Clin d'oeil - WestJet, le transporteur affable

Aéroport de Dorval, un dimanche de décembre, 8h du matin.

— Bonjour monsieur, où allez-vous ce matin?

— À Hawaii...

—Hawaii? Yee-eeeeaaaaaaaahhh! Oh, pardon, je me suis laissée emporter par l'enthousiasme...

— Pas de problème! Je vous envoie une carte postale?

J'avais plutôt envie de dire «Hawaii, icitte ma chanceuse», mais j'étais trop endormi pour verser dans la badinerie grivoise; en fait, j'étais si amorti par le manque de sommeil que j'avais oublié que je m'envolais pour les Tropiques, comme le trahissaient mes yeux glauques, mon visage amorphe et ma mâchoire molle. En voyant la réaction exaltée de la pétulante préposée du comptoir de WestJet, je me suis dit que je n'avais plus le droit de ne pas me sentir emporté par mon départ. Même si je m'apprêtais à m'embarquer pour la première fois sur un transporteur à rabais.

Allais-je sentir mes genoux contre mes tempes, me nourrir de bretzels à défaut de me ruiner en fadasses sandwichs ou retenir ma vessie pendant huit heures, faute de cabinet d'aisance? Nenni, comme dirait Stéphane Dion. Au contraire, j'ai été surpris par le service sympa, la candeur et la bonhomie du personnel, au sol comme à bord. Au retour, même le pilote du vol Calgary-Montréal s'est offert le plaisir de raconter des blagues au micro tandis qu'on chargeait les bagages en soute...

D'accord, une fois assis à l'intérieur, l'empattement est plutôt réduit, les sièges s'inclinent à peine et les casse-dalles à 5 $ sont davantage bourratifs que gustatifs. Mais les rafraîchissements et les grignotines sont servis gratuitement et régulièrement (ni mieux ni pire que sur les vols domestiques de la concurrence) alors que le service est rapide, courtois et attentionné, quoique pas toujours disponible dans la langue de Vigneault.

Rayon divertissement, la plupart des appareils disposent d'écrans individuels avec accès gratuit à 24 chaînes télévisées par satellite (moyennant l'achat d'écouteurs à 3 $) ou à quatre longs métrages payants. Cela dit, si on peut écouter Michel Tremblay à Tout le monde en parle, il peut aussi arriver qu'on ait droit à certaines incongruités aériennes: ce jour-là, sur Discover Channel, on présentait un film sur le vol 93, un certain 11 septembre.

La réalité du transporteur de Calgary est cependant plus réjouissante: à l'instar du ventripotent premier ministre canadien, WestJet ne cesse de prendre de l'ampleur. Non content d'offrir une judicieuse concurrence à Air Canada a mari usque ad mare, il joue de plus en plus dans sa cour nord-américaine en offrant les Floride, Hawaii, Vegas, Mexique, Jamaïque, L.A., Arizona, Bahamas, Sainte-Lucie et autres République dominicaine, en plus d'avoir la Chine et l'Australie dans le collimateur.

Et le service dans tout ça? On peut présumer qu'il continue d'être offert en mode «hee haw», avec une touche aussi cordiale. À tout le moins, c'est toujours le cas sur le vol Calgary-Montréal (décidément, ils sont tous réjouis de venir passer une nuit dans la métropole des plaisirs, ces Albertains). Encore tout récemment, un agent de bord particulièrement hilare débitait comme suit ses consignes, en mode drôlatique: «Beundjuuur et bienneveniou sur ce vol Calgary-Monnntwreaaal. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à nous les poser, c'est pour ça qu'on nous force à porter de jolis uniformes en tissu synthétique. En prévision du décollage, nous allons maintenant procéder à l'extinction des lumières. Vous pourrez lire en appuyant sur le bouton où apparaît une ampoule, ce qui allumera votre veilleuse; sachez cependant qu'en appuyant sur le bouton où apparaît la silhouette d'une personne, vous n'allumerez aucun agent de bord...»

Info: www.westjet.com

Collaborateur du Devoir

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