temps pour certains, alors que pour d'autres, c'est la Suisse profonde, beaucoup plus traditionnelle, qui freinerait son intégration à l'UE.

Les hôtels bâlois remettent à leurs clients une passe de tram: à utiliser puisque l'amende frôle les 100 francs suisses (environ 100 $CAN). L'échange se fait à peu près au pair, mais le coût de la vie est élevé en Suisse.

Il y a de bons vins suisses, mais on en a très peu à la Société des alcools du Québec. Le vignoble de Lavaux, tout en pente, est classé au Patrimoine de l'humanité par l'UNESCO.

Au Musée d'histoire de Montreux, la bâtisse qui l'abrite s'avère aussi intéressante que ses artefacts densément étalés dans des espace exigus. En plus d'en apprendre beaucoup sur la région, on trouve là une collection spectaculaire de plus de 2000 dés à coudre anciens.

On trouve quelque 7000 vignerons en Alsace. Le vignoble de Robert Blanck, lui, produit de 50 000 à 60 000 bouteilles. Les vins alsaciens portent une appellation en fonction du raisin lui-même, et non du village ou de la propriété.

Le château du Haut-Koenigsbourg, à Orschwiller, qui possède toujours les trois quarts de ses murs d'origine, célèbre cette année le centenaire de sa restauration. Une exposition en montre des photos jusqu'à la fin de décembre. Le château, c'était le pouvoir, nous dit le guide: «Il n'était pas construit pour voir au loin mais pour être vu de loin.»

La Cour d'Alsace, un très bel hôtel-restaurant dans le centre médiéval d'Obernai, abrite de vastes chambres qui donnent sur une cour intérieure, une bonne table et un excellent sommelier.

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Renseignements généraux

Air Transat: www.transat.com

Maison de la France: www.franceguide.com

Suisse Tourisme: www.myswitzerland.comm
1 commentaire
  • william morris - Inscrit 4 octobre 2008 09 h 24

    Bonheur,

    Bonjour,

    Heureux qui peut aller se promener dans ces régions. Mon professeur d'histoire, jadis,
    qui était dans le Deuxième Bureau, s'y intéressait particulièrement, car voisines de l'Allemagne.

    Malheureusement, les charmes discrets de ces villes se paient cher et le touriste avisé
    qui s'y rend sera souvent une personne cultivée versé en histoire.

    J'ai hâte de my rendre à mon tour !

    Qu'en pensez-vous ?

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com