Bas-Saint-Laurent - En souvenir de l'Empress of Ireland

Le pavillon du musée symbolise le navire coupé en deux. Photo: Michel Laverdière
Photo: Le pavillon du musée symbolise le navire coupé en deux. Photo: Michel Laverdière

Rimouski. Le naufrage du paquebot Empress of Ireland en plein milieu du fleuve Saint-Laurent par une épaisse nuit de brouillard, le 29 mai 1914, reste l'une des plus grandes tragédies maritimes de tous les temps. Coulé tout près de Rimouski, à 7 km au large de Sainte-Luce, par le Storstad, un charbonnier norvégien qui le fracassa en son centre, déchirant aussi la cloison étanche, le paquebot de 167 mètres de long fut englouti par les flots en 14 minutes et entraîna 1012 personnes dans la mort. Sur le Site historique maritime de Pointe-au-Père, à Rimouski, un musée, bâti en 2000, lui est entièrement consacré. Un peu comme un devoir de mémoire, une sorte de réhabilitation pour ce drame que l'on a appelé «la tragédie oubliée», car la Première Guerre mondiale prit très vite le dessus de l'actualité peu après.

Oeuvre de l'architecte Richard Goulet de Rimouski, le pavillon symbolise le navire coupé en deux dont une partie est déjà enfoncée dans la mer (en l'occurrence le sol ici). Notre guide animateur, Alberic Gallant, qui personnifie le capitaine Charley Chouinard, pilote sur le Saint-Laurent à l'époque, nous entraîne dans l'univers du paquebot. Après le naufrage, il fallut attendre 1964 pour que l'on s'y intéresse à nouveau. Trois décennies et des dizaines de plongées plus tard, alerté par le nombre d'objets retirés et les menaces pesant sur la sauvegarde de l'épave, le gouvernement la classe comme bien historique et archéologique en 1999, interdisant désormais tout ramassage. L'exposition reconstitue de façon très réaliste l'univers de ce luxueux paquebot appartenant au Canadian Pacific qui faisait avec son jumeau, l'Empress of Britain, le trajet régulier entre Québec et Liverpool en Grande-Bretagne. Une collection de plus de 200 objets provenant de l'épave, comme la superbe cloche de la salle des machines, des hublots, des jumelles, de la vaisselle et même un biberon, une maquette du bateau réalisée en 1905 par ses architectes, une série de bornes interactives retraçant la tragédie minute par minute avec des textes enregistrés par des comédiens à partir de témoignages de survivants (il y eut 465 survivants) et un film 3D dans lequel sont incluses des photos d'époque montrant passagers et personnel, rendent la visite très émouvante.
À côté du pavillon, dans la Maison du gardien, on peut voir une exposition et un film sur les plongées et l'état actuel de l'épave, devenue lieu de sépulture pour quelque 600 personnes qui n'ont jamais été remontées, et qui contiendrait aussi, selon la légende, un petit trésor monétaire en lingots d'argent qui n'aurait pas été entièrement récupéré par les compagnies d'assurance lors des plongées organisées à la suite du naufrage. Le navire, en effet, transportait 1,1 million de dollars de l'époque en espèces, destinés à une compagnie anglaise.

Site historique maritime de la Pointe-au-Père (Musée de la mer), 1034, rue du Phare, Rimouski (route 132 ou sortie 621 de l'autoroute 20). Ouvert du 7 juin au 13 octobre, tous les jours. Compter trois heures sur le site, qui comprend aussi le phare de Pointe-au-Père (l'un des plus hauts du Canada), la maison et l'atelier du gardien (avec animations du 24 juin au 24 août destinées aux enfants), le hangar de la corne de brume et une station de pilotage. Visites libres ou guidées (infos à l'accueil). 418 724-6214, www.shmp.qc.ca www.shmp.qc.ca

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