Drôme et Ardèche - Vacances chez les uns et les hôtes

Dominique, Michel, Daniel... Chocolatier, cinéaste, ingénieur-globe-trotter... Que de gens extraordinaires avons-nous rencontrés en choisissant d'élire temporairement domicile chez eux plutôt qu'à l'hôtel! Et, en prime, quels chez-eux! Un château médiéval, une ancienne bergerie, une maison Côté Sud. Assurément, pour qui souhaite sortir de sa bulle et enrichir son séjour à l'étranger de vrais contacts avec les gens du pays, l'hébergement en chambre d'hôtes, ze bed & breakfast des francophones, est une option à envisager très, très sérieusement.

Notre aventure débute au sud de Lyon. Pendant deux semaines, nous sillonnerons les routes de l'Ardèche et de la Drôme, deux départements de la région Rhône-Alpes situés de part et d'autre du grand fleuve. Notre itinéraire, en forme de boucle, aura comme point de départ Tournon, non loin du vignoble Saint-Joseph, en Ardèche, et pour point d'arrivée les coteaux de Tain-l'Hermitage, juste en face, en Drôme. Ça promet!

Et c'est parti pour Saint-Martin-de-Valamas, au coeur du Parc naturel régional des monts d'Ardèche. Rapidement, au sortir de Tournon, la départementale se met à grimper. Nous gagnons en altitude. Le paysage vire au vert, celui des pâturages et des denses forêts de châtaigniers, de pins, de chênes, et au gris-bleu, celui du granit avec lequel sont construites les demeures villageoises. Ça y est, nous sommes au pays d'en haut, où les chèvres donnent le délicieux Picodon, un fromage d'appellation d'origine contrôlée, les vignes, du viognier, et les châtaignes, de la farine, de la bière, de la confiture et bien d'autres douceurs encore.

Déjà, Saint-Martin se profile au-dessus de l'Eyrieux. La Croix La Pierre, la maison d'hôtes qui sera notre base pour les trois prochains jours, n'est plus très loin. La voilà. C'est la grande maison aux volets bleus, à la cour plantée de tilleuls et à la croix de pierre médiévale qui semble veiller sur elle. Florence Riou nous accueille, sa petite Capucine de 20 mois dans les bras.

Elle nous fait faire le tour du proprio, dont les cinq chambres offertes en location, le maximum pour une maison d'hôtes. La nôtre, lumineuse, s'appelle Guanaja, du nom du grand chocolat noir que produit la maison Valrhona, à Tain-l'Hermitage. Ce n'est pas pure fantaisie: nous sommes chez Dominique Riou, artisan chocolatier, après tout!

«Cette maison, je l'ai toujours connue fermée, raconte Florence, qui venait à Saint-Martin, petite, visiter sa grand-mère l'été. J'en ai rêvé, j'ai rencontré Dominique, et voilà, j'en ai fait une maison qui vit.»

Dominique s'amène justement et nous propose un castagnou, un apéro composé de liqueur de châtaigne et de viognier, un blanc de soif. Comme les Riou font aussi table d'hôtes, nous partageons leur dîner. Autour d'un plat de caillettes (viande de porc et blettes hachées moulées dans de la crépine), il sera question de la nouvelle France sous Sarkozy, d'un Québec fantasmé et des découvertes à faire dans les parages. La randonnée jusqu'au château de Rochebonne, une ruine haut perchée, est invitante. Un petit tour du côté du mont Gerbier de Jonc, un dôme de lave refroidie, cerné d'anciens volcans, au pied duquel la Loire prend sa source, s'impose aussi. Pareil pour la cascade du Ray-Pic, qui dévale à toute vitesse une longue coulée de basalte. Et puis, il y a le Hameau gourmand, à l'ombre des monts Gerbier et Mezenc. «Pascale Quinon est une amie de maman, dit Florence, vous devez absolument aller manger chez elle.» Vendu!

«Alors, vous allez manger de l'herbe?», lance la petite dame de Saint-Martial à qui je demande le chemin du Hameau. Enfin arrivés, on y trouve une belle d'Ivory portant une veste de chef. C'est Pascale Quinon, «élevée sur une ferme dans le cul des vaches», passionnée de botanique et chef autodidacte. Ce midi, notre chef reçoit deux douzaines de convives qui, comme nous, veulent goûter à sa cuisine du terroir, rehaussée de fleurs et de plantes sauvages.

En apéro, elle nous sert son «vin de nana», une décoction rose bonbon de fleurs de sauge et d'aubépine. Puis un gâteau à l'ache des montagnes accompagné d'un fromage blanc égayé du mauve des pétales d'une fleur qu'elle appelle vescraca.

Arrive ensuite une salade composée de cardamine hérissée, de chénopodes, une sorte d'épinard sauvage, de fleurs de capucine et de violettes. La laitue frisée se sent bien vulgaire dans un jardin pareil! Lui succèdent de l'agneau bio relevé d'un «pesto» d'ortie, un sorbet à la fraise parfumé à la menthe et une infusion de reine des prés.

Mission accomplie: Pascale Quinon peut enfin souffler. Et s'expliquer. «Tout ce que je mets sur la table, je l'ai vu vivant, dit-elle. La salade, je l'ai cueillie il y a deux heures, elle était vivante. Je m'approvisionne chez les producteurs du coin, mes légumes, je vais les cueillir à moins de trois kilomètres, mes aromates, mes fleurs proviennent de mon jardin, les plantes sauvages de la prairie, de la montagne. En fait, ce qui me passionne, c'est la chaîne végétal-animal-humain. C'est le vivant.

«Sauf qu'on s'est mis dans un système de vie qui n'est plus propice à une bonne hygiène alimentaire, on n'en a plus le temps. Mais il faut arrêter la roue en marche, la standardisation, l'homogénéisation des produits. À quoi ça rime, des tomates calibrées, des fraises en décembre?»

Membre du mouvement Slow Food (qui prône, entre autres, la protection des cuisines régionales), Pascale est intarissable, mais il nous faut partir. On n'a pas vu le temps passer, il est déjà 17 h et Dominique nous attend, avec des amis, pour sabrer le champagne. C'est que ce soir-là est diffusée à la télé l'émission Vivement Dimanche, où Michel Drucker présentera le chocolatier et le gâteau qu'il a créé pour une compatriote navigatrice. Décidément, on ne loge pas chez n'importe qui!

Balazuc Forever

Aujourd'hui, il nous faut dire au revoir aux Riou. Nous mettons le cap sur Balazuc, village de caractère classé parmi les «plus beaux villages de France». Chemin faisant, nous franchissons monts et vallées et n'en finissons plus de nous exclamer: «Oh, wow!». Nous traversons Val-les-Bains, faisons un petit détour pour jeter un coup d'oeil au Pont-du-Diable qui enjambe l'Ardèche, poursuivons notre route par Aubenas et son château. Puis apparaît un village, qui déboule un haut plateau de calcaire et s'agrippe de justesse à l'une des falaises bordant la rivière. Un château se fond dans cet ensemble tricoté serré. Le tout domine les premières gorges de l'Ardèche. C'est Balazuc. Coup de foudre instantané.

Et voilà Daniel et Virginie Boulenger, sans oublier leur petit Léon blond, qui nous accueillent dans leur demeure historique des XIe et XIIIe siècles, par eux restaurée. «Il a fallu quatre ans, plus de 5000 heures de travail chacun, un brin de folie et le double du budget initialement prévu, précise Daniel, ingénieur tout comme son épouse, pour remettre le château en état.» Mais quel résultat! Austérité architecturale, patine des pierres et aménagement contemporain en font, depuis l'été 2006, une maison d'hôtes de rêve. Et pour cause: ce château-boutique est doté de grandes terrasses en surplomb du village, d'une piscine, d'espaces de vie spacieux et de chambres à la déco épurée. La nôtre a vue sur la falaise d'en face, le défilé des canots-kayaks sur l'Ardèche et, depuis la baignoire sur pieds et une basse fenêtre romane, sur les toitures du village.

À l'heure de l'apéro, Daniel nous rejoint sur la grande terrasse avec les autres hôtes, un couple de Marseille, un autre du Danemark. Il nous raconte l'histoire de Balazuc, longtemps abandonné, ressuscité dans les années 60, et nous suggère des visites. Ainsi, de l'autre côté de la rivière, un sentier mène de mûrier en figuier jusqu'à Viel (vieil, en occitan) Audon, un hameau que des jeunes ont fait revivre. Il y a aussi le marché de Joyeuse, le mercredi matin, quantité d'autres villages de caractère à explorer, dont Labeaume et Vogüé, sans oublier le Musée de la grotte Chauvet, à Vallon-Pont-d'Arc. Vendu!

Ce musée est particulièrement fascinant. Il documente la découverte de cette grotte, située non loin du Pont d'Arc, par Jean-Marie Chauvet et deux autres spéléologues, en 1994. Comme elle est fermée au public, un film présente les nombreuses représentations de mammouths, d'aurochs et autres rhinocéros qui ornent ses parois, oeuvres d'hommes de Cro-Magnon, qui dateraient de quelque 35 000 ans, soit deux fois l'âge de celles de Lascaux.

Un bon vin nous amène

Le chatus, un cépage rouge ardéchois, et le viognier bus avec Daniel nous inspirent ensuite une visite du côté de Balbiac, au Domaine du Grangeon, chez le vigneron Christophe Reynouard, un autre passionné qui «n'est pas intéressé à recevoir des touristes qui viennent me voir parce qu'il pleut»! Mais comme il fait un soleil radieux, c'est gagné, et c'est une douzaine de vins qu'on dégustera tout en discutant. Sa cuvée Lablacheyrette, moitié syrah et moitié chatus, «pour son attaque tannique et sa fin de bouche soyeuse», n'est pas piquée des vers. Sa cuvée Fermiget, deux tiers chardonnay «pour son gras et sa puissance de bouche», un tiers viognier «pour son nez», non plus. Mais le vin dont il est le plus fier, c'est encore Mon Coeur. «Je l'ai créé pour l'équipe locale de volley, dit-il. Les filles voulaient quelque chose de doux. Comme j'offre un pot de réconciliation après les matchs, j'ai fait ce rouge de raisins passerillés pour elles.» Un vrai nectar. De quoi donner envie de jouer au volley.

C'est déjà notre dernière journée dans ces parages. Filons à Labeaume, un autre village de caractère haut perché. Sur la place de l'église, on s'attable au resto le Bec-Figue. On commande des cochonnailles et un viognier de l'ami Reynouart. En entendant notre accent, le patron, Pierre Rigaud, vient nous serrer la pince et nous causer comme si nous étions ses frères «becs-figues», ou «mangeurs de figues», surnom donné aux villageois. Déjà qu'on est triste à l'idée de partir et «de prendre un peu de souci», comme dit Pierre.

C'est par la route panoramique qui longe, sur une trentaine de kilomètres, les vertigineuses gorges de l'Ardèche, site classé et haut lieu touristique, c'est le cas de le dire, que nous faisons nos adieux à ce coin de pays. Nous traversons le Rhône et entrons en Drôme provençale. Est-ce à cause de l'épithète «provençale»? Nous n'avons pourtant pas changé de latitude, climat et végétation sont toujours méditerranéens, et pourtant, il nous semble bien qu'ici, la cigale chante plus fort et les hirondelles volent plus bas!

Notre prochaine étape est le Mas Bellas Cortis, à La Garde Adhémar. Par deux fois, on parcourt la route du Val-des-Nymphes et toujours pas de mas à l'horizon. C'est qu'il est bien caché dans la nature. Le voilà enfin, imposant, tout de pierre, «XVIIIe siècle», dira Alexandre Buffard, notre hôte artiste-peintre. Oui, c'est une vraie maison côté sud, fleurie, avec une fraîche tonnelle sous laquelle on prendra le petit-déjeuner et, sur fond de garrigue, une grande piscine bordée de lavande, ceinturée d'une clôture électrifiée... «À cause des sangliers», explique Alexandre. C'est vrai que les sangliers, on les préfère dans la nature plutôt que dans la piscine!

De château en bergerie

Comme on a pris goût aux châteaux, on se met en route: celui de Grignan, non loin, nous appelle. De forteresse médiévale à château d'apparat, il a connu son apogée au XVIIe siècle. C'était au temps où y habitait Françoise-Marguerite de Grignan, qui entretenait une correspondance suivie avec sa mère, Madame de Sévigné. Même si la célèbre épistolière n'y vécut jamais, elle y séjourna à trois reprises, y mourut et inspire depuis 12 ans cette année, le temps du Festival de la correspondance, quantité de visiteurs. Installés dans des chambres d'écriture disséminées dans le village, ceux-ci ont tout le loisir d'écrire de bons mots. Puissent-ils être aussi spirituels que ceux de la marquise qui, au sujet de son gendre, avait écrit: «Il abuse de la permission qu'ont les hommes d'être laids»!

Le château de Suze-la-Rousse est une autre belle construction médiévale. On y trouve l'un des rares jeux de paume qui subsistent en France, de même qu'une université du vin. Grâce à une guide épatante, notre visite s'assortit d'une leçon d'étymologie. On apprendra entre autres que l'expression «faire les 400 coups» a pour origine la bombarde, un petit canon du Moyen-Âge qui se disloquait après 400 coups.

Un qui connaît bien Les Quatre Cents Coups, le cinéma et Montréal, c'est Michel Welterlin, notre hôte à La Badiane. Et pour cause: il est cinéaste, et il a tourné chez nous, en 2000, Des Chiens dans la neige, avec Marie-Josée Croze! Voilà qui surprend, car nous sommes littéralement au diable vert, dans un hameau appelé Ruissas, au coeur des Baronnies, un ensemble de montagnes dont la lavande dispute les flancs aux tilleuls et conifères.

Autour d'un autre apéro, Frédérique, l'épouse de Michel, nous montre les photos de l'ancienne bergerie devenue La Badiane. L'ex-publicitaire raconte leur vie d'avant, à Paris, leur désir de nature, la beauté qui les entoure désormais. Michel propose pour le lendemain une randonnée à vélo, mais comme nous avons déjà croisé, chemin faisant, quantité de cyclistes qui peinaient sur les routes, merci bien! Une randonnée en montagne? Il suffit de réserver un guide, de préparer un pique-nique... Oui, ce serait bien, mais il fait exceptionnellement froid, en ce mois de juillet, non? Alors, cap plutôt sur Nyons, capitale de l'huile d'olive d'appellation d'origine contrôlée, sur Montbrun les Bains, sur Buis les Baronnies? Vendu!

Et voilà que les «Regarde, regarde!» retentissent à nouveau dans la Clio. À perte de vue: des champs de lavande, des tilleuls en fleurs, des châteaux ruinés et le mont Ventoux, qui regarde tout ça de haut.

Notre séjour s'achève. Nous laissons Michel à la préparation de son prochain film, Frédérique à celle de ses bons petits plats, et prenons la route vers notre dernière étape, Allex.

Ah, non, pas une autre maison côté sud! Ici, c'est un ancien domaine seigneurial du XVIIe siècle, devenu ferme au XVIIIe, qui a été converti en une demeure exceptionnelle, La Petite Aiguebonne, par les bons soins de Pierre Vincent et d'Elisabeth Montsarrat. Fana de déco, Elisabeth n'a de cesse, dit-elle, de trouver de nouveaux prétextes pour donner libre cours à sa passion. Ainsi naîtront un salon de thé, un coin détente s'ouvrant sur une grande piscine, un espace boutique, une tente bédouine au coeur d'un jardin de roses anciennes... Honnêtement, il nous faudra faire preuve d'un grand sens du devoir pour prendre la route et visiter le donjon de Crest, le plus haut d'Europe, Cliousclat et ses potiers, Die, au pays de la clairette. Et finalement Tain-l'Hermitage et son belvédère des vignobles, où nous lancerons nos dernières exclamations admiratives.

En vrac

-Air Transat assure quatre liaisons hebdomadaires Montréal-Lyon. Le dernier vol de retour est le 20 octobre prochain. www.airtransat.com.

-Y aller au printemps, à l'été, mais aussi en septembre et en octobre, une saison moins touristique où il fait encore doux (autour de 20-22 °C).

*Dénicher une chambre d’hôtes sur le territoire français : en 2004, on en
comptait quelque 31 000 labellisées, c’est-à-dire adhérant à un
regroupement tel que Gîtes de France ou Clé Vacances, qui veille à ce que
leur charte de qualité soit respectée. Mais quantité d’autres sont
indépendantes.
1 commentaire
  • Terzibachian Jacques - Inscrit 1 septembre 2007 05 h 52

    Quel bonheur de vous lire!

    Vous arriver à réussir à nous faire découvrir notre propre terroir à nous français de France!

    Merci du ravissement.
    Et revenez encore nous voir; vous qui au demeurant avez un si beau pays aussi.