De Cape Cod à Martha's Vineyard - Le charme à l'état pur

À Provincetown, ou «P Town» pour les intimes.
Photo: À Provincetown, ou «P Town» pour les intimes.

Originale par sa configuration géographique, la région l'est aussi à bien d'autres égards. Une espèce d'État dans l'État. Si Cape Cod est une destination prisée des Québécois, il lui reste encore quelques secrets bien gardés, que nous nous garderons bien de cacher ici. Dans ce Massachusetts si près mais si différent, «Cap-de-la-Morue» constitue un excellent prélude à une visite chez sa petite soeur insulaire, Martha's Vineyard. Pour les côtes, bien sûr, mais également pour leurs attraits de charme.

Cape Cod — À six heures de route de la frontière québéco-états-unienne, Cape Cod s'offre de ses 115 kilomètres du nord au sud, arrosés par l'océan Atlantique, la Cape Cod Bay, la Buzzards Bay et le Nantucket Sound.

Disons-le d'emblée: ce qui frappe au premier abord en discutant avec les gens ici, c'est une certaine préoccupation environnementale manifestée par la volonté bien campée de ne jamais ressembler à Miami! Du moins dans sa partie hôtelière connue, une sorte de long boulevard Taschereau en bord de mer.

Prenez le National Seashore Park, une longue bande de terres de 65 kilomètres préservée de la spéculation, et les 15 petites villes de la péninsule de Cape Cod — il ne faut pas chercher une localité de ce nom —, qui proposent autant d'expériences différentes, qui pour les arts, qui pour les sports, qui pour les plages.

Sans compter les quelque 170 kilomètres de pistes cyclables et circuits de randonnée.

Tout au bout de la pointe, Provincetown la belle, surnommée la Key West du nord, offre à elle seule un spectacle. Aux multiples galeries et boutiques s'ajoutent plusieurs activités maritimes. Et rien que la concentration de sa population homosexuelle lui vaut une grande singularité. «Le Massachusetts a d'ailleurs été le premier État à permettre les mariages gais, et dès lors, c'est à Provincetown que tout a commencé», souligne Arthur Ratsy, vice-président tourisme de la Cape Cod Chamber of Commerce.

Une société distincte

À «P Town», comme on l'appelle ici, le temps semble avancer lentement dans ces rues étroites densément jonchées de maisons pittoresques de style... Nouvelle-Angleterre. Il faut dire que sa population de 200 000 personnes triple en été pour atteindre jusqu'à deux millions les week-ends.

En haute saison touristique, on y circule à pied ou à vélo, le moins possible en voiture, et tout ce beau monde se dispute la voie publique dans un ordre étourdissant qui donne pourtant l'impression d'un joyeux désordre.

Alors que partout ailleurs aux États-Unis le système impérial dicte le système des poids, distances et mesures, l'agglomération de P Town les offre aussi en métrique, société distincte oblige. Distincte également pour avoir balisé ses parcs natinaux... en braille.

Tout près de la «ville-province», les dunes de sable, jadis accessibles au public, sont maintenant protégées: on ne peut que les arpenter en 4x4 dans un circuit guidé par Arts Dune Tours, la seule compagnie autorisée à y circuler. (www.artsdunetours.com). L'escapade en vaut la peine, surtout lorsqu'on peut aussi parcourir la plage, ce qui nous a été impossible à cause d'intempéries trop récentes qui avaient fragilisé les dunes.

D'autres sites, souvent plus discrets, recèlent aussi de petits trésors. À West Dennis, par exemple, The Lighthouse Inn, retiré de la cohue, est un minivillage hôtelier parsemé de petits chalets en bardeaux de cèdre qui, bien que rapprochés, sont disposés de façon à préserver l'intimité de chacun. En arrière-plan ou en avant-scène, c'est selon, la mer vague et vague, inlassablement, juste là, à côté. (www.lighthouseinn.com).

Véritable paradis de poissons et fruits de mer, la péninsule de Cape Cod abrite quelque 700 restaurants dont plusieurs les honorent délicieusement, parfois même dans des portions qui semblent faites pour des géants. À Chatam, les quais accueillent des bateaux de pêche qui déversent leurs prises, aussitôt acheminées dans les restos et supermarchés. Une attraction en soi.

Cape Cod, c'est aussi, bien sûr, la mer à portée de vue avec ses 115 plages, puis la culture avec ses 82 musées, dont le Centre d'information du Cape Cod National Seashore, qui présente un film sur l'histoire de la péninsule et des changements constants depuis les déboires géographiques de sa formation, métamorphoses immuables qui lui volent encore aujourd'hui un mètre de rivages par année. Profitons-en pendant qu'il en est encore temps.

Le vignoble de Martha

Martha's Vineyard — Depuis Cape Cod, le traversier vous débarquera 45 minutes plus tard à Martha's Vineyard: là, l'insularité atteint son comble et ses illustres citoyens la comblent. Non pas que le pittoreque endroit ne soit réservé qu'aux gens riches et célèbres, comme le veut sa réputation, mais plusieurs grandes pointures internationales semblent en apprécier la beauté, et surtout l'intimité...

«Contrairement à ce qu'on en dit, nous pouvons accueillir des gens de tous les budgets», insite la directrice de la Martha's Vineyard Chamber of Commerce, Nancy Gardella. D'ailleurs, le tourisme y est non seulement la première industrie, mais la seule. Mais pas question de vendre son âme pour autant et les dirigeants touristiques veillent au grain.

Ainsi, par exemple, aucune chaîne commerciale n'a pignon sur rue dans l'île. Même pas l'omniprésente McDonald's. Oh, elle a bien essayé, mais un vice de projet est si vite trouvé... «Nous voulons garder un contrôle local sur le développement», tranche Mme Gardella.

Jusque dans les années 40, le tourisme, embryonnaire, était surtout familial. Plus tard, il y a eu le tournage du film Jaws, et tout le monde a voulu voir Martha. Ensuite? Les Clinton y ont réjourné dans les années 1990, et tout le monde a voulu voir Martha. Puis, célébrités et richissimes s'en sont mêlés, notamment après que Jacqueline Onassis Kennedy eut acheté une bonne partie de l'île pour en protéger la nature sauvage de tout développement immobilier.

Heureusement, parce qu'aujourd'hui, ces terres n'auraient jamais échappé à la folle spéculation qui sévit à Martha's Vineyard. À telle enseigne que les résidants eux-mêmes ont difficilement accès à la propriété... et vont s'approvisionner sur le continent en denrées et autres produits. Un après-midi de shopping dans les boutiques de Vineyard Haven (ou Tisbury) suffit pour s'en convaincre: les prix s'avèrent prohibitifs pour les bourses moyennes. À moins de mettre le paquet sur des fringues en vue d'un événement spécial, par exemple, ou encore d'y aller entre septembre et novembre, pendant la période de soldes. C'est que la Martha grossit à vue d'oeil en juillet et août, passant de 16 000 à plus de 100 000 personnes. Ce qui revient à la «normale» l'automne venu. Certains commerces ferment même leurs portes l'hiver.

Cela dit, le magasinage qu'on peut faire ici est unique. Point ici de chaînes, on l'a dit, et donc très peu d'articles en série. Les boutiques sont esthétiques, bien aménagées et attrayantes. Des habitués s'allouent même un budget spécial pour faire de Martha's Vineyard une destination shopping.

Pour les petits portefeuilles, les villes d'Edgartown et d'Oak Bluffs seront plus indiquées. C'est d'ailleurs dans ces deux wet towns qu'on peut déguster bières et vins au restaurant, les autres se targuant d'être des dry towns, c'est-à-dire qu'aucune boisson éthyllique ne peut y être servies: les restos deviennent ainsi des établissements «Apportez votre vin», mais pas dans le contexte québécois de l'expression. Les restaurateurs, qui voudraient bien empocher leur part du gâteau en offrant des produits alcoolisés, ont bien réclamé un vote, récemment, sur ce règlement d'une autre époque, mais rien n'y fit: le projet a été rejeté par deux voix...

Pourquoi Martha, et pourquoi Vineyard, alors que de vignobles on ne trouve point, ou si peu? Lorsque l'explorateur britannique Bartholomew Gosnold découvrit cette île remplie de raisins sauvages au XVIIe siècle, il lui donna le nom de sa cadette, Martha. Tout simplement.

Les célébrités? Les Carly Simon, Ted Danson et Mary Steenbergen, Jim Belushi, Walter Cronkite, Mike Wallace, Diane Sawyer et Mike Nichols, Patricia Neal, Meg Ryan, Bruce Willis, Michael Jay Fox et d'autres y ont élu domicile. Mais paraît qu'ils circulent librement, sans se faire harceler par les groupies et les papparazzis. Les résidants se seraient donné une espèce de code tacite pour respecter la vie privée de leurs célèbres voisins. En tout cas, on voudrait être là quand ils font une vente de garage!

Même si on n'y va que pour le soleil, on est gagnant à Martha's Vineyard: des plages propres et d'une tranquillité exemplaire — les familles et les lecteurs de livres et journaux remplacent les excités du sable et leurs ghetto blasters —, une mer assez «chaude» pour accueillir promptement les plus frileux, gracieuseté du Gulf Stream, et un stationnement riverain gratuit à même la voie publique, tout près.

Mais vu la densité de population en juillet et août, les responsables touristiques recommandent chaudement aux visiteurs d'abandonner leur voiture avant de prendre le traversier vers l'île. À moins de transporter de l'équipement de camping ou de voyager avec de jeunes enfants, un véhicule n'est aucunement nécessaire sur place. Un excellent service de transport en commun dessert l'île dans toute sa petite dimension. Aussi, on peut louer des vélos à plusieurs endroits et fréquenter ses 55 kilomètres de pistes cyclables.

D'ailleurs, il est courant de voir débarquer du traversier des gens roulant leur valise à pied, ou roulant à bicyclette jusqu'à leur hôtel. Ça donne une île à l'ambiance toute particulière, où piétons et cyclistes font la leçon aux automobilistes, surtout aux heures de pointe.

Une île, six villes, du charme à revendre, Martha's Vineyard en jette plein la vue.

En vrac

-Les traversiers entre Woods Hole (Cape Cod) et Oak Bluffs ou Vineyard Haven (Martha's Vineyard) offrent plusieurs départs quotidiens durant la saison estivale. Le coût est établi en fonction du nombre de personnes à bord et de l'empattement du véhicule, si on tient vraiment à le traverser. Mais pour le prix que ça coûte, on pourra prendre pas mal de taxis et de bus une fois dans l'île. En période de pointe, il faut réserver longtemps à l'avance. Steamship Authority: 508 477-8600, www.SteamshipAuthority.com. Martha's Vineyard Transit Authority (VTA): 508 693-9440, www.VineyardTransit.com.

-Au Massachusetts, l'âge réglementaire pour acheter du tabac est 18 ans, tandis que pour l'alcool, il est de 21 ans. À prévoir si vous voyagez avec des ados ou de jeunes adultes et que vous fréquentez les restos. Notez que ceux-ci ne feront aucun passe-droit: on demandera une «I.D.» et en cas d'âge non réglementaire, on sera bien désolé, mais...

-Le huard se comporte assez bien face au dollar américain ces temps-ci. Heureusement, car le coût de la vie est élevé à certains endroits, surtout pour les denrées alimentaires, même s'il reste encore de bonnes économies à faire du côté des vêtements et articles de sport, par exemple.

-Au XIXe siècle, une poignée de méthodistes avaient planté leurs tentes à Oak Bluffs, sur un site qui finit par en attirer d'autres de tous les États-Unis: si bien qu'en 1880, ces «habitations» s'étaient transformées en 300 petites maisons coquettes, collées les unes aux autres, dans un village appelé The Campground.

-Étrangement, dans la documentation officielle, il n'est jamais fait mention de l'histoire des «Canadiens français» qui avaient quitté le Québec dans les années 1920-30 pour aller travailler dans les filatures, notamment au Massachusetts. Ils allaient weaver, disaient-ils. Et revenaient «visiter» la parenté en «cassant» leur français, l'air d'être riches à bord de leurs grosses voitures américaines, mais en réalité... Beaucoup y sont restés, d'autres en sont revenus, mais tous demeurent absents de l'histoire de l'État.

-La culture du motel est beaucoup plus développée en Nouvelle-Angleterre que chez nous, où il est plus souvent qu'autrement ridiculisé. Mais quand on fait de la route et qu'on doit s'arrêter pour dormir, ça reste une formule économique et pratique, avec un frigo et souvent un micro-ondes et même une cuisinière. D'ailleurs, que beaucoup d'établissements hôteliers, de toutes catégories, sont pourvus d'un frigo et souvent d'un micro-ondes.

-Les croustilles Cape Cod, de plus en plus populaires chez nous, sont fabriquées à... Cape Cod. Le créateur, un homme de Chatam, avait d'abord vendu son entreprise pour neuf millions de dollars à la compagnie Budweiser, qui, voyant que ce n'était pas son rayon, lui a rétrocédée à deux millions... Il vient de la revendre 15 millions! Un total de 20 millions de profit...

-Publié aux Éditions Ulysse, la troisième édition de Cape Cod, Nantucket, Martha's Vineyard est un bon guide à consulter, tant avant de partir qu'une fois sur place. www.guidesulysse.com.