La voie des saveurs en Charlevoix

Un paysage typique de Charlevoix pendant la blanche saison. Mais cette année, les bancs de neige y sont tellement élevés qu’à certains endroits on distingue à peine les maisons! Photo: François Rivard
Photo: Un paysage typique de Charlevoix pendant la blanche saison. Mais cette année, les bancs de neige y sont tellement élevés qu’à certains endroits on distingue à peine les maisons! Photo: François Rivard

La Malbaie — Du fumoir Charlevoix à la boulangerie Pains d'exclamation, de la cidrerie Pedneault à l'auberge L'Estampilles, ils forment un groupe d'une cinquantaine de producteurs, transformateurs, chefs cuisiniers, restaurateurs et hôteliers qui ont à coeur non seulement de fabriquer mais aussi de promouvoir les produits régionaux. Leurs produits. Car ici, la fierté fait loi. Du moins parmi ces «fous» d'une authenticité encore bien plus prisée par les Québécois-ville ou les Montréalais que par leurs propres compatriotes, ce qui ne manque pas d'en faire râler quelques-uns. C'est qu'on ne passe pas comme ça d'un régime ancestral de survie à une alimentation fine, biologique et gastronomique. Il y faut probablement des générations.

Si on ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs, il n'est pas étonnant, dans ce contexte, que les artisans charlevoisiens de la bonne chère s'éreintent à revendiquer depuis des années un label spécifique, une marque de commerce régionale qui éviterait notamment les copies...

Et tant pis pour les indifférents! Pour les autres, les productions abondent et les arômes explosent. Chacun des participants à la Route des saveurs vous expliquera volontiers, avec force détails et une verve intarissable, toutes les étapes de l'évolution de ses «bébés».

Qu'est-ce qu'ils bossent, ces gens-là, non seulement pour se consacrer à des productions de qualité mais aussi pour slalomer à travers un dédale réglementaire et administratif bien souvent conçu pour des commerces beaucoup trop grands pour eux! Bien sûr, on ne badine pas avec la protection publique en matière d'alimentation, mais n'y a-t-il pas un monde entre des opérations de cuisine et une fabrication industrielle?

N'empêche. Sous la bannière appelée la Route des saveurs de Charlevoix, les membres de ce regroupement affichent un symbole visuel, une toque de chef, pour signifier leur appartenance et indiquer qu'ils sont prêts à vous vendre leur salade. De Petite-Rivière-Saint-François à La Malbaie en passant par l'île aux Coudres, ils bordent les chemins tantôt au coeur des villages, tantôt en pleine campagne.

Géographiquement retirés par rapport aux grands centres, dépendants d'un climat somme toute capricieux, sans grande vache à lait économique, les Charlevoisiens auront compris que leur plus grande richesse patrimoniale se situe du côté de la nature... qu'ils veulent bien partager avec les visiteurs, pour quelques dollars de plus. Et voici la nature dans tous ses états: que ce soit pour le terroir, pour les paysages, pour les activités ou pour la tranquillité. Et les tables... C'est la cerise sur le gâteau, quoi! Les chefs installés dans la région proposent là des menus gastronomiques originaux et d'une grande qualité.

Ce n'est pas d'hier que Charlevoix cultive une tradition d'accueil. Déjà, dans la première moitié du XIXe siècle, l'arrivée de bateaux à vapeur brise l'isolement de la région et attire des États-Uniens et des Canadiens fortunés qui y bâtissent de luxueuses demeures. Aujourd'hui, c'est un gigantesque projet de centre de villégiature qui se prépare à Petite-Rivière-Saint-François, piloté par Daniel Gauthier, un des fondateurs du Cirque du Soleil. Quatre cents millions de dollars, qu'il vaut, le projet.

Ainsi, est-il besoin de souligner que le prochain grand défi des intervenants touristiques de Charlevoix sera notamment d'inciter les gens provenant du sud à poursuivre leur route vers La Malbaie plutôt que de se camper à Baie-Saint-Paul, la ville la plus près de la manne des investissements prévus?

Sur la place publique, les conjectures vont bon train quant à l'ampleur des retombées de ce projet, de la création d'emplois jusqu'aux flux touristiques, dans une région jalouse de son image pittoresque et qui a fait de ses entreprises artisanales une renommée enviable. Mais déjà, on sent bien que certains ont flairé la bonne affaire alors que la spéculation immobilière a commencé à faire son oeuvre...

Entre les tergiversations sur ce chambardement de taille, le ras-le-bol d'artisans épuisés d'enjamber les bâtons dans les roues de leur production à petite échelle et une concurrence de plus en plus vive entre les destinations touristiques, Charlevoix n'aura qu'à bien se tenir pour ne pas y perdre son âme.

En vrac

- La Malbaie doit son nom à nul autre que Champlain, échoué en 1608 parce que la baie ne fournissait pas un ancrage suffisant pour son navire, et qui se serait écrié: «La malla bay», selon le guide Galllimard sur le Québec.

- La diversité des paysages de Charlevoix est due à une météorite géante qui percuta la région il y a de cela 350 millions d'années et qui créa un cratère de 56 kilomètres de diamètre. Aussi, la variété de la faune et de la flore lui a valu le statut de Réserve mondiale de la Biosphère accordé par l'UNESCO en 1989.

- La station de ski Mont Grand-Fonds, celle-là même qui en a arraché ces dernières années pour cause de petits fonds insuffisants, peut maintenant aller de l'avant. En novembre dernier, le gouvernement du Québec lui a octroyé une subvention de quatre millions de dollars, qui complète une contribution de la Ville... et une participation des citoyens eux-mêmes. Il s'agit d'un centre familial avec une dénivellation de 335 mètres, où la préoccupation pour la qualité des conditions de neige est fondamentale. De fait, celles-ci s'avèrent exceptionnelles vu l'emplacement de la station. Dommage que cette station ferme ses portes fin mars, faute d'achalandage, car le ski de printemps y serait génial. Aussi, on trouve là 160 kilomètres de pistes de ski de fond, 26 kilomètres de sentiers de raquette, quatre relais chauffés et de la glissade sur chambres à air. 418 665-0095, 1 877 665-0095, www.montgrandfonds.com.

- On ne peut pas parler de Charlevoix sans souligner la station de ski alpin Le Massif à Petite-Rivière-Saint-François, appréciée pour la beauté du paysage environnant. Avec un dénivelé de 770 mètres, c'est le centre le plus important de l'est du Canada. Le village, coincé entre fleuve et montagne, fut pendant plusieurs étés le refuge de la romancière Gabrielle Roy. 418 632-5876, www.lemassif.com.

- Au détour de sentiers tortueux, juché sur la falaise de Pointe-au-Pic, se dresse le fameux manoir Richelieu de la chaîne Fairmont, un des joyaux de Charlevoix, offrant ses tableaux magnifiques de quelque côté qu'on se trouve entre fleuve et montagnes. Deux restaurants y servent des produits du terroir et la cave richement garnie propose des vins de tous les prix. Le manoir a une tradition d'accueil depuis plus d'un siècle, et ce, pour toutes les clientèles. Nous y étions pendant la semaine de relâche scolaire et plusieurs familles y avaient visiblement profité de forfaits spéciaux. D'abord construit en 1899 pour la Richelieu and Ontario Navigation Company...

Bien sûr, pour bien des visiteurs, le casino adjacent tient lieu d'attraction de premier ordre et l'antre du jeu est accessible par un couloir depuis l'hôtel. À la porte y est surprenamment inscrit ceci: «De façon générale, les vêtements portés par un client doivent être propres, convenables et de bon goût. Ne sont pas acceptés: bustier, chandail de type camisole-débardeur, survêtement (coton et nylon), short ou cuissard. Code vestimentaire: le Casino de Charlevoix s'est doté d'une politique vestimentaire afin d'offrir une ambiance conforme à son image de lieu de prestige de classe internationale pour le jeu et le divertissement.» Eh bien, qu'on se le tienne pour dit! 418 665-3703, www.fairmont.com/richelieu.

- L'Auberge des Peupliers, une des plus anciennes de Charlevoix, propose une table originale et, ma foi, une expérience gastronomique de premier choix. Un must sur la Route des saveurs. 418 665-4423, www.aubergedespeupliers.com.

- L'auberge La Petite Plaisance, dans une bâtisse ancestrale, offre une table délicieuse et gourmande dans un site pittoresque. 418 665-2653, 1 877 565-2653, www.aubergepetiteplaisance.com.

- Au fumoir Charlevoix, au tournant d'un rang de campagne, laissez Yves Dallaire vous parler avec passion de ses produits de la mer, de ses techniques et de ses découvertes... tout en vous piquant une pointe, comme il se doit, en direction des lois et règlements qui embêtent les producteurs artisanaux. 418 665-6662, www.fumoircharlevoix.com.

- À la Laiterie Charlevoix, une entreprise familiale créée en 1948 et devenue l'Économusée du fromage, on peut voir les artisans à l'oeuvre à travers d'immenses baies vitrées. Une boutique propose une foule de produits régionaux.

- Un brin de jasette aves les proprios du restaurant Au 51, à Baie-Saint-Paul, valait le détour même si les caprices du climat nous avaient empêchés d'aller y goûter la table. Mais à vue de nez, la confiance règne. En cuisine: le chef Patrick Fregni et le pâtissier Vincent Coulange. 418 435-6469.

- Le centre Les Sources joyeuses propose plusieurs activités de plein air, dont 50 kilomètres de ski de fond et des sentiers pédestres, de même que des circuits de raquette tous bien balisés. Du sommet, un mirador présente une vue à 360 degrés sur la région environnante. 418 665-4858, www.lessourcesjoyeuses.site.voila.fr.

- Pour les intrépides et les aventureux, Katabatik offre la possibilité de faire du kayak pour découvrir la côte charlevoisienne et l'estuaire du Saint-Laurent, des excursions guidées depuis Cap-à-l'Aigle, Saint-Irénée, Saint-Siméon et Petite-Rivière-Saint-François. Des expéditions de quelques jours avec camping sauvage ou hébergement sont aussi disponibles. 418 665-2332, www.katabatik.com.

- À lire: Le Québec, un guide dont les Éditions Ulysse viennent tout juste de publier une dixième édition complètement remaniée. www.ulysse.ca. Québec, Lonely Planet, www.lonelyplanet.fr. Québec, Guides Gallimard, www.gallimard.fr.

Renseignements: Tourisme Charlevoix, 418 665-4454, www.tourisme-charlevoix.com. Pour la Route des saveurs: www.routedessaveurs.com.