Jamaïque - Au pays de Marley en tout-compris

Une aire de repos à l’hôtel Beaches Negril.
Photo: Une aire de repos à l’hôtel Beaches Negril.

Il existe deux Jamaïque: celle des grands hôtels pleins d'étoiles où l'on se fait dorloter par les gens de la place et celle de l'arrière-pays où l'on se gâte en allant librement à la découverte du peuple. Peu importe la formule, la Jamaïque révélera son âme à ceux qui sauront l'écouter et s'efforceront de l'atteindre. D'Ocho Rios à Négril, une invitation à communier avec l'humour, l'aventure, la beauté, la musique. Yeaaah man!

Montego Bay — «Lady, don't worry, please don't worry. Let's meet some special place, some special time of day. Only in Montego Bay, only Montego Bay... » Dans le hall d'entrée du Sunset Beach Resort & Spa, un employé de l'hôtel balaie le carrelage au rythme d'un reggae endiablé. «Yeaaah man! C'est Sweet Life, du chanteur Cocoa Tea, lance en patois l'homme au sourire fendu jusqu'aux oreilles. Adolescent, il chantait dans les églises. On peut trouver ses CD à Montego Bay, chez Top Ranking ou El Paso.»

Montego Bay? Mais comment y aller? À pied, c'est trop loin. La navette de l'hôtel? Oui, sauf que l'aller-retour «magasinage» en après-midi se limite au grand marché artisanal et à la Gloucester Avenue, deux paradis touristiques bouffeurs de dollars. Décidément, on ne s'en sort pas. Et le chauffeur qui apparemment ne quitte pas d'un poil ses passagers.

Non! Aller à Montego Bay sans prendre le temps de vivre un peu l'ambiance de l'ancien port de bananes et de sucre aujourd'hui fréquenté par les bateaux de croisière; sans parcourir la ville au rythme du reggae diffusé par des murs aux enceintes géantes; sans regarder les hommes jouer aux dominos sur le trottoir ou derrière les étals colorés de fruits et de légumes; sans visiter le Civic Center, seul musée de la ville... c'est comme de manger une Caramilk sans caramel!

On en dit beaucoup sur le pays de Bob Marley. Qu'il est dangereux. Qu'il est pauvre. Que la drogue y circule en grande quantité. Et que Montego Bay, malgré son titre de capitale touristique, ne fait pas exception à la règle. Il faut admettre qu'un simple coup d'oeil sur l'agglomération de 120 000 habitants permet de conclure à une histoire de brouhaha populaire sur fond d'un quotidien pas toujours facile. Il reste donc conseillé d'être accompagné d'un guide, du moins pour la première fois, question de se familiariser avec les us et coutumes des autochtones.

C'est Philipp, un des chauffeurs de taxi attitrés à l'hôtel, qui va m'initier à Montego Bay. «La Jamaïque a été un prix de consolation pour les Anglais lorsqu'ils ont perdu Hispanolia aux mains des Espagnols en 1655, explique le Jamaïcain. Mal protégée, l'île a été prise d'assaut sans trop de résistance. Luckily for the Brits, qui ne revenaient pas chez eux les mains vides.»

De la jungle noctambule des boîtes chaudes de Mo Bay au rythme grave et lourd des sound systems dans les ghettos, partout l'ambiance est captivante. Qui, mieux qu'un chauffeur de taxi, peut parler de cette île qui détient le record du nombre de bars et d'églises par personne et dont la bauxite et l'alumine constituent les plus importants produits d'exportation? Fier comme Artaban de la culture de son pays, il va jusqu'à arrêter sa voiture sur le bord de la route pour cueillir une plante et me donner un cours sur son utilisation en cuisine ou en médecine.

D'anciennes maisons de planteurs sont devenues des musées très courus, telle la Rose Hall Great House, à 11 kilomètres à l'est de Montego Bay, une imposante demeure en pierre restaurée dans les années 1960 et certainement la plus visitée des fastueuses demeures de maîtres de plantation de canne à sucre en Jamaïque.

Est-ce pour son architecture coloniale que les touristes s'y rendent en grand nombre, ou pour se convaincre de l'existence d'Annie Palmer, la sorcière blanche de Rose Hall qui aurait tué trois de ses maris et plusieurs de ses amants esclaves? On dit que son fantôme hante toujours la demeure.

Xamayca, ou «terre de bois et d'eau»: ainsi les Arawaks nommaient-ils leur île, la troisième plus grande des Caraïbes après Cuba et Haïti. D'une superficie totale de 10 991 kilomètres carrés, ce pays de mer et de montagne qui s'étend d'est en ouest sur environ 250 kilomètres, sa largeur maximale ne dépassant pas 80 kilomètres, jouit de la générosité d'un climat tropical.

Cricket à l'honneur

En temps normal, du Donald Sangster International Airport à Montego Bay jusqu'à Ocho Rios (Ochi pour les intimes), il faut compter une heure et demie. Sauf que, depuis le début des travaux d'agrandissement de la fameuse route côtière A1 en prévision de la Coupe du monde de cricket, accéder aux terres d'Ochi en moins de deux heures relève du miracle.

Très attendu dans le monde anglophone, l'événement sportif qui se tiendra en mars et avril prochains dans plusieurs États de la Caraïbe, dont la Grenade, le Guyana, Saint-Kitts-et-Nevis et Sainte-Lucie, devrait attirer des milliers de spectateurs. La cérémonie d'ouverture aura lieu le 11 mars en Jamaïque et la finale, le 28 avril à la Barbade. Au total, 16 équipes s'affronteront. La Coupe du monde de cricket est le troisième événement sportif en importance dans le monde. La Jamaïque s'attend à une saturation de son réseau hôtelier et des liaisons aériennes entre les îles.

Dans leur livre 25 Destinations soleil pour les vacances, Lio Kiefer et Isabelle Chagnon conseillent la location d'une voiture à Ocho Rios pour profiter de l'environnement. De l'ancien village de pêcheurs devenu terre vacancière, les excursions dans l'arrière-pays sont nombreuses: Turtle River Park, les jardins de Coyaba, Enchanted Garden et Shaw Park Gardens.

Le seul hic d'avoir une voiture au royaume des tout-compris: la conduite à gauche. Si les routes côtières sont dans un état acceptable, les petits chemins intérieurs, étroits, sinueux et mal entretenus sont parfois dangereux. Un feu rouge est une «suggestion» d'arrêt et la limite de vitesse... so what! Les Jamaïcains conduisent très vite. Un conseil d'amie: s'abstenir de sortir la nuit.

À Prospect Plantation, Vincent Taylor, le guide qui accompagne les touristes dans les plantations de bananes, d'ananas, de piments et de café, est un pince-sans-rire comme beaucoup de Jamaïcains. Une sorte d'humour très... british. Trois minutes après le départ, le tracteur qui tire la grande carriole dans laquelle nous prenons place s'immobilise. «Oh Lord, we are out of gaz!, s'exclame Taylor. I have to go back to get some. I'll come back in five minutes.» Fallait voir les réactions de chacun! J'avoue qu'il nous a bien eus. Et ce ne sera pas la dernière fois.

Écolos avant l'heure

Près d'Ocho Rios, dans le petit hameau de montagne Nine Miles, naissait le 6 février 1945 Robert Nesta Marley, Métis de père blanc capitaine de l'armée britannique et de mère noire jamaïcaine. «Wake up and live!» La quête de Bob Marley et de ses amis rastas contribuera à la renommée de l'île. Le Nine Mile Museum raconte la vie du chanteur de reggae.

Bob Marley est mort en 1981 mais, depuis, il est resté un dieu vivant respecté de tous. Sur l'île, la communauté rasta est minoritaire mais non sans influence. Le nom dérive de Ras Tafari, le Négus Negast d'Éthiopie.

Quant au mouvement rastafari, il a vu le jour dans les années 1930 à l'initiative de Marcus Mosiah Garvey, qui préconise une doctrine nationaliste noire et radicale souhaitant l'unification des Noirs du monde entier. Du coup, l'Éthiopie, seul pays d'Afrique à avoir toujours préservé son indépendance, devient un symbole de l'émancipation des Noirs.

Aujourd'hui, la majorité des rastas vivent de leur foi. Ils partagent le dogme du régime i-tal, végétarien, parfois végétalien et sans sel ajouté, refusent de manger toute nourriture non biologique, de consommer de l'alcool, de se couper les cheveux et de se les peigner (d'où les dreadlocks). Ils prennent de la ganja, ou chanvre, une herbe biblique dont la consommation est un sacrement.

Yeah man, go West!

Une approche par la mer en catamaran permet de découvrir au détour des criques les petits villages colorés de pêcheurs. Négril est définitivement la carte postale de la Jamaïque.

Quant à Black River, situé à quelques kilomètres au sud de Négril, on garde le souvenir d'un village authentique parsemé de petites et de grandes maisons coloniales et de la rencontre avec Peter, Little George, Marguerite et Little Tom, les crocodiles de la rivière Black River.

La moindre demande de renseignement peut dégonfler l'agressivité, se transformer en invitation à boire un café ou à engager la conversation. Sur la plage de Long Bay, en attendant le bateau qui nous conduira en mer, reggae, rhum, baignade et sauts de falaise au programme, un rasta me demande d'où je viens et m'invite à commenter ses peintures.

Il s'appelle Ras Ramon, se dit peintre et professeur en art. Un peu douteux, c'est vrai! Mais ce qui saute aux yeux, c'est le plaisir avec lequel il m'explique la signification de chacun de ses dessins. Il ne veut pas d'argent, seulement un peu d'attention et une bonne parole sur lui à mon retour.

Le meilleur café du monde, le plus cher du moins, est cultivé sur les pentes des Blue Mountains, au sud-est de l'île. Nous ne verrons pas les plantations mais nous dégusterons l'élixir très prisé des Japonais. Comme nous goûterons au jerk chicken, aux patties et à l'ackee.

Dans un forfait tout-compris, si on se donne la peine de garder l'oeil ouvert, on remarque que l'authentique persiste dans l'architecture, la gastronomie, la musique. Et qu'en étant attentif aux remarques et aux interventions des employés de l'établissement, on peut très bien découvrir le pays dans un hôtel. Utile pour qui a des fourmis dans les jambes. Yeaaaaaah, man!

En vrac

- Vacances Tours Mont-Royal offre trois vols nolisés par semaine, deux au départ de Montréal (Can Jet et Air Transat) et un au départ de Québec (Can Jet). Le grossiste travaille avec les chaînes hôtelières Superclubs, Sandals & Beaches Resort, Sunset Resorts et Bahia Principe Jamaïca.

- 1 $ CAN vaut 57, 2715 $ JMD (dollars jamaïcains).

- À rapporter: musique, café et rhum.

- Langues parlées: l'anglais et le patois.

- Le climat est tropical humide, avec peu de variations de température. Le nord et le nord-est sont les régions les plus arrosées. Le sud est beaucoup plus sec et offre des paysages quasi désertiques où poussent de beaux cactus. On ne privilégie pas de saison, ou alors entre novembre et avril. Les risques d'ouragans sont plus élevés entre septembre et octobre.

- Mieux vaut demander la permission avant de prendre une photo.

- Le taxi est un mode de transport intéressant et simple. Il se révèle un bon moyen de découvrir le pays et est accessible dans tous les hôtels et resorts de l'ile. Vérifier toutefois la plaque d'immatriculation du véhicule. Elle doit montrer le signe rouge PPV (Public Passenger Vehicle). Et entendez-vous sur un tarif avant le départ! Une excursion d'environ trois heures (les chauffeurs ne compteront pas à la minute près si vous êtes sympathique) coûtera entre 40 et 50 $ US. Montrez-vous curieux, les chauffeurs jamaïcains n'en seront que plus contents.

- La Jamaïque est un pays de très fortes contradictions: il importe donc de se documenter le mieux possible sur la culture et les habitudes locales avant de s'y rendre. Les gens y sont très fiers.

- Renseignements: Louise Paquette, représentante de la Jamaïque au Québec, Tél: 450 928-9859, www.visitjamaica.com.

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Notre journaliste était l'invitée de Tours Mont-Royal et de West Jet.

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Jean Dussault - Inscrit 3 février 2007 08 h 17

    haine des gais en Jamaïque

    Cette île m'attire depuis longtemps. Et chaque fois je résiste à ses charmes qui sont dégradés par l'homophobie répandue:

    D'après Human Rights Watch c'est l'île la plus homophobe des Antilles. L'homosexualité y est interdite par le Code pénal et dénoncée par les Églises (fondamentalistes chrétiens, adeptes du vaudou etc.) ainsi que par des stars du reggae.
    Les militants gais Brian Williamson et Lenford «Steve» Harvey y ont été assassinés (en 2004 et 2005). Des élus à l'élite, on nie l'homophobie ou on en justifie le fondement.

    Décidément, Jamaïque, jamais.