Tourisme, gastronomie et médias - Que vaut vraiment une étoile obtenue du Michelin ?

Le colloque observera l’impact de la relation entre les établissements gourmands et les médiateurs.
Photo: Le colloque observera l’impact de la relation entre les établissements gourmands et les médiateurs.

Comment les journalistes, animateurs, chroniqueurs gastronomiques et les guides de restaurants arrivent-ils à influencer la prise de décisions des voyageurs en matière de destination gastronomique? Comment les médias se font-ils leur idée d'une ville et des restaurants qu'on y retrouve? Voilà des questions intéressantes auxquelles des invités de marque, tels Jean-François Mesplède, directeur du Guide Michelin, et Daniel Pinard, notre animateur vedette, tenteront de répondre lors des Entretiens du Centre Jacques Cartier, les 6 et 7 octobre, à Montréal.

Le colloque intitulé Tourisme, gastronomie et médias est en fait le troisième d'une trilogie qui a commencé en 2006, à Lyon. «Lors du premier colloque, on se questionnait à savoir comment une ville devient une capitale gastronomique. Le deuxième portait sur l'importance du territoire rural qui entoure une capitale gastronomique, avec ses produits du terroir. Cette année, on s'intéresse au médiateur qui se retrouve entre le public et le produit du terroir ou le restaurant», explique Michel Labrecque, président-directeur général du Festival Montréal en lumière et instigateur de cette série de colloques.

D'ailleurs, objectivement, on ne connaît que très peu la relation entre les établissements gourmands et les médiateurs.

«Il n'y a pas vraiment d'études sérieuses, en France en tout cas, sur ces questions. Le colloque sera donc un lieu d'échanges et de débats. Car, évidemment, lorsqu'on demande à un grand chef si obtenir une étoile Michelin de plus fait augmenter significativement l'affluence, il répond par l'affirmative. Mais est-ce que l'effet est durable? On ne sait pas. Les chefs sont toujours évasifs. D'ailleurs, on a déjà demandé à de grands chefs de nous laisser consulter leurs livres de réservation et aucun n'a accepté», affirme Julia Csergo, maître de conférences et directrice du département de tourisme de l'université Lumière Lyon-2.

Les participants au colloque discuteront aussi de l'influence des émissions de télévision. «Lorsque Daniel Pinard se rend chez un producteur, est-ce que les gens y vont par la suite? Lorsque Josée Distasio se rend à la Quincaillerie Dante, est-ce que les gens vont y acheter leurs articles de cuisine?», demande M. Labrecque.

Différents types de guides

Pour arriver à avoir une vue d'ensemble, les invités du colloque se pencheront sur différents types de guides. Parce qu'il y a Le Guide Michelin, bien sûr, mais il y en a aussi bien d'autres avec leurs caractéristiques particulières.

«Par exemple, Le Guide du routard, qui est en fait un guide touristique avec une section importante sur les restaurants, a sans doute un grand impact sur l'affluence des établissements recommandés. Pourquoi? Parce que les restaurants proposés ont un rapport qualité-prix intéressant, la clientèle est bien ciblée et le bassin des personnes rejointes par ce guide est important», remarque Mme Csergo.

De plus, on ne passera pas à côté du courant de la jeune critique gastronomique revendicatrice, qui sera représenté par Luc Dubanchet, du Guide Omnivore.

«Les jeunes chefs et critiques qui appartiennent à ce courant veulent faire bouger les choses. Ils veulent dépoussiérer les concepts traditionnels relatifs à la cuisine, que ce soit dans les salles à manger ou au fourneau», explique Mme Csergo.

Les adeptes du courant affirment que les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas les mêmes que ceux des années 1950 et que, par conséquent, la gastronomie devrait évoluer.

«Ces jeunes s'intéressent à des plats originaux, innovateurs, à une cuisine plus légère et plus rapide, sans être du fast-food, qui ne nécessite pas de passer trois heures à la table, poursuit-elle. Ce courant remet aussi en question les traditions en matière de service: est-ce que le service pourrait être moins obséquieux, plus décontracté?»

Pour sa part, en tant qu'acteur important du tourisme et de la gastronomie à Montréal avec le Festival Montréal en lumière, Michel Labrecque a bien hâte d'entendre parler de l'influence de ces différents guides.

«D'un côté, il y a cette grande presse gastronomique internationale et inabordable, où les critiques voyagent partout dans le monde en première classe pour visiter les établissements les mieux cotés. Je pense par exemple à des publications comme Gourmet, Bon Appetit et Food & Wine. Pour réussir à attirer des gens, doit-on nécessairement passer par eux ou est-ce que la presse plus généraliste, plus grand public, peut faire l'affaire?»

Et il y a aussi toute la question de gros sous, de l'indépendance et de la fiabilité des médiateurs qui sera abordée.

«D'ailleurs, il y a le très réputé Wine Spectator qui a fait les manchettes dernièrement, puisqu'il a accordé une appréciation d'excellence à la liste des vins d'un restaurant italien qui en fait n'existe pas. Pour s'inscrire au concours, les restaurants devaient payer un montant d'argent. La personne responsable du canular voulait en fait montrer que cette histoire d'excellence était d'abord une affaire de fric et que, manifestement, les gens du Wine Spectator n'avaient jamais mis les pieds au restaurant en question», explique M. Labrecque.

Des invités de prestige

Plusieurs sujets de discussion, donc, tous liés de près ou de loin à la relation entre les établissements gourmands et les médiateurs, mais surtout des invités de marque pour animer le débat.

Du côté français, en plus de M. Mesplède, du Guide Michelin, et de M. Dubanchet, du Guide Omnivore, notons entre autres la présence de Jean-Claude Ribaut, critique gastronomique du Monde, François Simon, du Figaro, qui fera une apparition vidéo, Bénédict Beaugé, éditeur de Miam Miam, et Marie-Odile Fondeur, qui est derrière les Bocuses d'or.

Les Québécois seront aussi bien représentés, avec notamment Daniel Pinard, Mario Clément, ex-directeur général des programmes à la télévision de Radio-Canada, Jean-Pierre Lemasson, professeur au département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM, Christophe Bergeron, directeur des éditions Voir, et Lesley Chesterman, critique gastronomique pour The Gazette.

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Collaboratrice du Devoir

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Tourisme, gastronomie et médias, les 6, 7 et 8 octobre, au Pavillon Judith-Jasmin de l'Université du Québec à Montréal.

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