Comme une odeur de Mauricie

Photos Gary Lawrence
L’activité Théâtre en rivière se déroule le long d’un paresseux cours d’eau.
Photo: Photos Gary Lawrence L’activité Théâtre en rivière se déroule le long d’un paresseux cours d’eau.

Entre Saint-Laurent et Boréalie, du Chemin du Roy au pays des Cris, la Mauricie forme une immense région aux attraits trop souvent méconnus. Le berceau industriel, devenu contrée sauvage prisé des adeptes du plein air propose des dizaines raisons de le visiter. Morceaux choisis à déguster à mi-chemin entre Montréal et Québec.

D'un côté, des édiles obtus qui adoptent un code de bonne conduite au cas où des intégristes auraient l'idée saugrenue de venir s'établir à Hérouxville ou à Saint-Roch-de-Mékinac. De l'autre, trois des plus prolifiques créateurs québécois — Félix Leclerc, Bryan Perro et Fred Pellerin — qui voient le jour dans la même région.

Ce n'est pas la première fois qu'un même coin de pays accouche de personnalités aussi diamétralement opposées. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'en Mauricie, les extrêmes sont particulièrement éloignés.

L'histoire de cette région enchâssée entre celles de Lanaudière et de Québec a aussi connu son lot d'extrêmes. Ancien pays de la drave, berceau de l'industrie sidérurgique canadienne et site d'établissement de la première aluminerie au pays, la Mauricie a depuis longtemps perdu son lustre industriel, comme nous l'a récemment rappelé la triste déconfiture d'Aleris et les 4300 emplois mauriciens perdus au cours des 15 derniers mois.

Mais à l'instar de ses audacieux novateurs, la Mauricie sait faire preuve d'imagination pour remonter la pente. Prisée par les férus de plein air, couverte d'étendues éminemment sauvages, ponctuée de patelins attachants comme Grandes-Piles, elle s'invente chaque année de bonnes raisons pour venir la visiter.

Ainsi, dans l'ancienne prison de Trois-Rivières, on peut investir une ancienne taule en compagnie d'un ex-bagnard ou même passer la nuit au cachot, uniquement par curiosité ou pour se donner une vague impression des prochaines années de Vincent Lacroix.

Plus au nord, on expérimente le mode de vie traditionnel des Premières Nations au village amérindien de Mokotakan, même si certains préfèrent jouer les nababs des forêts dans une immense cabane en bois rond de luxe, l'Hôtel Sacacomie. Pendant ce temps, d'autres se plaisent à s'égarer dans le «plus long labyrinthe du genre au monde», celui du Domaine de la Forêt perdue, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

En forêt, les naturalistes partent à la rencontre de l'ours noir (dans la Réserve faunique du Saint-Maurice ou à Mokotakan), mais les naturistes ne s'affalent pas pour autant sur la plage étonnamment attrayante du lac Édouard, dans le parc de la Mauricie.

De leur côté, les rois de la petite reine ont le choix d'emprunter deux tronçons de la Route verte, l'un longeant le lac Saint-Pierre — réserve mondiale de la biosphère —, l'autre flirtant brièvement avec la rivière Saint-Maurice, avant de gagner Saint-Mathieu-du-Parc. Et c'est justement aux confins de ce dernier village qu'a lieu l'un des rassemblements les plus épatants du Québec.

Des épopées moyenâgeuses

Chaque été, «La bataille de Bicolline» fait passer Les Visiteurs pour des amateurs. Lors du «plus grand événement médiéval fantastique», des milliers de figurants prennent part à un impressionnant jeu de rôle grandeur nature où les elfes, guerriers, brigands, paysans et mages se construisent un univers parallèle dans une cité médiévale créée de toutes pièces. Prochain rendez-vous: du 13 au 17 août. % 819 532-1074 ou www.bicolline.org

Dans un proche registre, c'est cet été qu'a commencé la vie active du Sanctuaire des Braves, ce camp d'été immersif où l'on recrée l'univers d'Amos Daragon, célèbre personnage de l'auteur à succès Bryan Perro. Pendant 48 heures, les jeunes de 10 à 14 ans incarnent leur personnage daragonesque préféré, dans le cadre sauvage de Saint-Gérard-des-Laurentides, près de Shawinigan. L'hébergement s'effectue dans des bâtiments centenaires retapés et les vaccins contre la gangrène ne sont pas fournis. % 819 532-1455 ou www.berrion.com

C'est aussi à Bryan Perro qu'on doit l'écriture d'Eclyps, un amalgame de musique, d'acrobaties, de théâtre et d'effets spéciaux qui vient de prendre l'affiche sur une scène extérieure tournante, à la Cité de l'énergie de Shawinigan. En y assistant, les spectateurs sont entraînés dans un «voyage dans la mythologie de la voûte céleste». Les réservations sont chaudement recommandées au % 1 866 900-2483 ou à eclyps@citedelenergie.com

Non loin de là, dans l'ancienne aluminerie de la Cité de l'énergie, l'Espace Shawinigan présente les oeuvres troublantes du sculpteur hyperréaliste Ron Mueck, connu pour ses représentations humaines tantôt colossales, tantôt lilliputiennes, comme ce nouveau-né de plusieurs mètres de long ou ces deux vieilles rabougries papotant peut-être de pathétiques «pipoles». Les sculptures, réalisées avec une précision chirurgicale, sont si réalistes qu'elles semblent vivantes... ou éteintes. Une expérience déconcertante, en tout état de cause. www.citedelenergie.com

Un baluchon pas ballot

Parlant d'expérience, c'est à Saint-Paulin que se déploie le splendide et immense Domaine du Baluchon, une «station touristique multivocationnelle» portée sur l'organisation d'attractions conçues pour être expérimentées. L'une de celles-ci, le Théâtre en rivière, fait remonter le cours de l'histoire mauricienne en présentant des mises en scène qui se déroulent sur les rives d'une paresseuse rivière, tandis que les spectateurs y assistent en ramant à vau-l'eau.

Le site du Baluchon compte quatre auberges et un chalet interreliés par d'agréables passerelles en bois qui s'enfoncent sous les feuillages ou longent de jolis rapides. Si l'endroit ne se distingue pas toujours par ses envolées gastronomiques ou par son service, qui est à géométrie variable, il brille par son cadre superbe aux accents d'autrefois, qui a servi au tournage de la télésérie Marguerite Volant. À essayer sans faute: écluser les bières fraîches de la microbrasserie Nouvelle-France, sur l'immense terrasse de l'éco-café Au bout du monde, qui domine le Domaine. % 1 800 789-5968 ou www.lebaluchon.com

Après s'être remis les cellules cérébrales en place grâce à l'eau minérale Saint-Justin, dont la source est située en Mauricie (dans le Maskinongé), cap sur Yamachiche, qui n'est pas qu'un secteur de l'autoroute 40 où les radars sont hypersensibles: c'est aussi un village traversé par le Chemin du Roy, où une enfilade de 12 résidences (les célèbres «maisons rouges») vient d'être reconnue comme site historique par le gouvernement du Québec. Les constructions, qui entremêlent savamment les styles victorien, américain et québécois, datent du XIXe siècle.

C'est à cette même époque, en 1811 plus précisément, qu'un moulin à scie et une pulperie sont érigés sur le splendide site des chutes Sainte-Ursule, où la rivière Maskinongé se divise en sept pour former autant de cascades dévalant sur 72 mètres, dont une épatante chute de 30 mètres. Aujourd'hui, une série d'escaliers et de passerelles ainsi qu'une tour d'observation permettent de prendre la pleine mesure des lieux, tandis qu'une petite plage rocailleuse donne la chance de piquer une tête, à la base des chutes. Dans le parc, de modestes chalets sont offerts à la location: malgré leur déco clinquante typique des années 1980, ils sont propres, spacieux, confortables et parfaits pour la petite famille. % 1 800 660-6160 ou www.chutes-ste-ursule.com

Autres passe-temps

Est-il possible d'imaginer qu'un village élève au rang d'attraction touristique le garage municipal, la Caisse populaire, le salon funéraire et le marché d'alimentation? À Saint-Élie-de-Caxton, c'est non seulement possible, c'est même intéressant à découvrir grâce aux audio-guides et aux CD qu'on peut louer (8 $) au bureau d'information touristique, ou grâce aux tours guidés motorisés. Même si cette virée dure deux heures, même si on s'arrête parfois cinq minutes devant la quelconque demeure d'un parfait inconnu, on ne voit pas le temps passer grâce à la verve de Fred Pellerin, qui narre les textes, eux-mêmes entrecoupés d'extraits hilarants de ses spectacles. Pas mal, pour un village qui n'a finalement rien de bien particulier, si ce n'est sa traverse de lutins et son arbre à paparmanes. Après cette tournée, un lunch sur la terrasse du Restaurant du Presbytère est de mise: accueil théâtral, service champêtre et bonnes petites bouffes simples et abordables. % 819 221-2839 ou www.st-elie-de-caxton.com

Enfin, si le ciel se fait menaçant et qu'il perd ses eaux, ou si la marmaille devient trublione sur le siège arrière entre Québec et Montréal, le Musée québécois de la culture populaire de Trois-Rivières s'avère un arrêt tout indiqué. Jusqu'au 1er septembre, on y présente notamment Le Phénomène Passe-Partout, une exposition un peu riquiqui mais qui compte néanmoins quelques modules interactifs, des costumes, des décors, de l'animation par un Passe-Montagne convaincant ainsi que bien des extraits de la série. En revanche, impossible de reluquer de près les marionnettes originales de Grand-Papa Bi, de Pruneau ou de Cannelle parce que leur conceptrice n'a cédé à aucun passe-droit: elle n'a pas voulu brouiller l'imaginaire et les souvenirs des poussinots et a donc refusé de prêter ses progénitures de chiffon à l'exposition. Qu'importe: depuis son inauguration en 2007, les familles affluent et en redemandent.

La porte à côté donne accès à l'Ogre de la forêt à Gaultier, un itinéraire imaginaire tracé dans le ventre d'un géant bouffeur d'enfants. Quelques pans de décor auraient bien besoin d'être rafraîchis mais les gamins n'y voient que du feu et ils explorent sans relâche les couloirs, portes dérobées et autres racoins de cette distrayante installation.

Juste en face, l'exposition Accro du vélo dévoile de fort beaux spécimens de bicyclettes, dont une authentique draisienne, un grand bi, un vélo avec différentiel et quelques petits bijoux cyclables provenant du Musée des sciences et de la technologie d'Ottawa. Info: % 819 372-0406 ou www.culturepop.qc.ca

En terminant, soulignons que Trois-Rivières célébrera en 2009 les 375 ans de sa fondation ainsi que son statut de seconde plus ancienne ville du Canada. En attendant qu'on invite Ringo Starr à venir se produire sur le site des Forges du Saint-Maurice, Stephen Harper aura tout le temps voulu pour imaginer de quelle façon il s'y prendra, cette fois-ci, pour récupérer à nouveau l'événement et récrire l'histoire. www.375tr.com

En vrac

À voir dans Internet:

En prison! www.enprison.com

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Village amérindien Mokotakan: www.mokotakan.com

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Hôtel Sacacomie: www.sacacomie.com

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Domaine de la Forêt perdue: www.domainedelaforetperdue.com

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Parc de la Mauricie: www.pg.gc.ca/Mauricie

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Route verte: www.routeverte.com

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Microbrasserie Nouvelle-France: www.lesbieresnouvellefrance.com

À lire

Avant de débarquer à Saint-Élie-de-Caxton: Comme une odeur de muscles, Il faut prendre le taureau par les contes et Bois du thé fort, tu vas pisser drette, les excellents recueils (avec CD) de Fred Pellerin. À noter que le film Babine, réalisé par Luc Picard et tiré de l'une des histoires de Pellerin, est actuellement en cours de production. Il devrait sortir en salle en décembre.

Dans un autre registre, l'album-souvenir de la Mauricie intitulé Les Aventures de Stanislas, de la collection «Le tour du Québec en BD», n'a rien de transcendant et il ressemble à un ramassis de réclames publicitaires, mais il permet d'effectuer un survol de la région et de son histoire. www.leventquivente.com

Info: Tourisme Mauricie, % 1 800 567-7603 ou www.tourismemauricie.com

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Collaborateur du Devoir