Baguettes en l'air à Hong-Kong

Cet après-midi-là, dans la cour intérieure du temple Sik Sik Yuen Wong Tai Sin, à Kowloon, un jeune couple venu exprès de Chine continentale avait disposé sur une natte de belles oranges et un poisson entier. Ainsi souhaitait-il remercier la divinité taoïste la plus populaire de Hong-Kong de lui avoir «donné» un fils. Rien de plus naturel.

Dans cette même cour, des dizaines de femmes et d'hommes se prosternaient en marmonnant, des bouquets d'encens fumant plein les mains. Normal. C'est effectivement ce que font d'ordinaire dans les temples d'Asie les fidèles recueillis.


Mais voilà que d'étranges cliquetis se firent soudainement entendre. Un petit concert impromptu commença tout d'un coup alors que femmes et hommes se mirent àÉ interroger bruyamment le destin, rien de moins, à l'aide de bâtonnets de bambou!


Surprenant? Pas tant que çaÉ Hong-Kong a beau être mégamoderne, la plupart de ses habitants ne consultent-ils pas régulièrement un voyant? Et ne fréquentent-ils pas assidûment les devins qui officient à l'extrémité nord du marché nocturne de Temple Street? Et puis, pensons aux fortune cookiesÉ Ah, ça non, par contre! Ces biscuits, qui auraient fait leur apparition pour la première fois à San Francisco dans les années 1900, n'auraient rien de chinois: il s'agirait plutôt d'une invention de restaurateurs japonais pour satisfaire une clientèle en mal de dessert!


Une chose est sûre cependant: la croyance en la chance, le hasard et les superstitions est profondément ancrée dans l'imaginaire populaire chinois. Ainsi, on ne doit donc pas s'étonner que les temples de Hong-Kong mettent à la disposition des visiteurs des bamboo prediction sticks, soit des jeux de 100 bâtonnets de bambou numérotés contenus dans une boîte cylindrique.





Prédiction, prédiction


Ah, voilà donc la source des cliquetis, voilà donc ce qu'on agite avec tant de ferveur, presque à l'horizontale, jusqu'à ce qu'un et un seul des bâtonnets émerge du lot. Simple comme bonjour? Pas si sûr: patience et dextérité sont requises car si des bâtonnets s'échappent du réceptacle, c'est raté, et il faut recommencer.


Après plusieurs minutes passées à jouer à brasse-baguettes, le bâtonnet numéro 22 pointa finalement au-dessus des autres. Vingt-deux: me voilà bien avancée! Des feuillets correspondant à chacun des nombres et dispensant des messages plus ou moins sibyllins sont bel et bien disponiblesÉ mais ils ne sont utiles qu'à ceux qui sont versés dans les idéogrammes chinois.


Qu'à cela ne tienne: derrière le temple, quelque 160 diseurs de bonne aventure, installés dans leur cubicule, sont tout disposés à jouer les interprètes.


Voyons voir: «Les feuilles tombent de l'arbre», dit entre autres la parabole correspondant au numéro 22. Traduction libre? «Le moment serait bien mal choisi d'aller au casino, priez plutôt!» Voilà qui tombe pile: Hong-Kong compte plus de 600 monastères, lieux saints et temples maisÉ zéro casino!





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Le temple Sik Sik Yuen Wong Tai Sin, l'un des plus grands de Hong-Kong, fut construit en 1921. On y pratique le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme. Son Good Wish Garden comporte par ailleurs un mur aux neuf dragons, réplique de celui du Palais impérial de Pékin. Le temple est situé dans le district Wong Tai Sin, au nord-est de Kowloon. Fort populaire, il accueille chaque année plus de trois millions de visiteurs. www.DiscoverHongKong.com.