Martinique - L'île aux fleurs

Photo Maison de la France
Photo: Photo Maison de la France

On pourrait dire qu'elle a tout. La chaleur, pas trop, la mer, tout autour, le soleil, toujours, la température, à peu près égale à l'année, la flore, luxuriante, la langue, française avec des pointes créoles, et puis la France, assez éloignée pour la différence et assez présente pour sa fine bouche, son euro, sa structure sociale... tout cela en mode lenteur, on l'aura deviné. Entre la Dominique et Sainte-Lucie, la Martinique est un petit paradis, avec ses oh ! et ses ah !.

Il fut une époque où la Martinique accueillait un flot important de Québécois à la recherche de la chaleur perdue pendant les saisons fraîches. Logique : géographiquement, cette île des Petites Antilles, qui baigne entre deux mers, se situe à seulement quelques milliers de kilomètres de Montréal. Mais c'était avant l'avalanche de forfaits tout-inclus offerts dans des destinations soleil moins coûteuses. Aujourd'hui, l'île est essentiellement visitée par des Français de la « métropole » qui y profitent d'un climat exotique en leur propre pays.

Habillée dans ses couleurs chaudes de soleil et de paysages marins, la Martinique est pourtant bien pourvue en attraits touristiques. Flanquée de la mer des Caraïbes d'un côté, de l'océan Atlantique de l'autre, avec ses 1000 kilomètres carrés, on croit d'abord pouvoir la saisir en un tour rapide. Erreur. Son territoire, dense à souhait, offre tout autant de scènes de montagne que de plage, de marais ou de forêt.

Au nord, deux massifs volcaniques se disputent des images idylliques : les pitons du Carbet et la montagne Pelée, celle-là même dont le volcan fut catastrophique au début du siècle dernier, emportant dans sa lave la capitale économique et culturelle de l'île, Saint-Pierre, avec ses 30 000 habitants. Surnommée le « Petit Paris des Antilles », la ville fut rayée de la carte le 8 mai 1902, à 8 h 02, en moins de 2 minutes.

Les Martiniquais en ont fait une célébration grandiose, cette année, pour marquer le centenaire de ce terrible événement qui n'avait épargné que deux survivants, dont l'un était l'unique détenu d'un cachot demeuré mystérieusement intactÉ Quelques tristes ruines témoignent aujourd'hui du séisme.

Fort-de-France, à l'entrée de la baie du même nom, à l'ouest de l'île, est ainsi devenue la capitale de la Martinique. On y fait des promenades intéressantes dans de petites rues aux maisons sympathiques. Les Foyalais semblent aussi y circuler selon la devise du pays : le temps de vivre. Les marchés sont pour le moins colorés, odeurs et effluves en prime, et les boutiques se partagent entre le chic et l'artisanal.

Accro des acras et des glaces coco

Si l'on n'a que peu de temps à passer dans l'île, une excursion dans la forêt tropicale devient alors un must. Au détour de chemins qui semblent parfois n'en être point se cachent des paysages époustouflants. Des gîtes y sont perchés aussi, offrant l'hébergement autant que le paysage et le dépaysement, avec une douce impression de bout du monde. Des maisonnettes avec cuisinette permettent aux clients de popoter leurs petits plats dans un décor magique... tout en limitant le budget.

On dit qu'il y a des serpents en Martinique, mais personne ne semble n'en avoir jamais vu le bout d'une tête. Vous en serez quitte, probablement, pour admirer quelques inoffensifs lézards à votre porte. La flore ? Elle déborde de luxuriance, avec profusion de ces plantes à fleurs que nous devons cultiver en pots, à commencer par la fleur du balisier, d'une beauté spectaculaire. Le surnom d'« île aux fleurs » n'est certainement pas surfait. Et toujours cet alizé, qui souffle constamment pour maintenir le soleil supportable.

Et quel bonheur de manger mangues et melons pleins de soleil, ou ces bananes fraîchement cueillies. Parions que vous craquerez aussi pour une glace coco et des acras (beignets à la morue). De quoi devenir complètement accro.

Le vrai visage de l'île, il se dévoile aisément lorsque s'élève la musique et que les Martiniquais vous rythment l'air ambiant en moins de temps qu'il n'en faut pour opérer un petit déhanchement.

En vrac
- « La colonisation française commence avec l'arrivée, en 1635, d'une centaine de colons originaires principalement de Normandie. Leur installation est longue et difficile malgré les dimensions réduites de l'île. Pour survivre, ils empruntent aux Amérindiens de nombreux éléments de leur civilisation du manioc amer.

«D'autre part, ils doivent faire face à la farouche résistance des Caraïbes. Ce n'est qu'en 1658 que s'achève la saisie de l'île avec la conquête de sa partie orientale et l'élimination presque totale de la population précolombienne » (Martinique, Guides Voir, Libre Expression).

On peut voir, à certains endroits, les marques laissées par cette période, comme l'abolition de l'esclavage en 1848.
- Le secrétaire d'État au tourisme français, Léon Bertrand, accordait récemment une entrevue au Devoir lors de son passage à Montréal pour le Salon international Tourisme Voyages. Il a rappelé que les équipements désuets de la Martinique lui avaient fait prendre du retard par rapport à d'autres destinations soleil qui se sont beaucoup développées ces dernières décennies.

Lui-même Guyanais, en poste depuis quelques mois seulement, il promet de se pencher sur la situation sociotouristique de la France des Tropiques. Sur l'accueil: « Il ne faut pas confondre service et servitude », a-t-il dit.
- La saison des pluies s'étend de juillet à décembre, mais il s'agit de courtes et denses averses et non de précipitations ininterrompues.
- Pour les randonneurs, des sentiers sont aménagés, notamment dans la montagne Pelée.
- Le meilleur moyen de se déplacer dans l'île reste la voiture. Les transports en commun sont à peu près inexistants. Le réseau routier est bien développé mais les petites routes sinueuses abondent. Aussi, les Martiniquais y sont souvent aussi hardis que sur l'autoroute. Il faut donc user de prudence et parfois aussi de patience.

La plupart des routes ne sont pas éclairées la nuit. Une publicité omniprésente pour les automobilistes se lit comme suit : « Un mort par semaine, un handicapé par jour. » Ça donne le ton.
- On mange bien en Martinique. L'héritage français y est partout présent mais adapté localement. Sans compter le rhum, boisson nationale, et le ti-punch (prononcez ti-ponche), un rhum agricole provenant de la distillation directe de la canne à sucre. Un véritable rituel martiniquais. Selon le Guide Voir, « le mot est anglais et vient de l'hindi panch qui signifie cinq. C'était autrefois une boisson réputée en Inde, composée de cinq éléments : thé, citron, cannelle, sucre et alcool. »
- Les forfaits tout-inclus sont inexistants. Tout au plus peut-on obtenir des demi-pensions incluant l'hébergement et deux repas par jour. En Martinique, les politiques sociales sont celles de la France. Ça donne de meilleures conditions de vie, mais pas toujours de meilleurs prix pour les touristes !
- La desserte aérienne en haute saison est assurée à l'aéroport du Lamentin, près de Fort-de-France. Mais les responsables touristiques martiniquais font d'énormes pressions pour obtenir une liaison régulière depuis Montréal, à l'année, ce qui, croient-ils, stimulerait la demande canadienne.

Renseignements
- Office du tourisme de la Martinique au Canada : (514) 844-8566, www.touristmartinique.com.
- Pour les gîtes, le choix est vaste : studios, appartements en bord de mer, petits chalets, maisons de luxe, gîtes familiaux, maisons créoles...

On pourra même aller vous chercher à l'aéroport : ce n'est parfois pas un luxe, la route pour se rendre à certains endroits étant, disons, surprenante. Si la Martinique est bien pourvue en chaînes hôtelières de différentes catégories, l'agritourisme se développe. Un exemple de prix (2002) au hameau du Morne des cadets ( 0596 55 83 30, leontisgra@wanadoo.fr) : chalet pour deux à quatre personnes, une semaine, 385 euros en haute saison, soit du 1er décembre au 30 avril, et 325 euros en basse saison, soit du 1er mai au 30 novembre.

Pour réserver un gîte : 0596 64 11 51, www.martiniquetoucouleurs.com.