Bas-Saint-Laurent - Balade du côté de l'estuaire

De l’Auberge du Mange-Grenouille, vue sur le jardin en contrebas et le havre du Bic. Photos: Nicole Pons
Photo: De l’Auberge du Mange-Grenouille, vue sur le jardin en contrebas et le havre du Bic. Photos: Nicole Pons

Avec ses paysages exceptionnels, ses villes au riche passé culturel et l'omniprésence du fleuve, la région du Bas-Saint-Laurent occupe une place privilégiée dans notre patrimoine. Magnifiquement façonnée par les eaux de l'estuaire, elle abrite des trésors naturels comme le parc national du Bic.

Rivière-du-Loup. Tout commence en 1802. Alexander Fraser, fils du colonel écossais Malcolm Fraser, achète la seigneurie gérée par son père. Visionnaire, il a compris les possibilités offertes par les cours d'eau de la région, utilisés depuis toujours par les autochtones.

Pour développer son commerce de traite des fourrures, il décide de créer une ville sur ce promontoire dominant le Saint-Laurent. La première cité au Québec conçue avec un vrai plan d'urbanisme voit donc le jour grâce à Alexander et son fils William. Elle prend le nom de Fraserville avant de devenir Rivière-du-Loup en 1919.

Multiples perspectives sur le fleuve, mise en valeur des grands édifices publics, villas bourgeoises de style pittoresque, intégration des bâtisses à un environnement naturel très verdoyant, préoccupations esthétiques et organisation selon les activités: les seigneurs Fraser s'inspirent du modèle anglo-saxon et imposent leur vision.

De la rue du Domaine à la rue Lafontaine, épine dorsale de la ville, de l'ancien consulat américain avec sa galerie monumentale et ses ornements italiens au grand presbytère à trois façades (néoclassique, néogothique, victorienne), du parc Blais à la très victorienne maison Stein, au fil du parcours patrimonial se révèle toute l'histoire du projet urbain.

Ce circuit s'inscrit dans une série d'actions entreprises par la municipalité pour restaurer et faire connaître cette inestimable richesse. Tous les ans, en août, l'événement «Rivière-du-Loup en trois actes» fait revivre les sites grâce au théâtre de rue. «Tout ça crée une émulation qui donne le goût aux gens de restaurer leur maison», souligne Denis Boucher, qui gère les programmes culturels de la municipalité.

Alexander Fraser s'installe en 1834 dans une maison sur la butte, de style canadien-français avec prédominance du bois, y compris l'actuelle salle à manger et le bureau du seigneur. Après sa mort, son fils William, riche et soucieux de prestige, fait agrandir la maison. En 1888, il ajoute une nouvelle partie très chic et très anglaise ainsi qu'une galerie extérieure. Il donne de fastueuses réceptions dans le grand salon. Quatre générations de Fraser se succéderont dans ce manoir.

Classé monument historique en 1991, entièrement restauré et ayant retrouvé son décor victorien, ses meubles et ses objets de famille, il garde vivante la mémoire de ce clan écossais aux origines de la ville.

Mémoire collective

Bien vivant aussi est le souvenir de la population locale. Une extraordinaire collection de plus de 200 000 photos anciennes en noir et blanc (dont 125 000 accessibles sur Internet) regroupe 15 fonds photographiques au Musée du Bas-Saint-Laurent, dont une des missions (l'autre étant axée sur l'art contemporain) est de conserver et de véhiculer cette mémoire collective. L'exposition Intersection (parce qu'il s'agit d'un carrefour au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la route fluviale venant de la baie de Fundy et des États-Unis via le lac Témiscouata) apporte un précieux témoignage sur plusieurs générations de 1897 à 1955 en utilisant les technologies de pointe de façon très attrayante. Sept bornes interactives, véritables fenêtres ouvertes sur la vie d'antan, présentent la région, les moyens de transport (bateau, train, auto), l'agriculture, la villégiature, la construction du monde moderne, la campagne et la ville, les facteurs d'identité ainsi que des portraits. Émouvantes photos de studio ou de la vie quotidienne léguées par des photographes régionaux (Marie-Alice Dumont, Stanislas Belle, J.-Adélard Boucher, Antonio Pelletier... ) et par des familles, à l'esthétique et à l'ambiance remarquables.

Béni des dieux

Parc national du Bic. Entre le ciel d'azur et le fleuve outremer, l'oeil se perd aux confins de l'horizon, accrochant au passage une île au doux nom de Biquette. À nos pieds, en bas de la falaise de 346 mètres, un hameau s'accroche à la grève, entre la forêt mixte et l'anse à Mercier. Le pic Champlain, sommet du parc, que nous avons rejoint par un très beau sentier de trois kilomètres progressant à travers une ancienne érablière, offre la vue la plus spectaculaire de ce site qui couvre 30 kilomètres de littoral découpé de baies et d'anses dans l'estuaire maritime du fleuve Saint-Laurent. La légende dit qu'un ange chargé par Dieu de créer les montagnes aurait déversé tout son sac de collines au-dessus du Bic. Il s'agit d'une série de buttes caractéristiques du parc qui le parent d'une harmonie japonisante au coucher du soleil et qui sont dues à la remontée des fonds marins après la fonte des glaciers, comme l'explique Annie Caron, guide naturaliste passionnée par son métier, dans une miniconférence au sommet, cartes à l'appui.

Sur la batture de la pointe aux Épinettes, nous retrouvons Annie pour une activité sur les plantes et les organismes typiques du littoral, Entre vents et marées. Entre haut de plage, bas de plage et marais salé, certaines plantes, comme la sabline faux-péplus ou le plantin maritime, très bonnes en salade, se sont adaptées à un milieu salin que, pourtant, elles n'aiment pas. Grâce à leur série de rhizomes, racines souterraines très longues, elles vont capter l'eau douce. Les graminées, qui adorent le vent, dominent le bord de l'eau, par exemple l'élyme des sables (blé de mer), très importante pour le maintien des berges, ou la spartine alterniflore, qui a un rôle fondamental dans la régénération du marais salé, car elle filtre les déchets.

Près de l'île aux Amours, une confortable yourte avec superbe charpente, plancher de bois franc, lit douillet et réfrigérateur nous attend pour la nuit. Quel bonheur de s'endormir au bruit du ressac des vagues en rêvant à notre belle excursion en kayak de l'après-midi, où nous avons tranquillement navigué pendant deux heures jusqu'en bordure du havre du Bic dans un paysage magique. Le petit matin est ensoleillé sur la grève dont l'accès est réservé à notre yourte!

À la création du parc, en 1984, le site était habité. Parmi la cinquantaine de chalets, certains ont été conservés. Une randonnée guidée sur l'histoire du parc et de ses occupants nous emmène sur un superbe sentier au bord de l'eau, entre l'anse à Wilson, l'anse à Damase et l'anse à Voilier. La ferme Rioux a pris le nom de la famille qui s'était installée là en 1886 et qui fournissait ses produits aux riches anglophones en villégiature ici au tournant du XXe siècle, par exemple les Lyman ou les Fendel, dont on voit les chalets dans l'anse à Voilier, ou encore les Wilson, arrivés en 1920. On parlera aussi de Joseph Mignot, dit Labrie, pilote, qui fut le premier résidant, après l'installation d'une station de pilotage pour aider la navigation sur le fleuve, en 1762. Sans oublier les occupants d'il y a quelque 2500 ans, des Algonquins dont on a retrouvé les traces grâce à des fouilles archéologiques.

Une colonie de 150 phoques communs fréquente le parc à longueur d'année, surtout la zone de l'anse à l'Orignal. Plongeant jusqu'à 200 mètres de profondeur, ils se nourrissent de hareng, d'éperlan et de petit caplan. À la période de la mue, de la mi-juillet à la fin de septembre, ils se prélassent sur les rochers pour se faire sécher. Certains jours, devant la ferme Rioux, on en voit 40 en même temps, le record ayant été de 73! Le phoque gris, beaucoup plus gros, est un visiteur estival du parc. Deux fois par jour, un garde-parc naturaliste, télescope et jumelles en main, dévoile tout sur ce mammifère vivant si près de l'homme. Le petit naît avec sa fourrure et le phoque pleure en permanence car ses larmes l'aident à enlever le sel marin. Pour les autres secrets du phoque et du parc... rendez-vous sur place!

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En vrac

- Auberge de la Pointe, 10, boulevard Cartier, Rivière-du-Loup: terrasse-promenade dominant le fleuve, délicieuses spécialités de saumon, canard, faisan, servies au restaurant L'Espadon, centre de santé. 1 800 463-1222, www.aubergedelapointe.com.

- Le Saint-Patrice, 169, rue Fraser, Rivière-du-Loup: ici, deux restaurants et une hostellerie. Coq au vin ou osso bucco longuement mijotés, poulet de grain, mignon de porc et poissons fumés régalent les habitués du Saint-Patrice. Ceux du Novello, l'autre restaurant, se réjouissent de sublimes pâtes fraîches. Produits régionaux mitonnés par Manon Levesque, chef de cuisine. Dans l'ancienne maison de l'instituteur, l'Hostellerie Mister James allie charme d'antan et confort ultramoderne. 418 862-9895, www.restaurantlestpatrice.ca.

- Le 360 degrés, 150, avenue de la Cathédrale, Rimouski: un concept original où le client choisit l'ordre de ses plats. Le chef de cuisine, Richard Duchesneau, est un virtuose de la combinaison des saveurs. Thon, épaule d'agneau et veau flirtent avec les herbes folles du jardin, roquette, mizuna, cerfeuil musqué, estragon mexicain et petits légumes des producteurs locaux. Au dessert, ne ratez pas les macarons et leurs granités! Ambiance zen. 418 724-0360.

- Auberge du Mange-Grenouille, 148, rue Sainte-Cécile, Le Bic. Les propriétaires, Carole Faucher et Jean Rossignol, deux anciens comédiens, ont conçu un univers extravagant, un vrai décor de théâtre baroque: façade rouge écarlate, balustrades blanches, canapés et lourdes tentures de velours grenat, nappes noires brodées d'or, 22 chambres raffinées, jardin aux massifs floraux exubérants offrant de panoramiques couchers de soleil sur le havre du Bic. Au restaurant, c'est la fête des papilles sous la baguette du jeune chef, Simon Bouchard, et de la sommelière Elen Caron. Le tartare de thon et pétoncles valse avec le caramel d'orange et fenouil, le gigot d'agneau confit de la ferme Ovinoise avec les pleurotes de Causapscal, le saumon et la brandade de morue avec le pesto de chanvre! 418 736-5656, www.aubergedumangegrenouille.qc.ca.

- Chez Saint-Pierre, 129, Mont-Saint-Louis, Le Bic. La très créative Colombe St-Pierre utilise les produits locaux et fait la part belle aux champignons, plantes sauvages, petits fruits et légumes racines escortant le médaillon de porc, le gigot d'agneau ou le pigeon. 418 736-5051. www.chezstpierre.ca.

- Parc national du Bic, 3382, route 132 Ouest, Le Bic. À 520 kilomètres de Montréal. Ouvert à longueur d'année. Activités du 31 mai au 1er septembre: découverte de la flore et de la faune, randonnées commentées, causeries, observation des phoques, théâtre, excursions en zodiac et kayak de mer. Le soir, randonnée secrète! Sentiers pédestres, vélo. Minibus. Hébergement: sept yourtes très confortables, camping avec services ou rustique, tente-roulotte et tente Huttopia. 1 800 665-6527, www.parcsquebec.com.

- Fraserville, circuits patrimoniaux autonomes. Dépliant à l'Office du tourisme et des congrès, 189, boulevard de l'Hôtel-de-Ville, Rivière-du-Loup. Du 4 au 10 août, visites guidées dans le cadre de «Rivière-du-Loup en trois actes». 1 888 825-1981.

- Manoir seigneurial Fraser, 32, rue Fraser, Rivière-du-Loup. Ouvert tous les jours du 16 juin au 14 octobre. 418 867-3906. www.manoirfraser.com.

- Musée du Bas-Saint-Laurent, 300, rue Saint-Pierre, Rivière-du-Loup. Ouvert tous les jours du 21 juin au 13 octobre; du mercredi au dimanche hors saison. Du 18 juin au 13 octobre: La Grande Traversée, exposition temporaire liée au 400e. 418 862-7547. www.mbsl.qc.ca.

- Renseignements: Tourisme Bas-Saint-Laurent, 1 800 563-5268, www.tourismebas-st-laurent.com.

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Collaboration spéciale