Les soleils cachés de la Martinique

Depuis le gîte Le Hameau du Morne des Cadets, à Fonds Saint-Denis, on aperçoit la montagne Pelée et un petit morceau de la mer des Caraïbes.
Photo: Depuis le gîte Le Hameau du Morne des Cadets, à Fonds Saint-Denis, on aperçoit la montagne Pelée et un petit morceau de la mer des Caraïbes.

À moins d'être complètement déconnecté de toute réalité ambiante, on peut difficilement visiter la Martinique en ghetto touristique et en faisant fi du quotidien qui s'y joue, comme cela se passe allègrement sous d'autres soleils. Voilà un joyau de cultures, agricoles autant que sociales, blotti dans un cadre insulaire baigné de part et d'autre par la mer des Caraïbes et l'océan Atlantique. Au milieu d'une végétation généreuse jusqu'à plus soif, l'île aux fleurs fascine en même temps qu'intrigue. Et ravit, au final.

Saint-Pierre — Depuis toujours, les Antilles éveillent des images idylliques dans l'imaginaire des gens du Nord. Avec un territoire d'à peine 1100 kilomètres carrés, la Martinique, elle, s'impose comme une destination sur nulle autre calquée. S'y trouve un climat torride dans un environnement sécuritaire, sanitaire, et... hexagonal, comme dans département français d'outremer (DOM).

L'île présente tantôt la forêt tropicale au nord, tantôt la savane au sud, puis la montagne et la mer autant que la mangrove et la plage. Tous les goûts sont dans cette nature de chaleur, de culture et de luxuriance. Randonnée, escalade, plongée, natation, équitation, promenade, flânerie, fouinage, furetage et farniente figurent au programme.

Certes, les touristes devront bourse délier un peu plus que pour les destinations soleil populaires, structure et conditions de vie françaises obligent, mais la Martinique le leur rend bien par sa grande diversité d'attraction, qu'on loge en gîte rural, en hôtel plein d'étoiles, chez l'habitant ou sous la tente. Et tout cela dans une espèce de joyeux désordre d'un melting pot qui fait des Martiniquais des gens attachants, pour peu qu'on se donne la peine de gratter un peu cette apparente insolence, probablement exacerbée par le climat, d'ailleurs, et que plusieurs n'hésitent pas à qualifier de nonchalance affectée.

Lâcher prise sur la cadence effrénée de nos modes de vie et consentir à percer cette façade? À la limite, il en va peut-être de la qualité de son séjour... Laissons-nous aller plutôt à écouter ce fabuleux mantra, joué à longueur d'année par de bien petites grenouilles pourtant, dès la brusque tombée du jour jusqu'aux aurores. Comme si cette mélodie partout en trame de fond lançait une invitation presque subliminale à la détente. Si bien qu'on aimerait pouvoir en ressortir la cassette quand le temps novembre ou décembre impunément au Québec, ou encore lorsque la froidure y sévit impitoyablement par 30 degrés sous zéro.

Et si ce n'est pas suffisant, on se servira quelques rasades de ti-punch, le drink national martiniquais, avant de s'abandonner au zouk ou à la biguine. Une fois réunies les conditions gagnantes pour un séjour imprégné du souffle martiniquais, parions que vous regretterez l'île aux fleurs dès en posant le pied à l'aéroport du Lamentin pour le retour. Mais il en restera toujours quelque chose, comme les souvenirs, les photos... et le projet d'y revenir.

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En vrac

- Descendants des premiers planteurs blancs, les békés contrôlent en grande partie l'économie de l'île malgré leur petit nombre: une vingtaine de familles, pour moins de 1 % de la population... «Marqué par une forte endogamie et une grande solidarité, le clan des békés est considéré comme une véritable caste locale, peut-on lire dans le Guide Voir Martinique. Ils ne se marient qu'entre Blancs et de préférence entre békés.» Le terme béké serait «un mot africain désignant l'étranger (en langue ibo)». Des accrochages sont toujours possibles mais, de façon générale, la cohabitation se passe correctement.

- Pour le plaisir des yeux — et de l'odorat —, on fera le plein des tableaux naturels dessinés par ces fleurs toutes plus exotiques les unes que les autres, tels ces balisiers qui poussent comme des mauvaises herbes et pour lesquels les fleuristes québécois réclament une petite fortune.

- Au nouveau Cap-Est Resort & Spa, un établissement des Relais & Châteaux à Le François, le décor enchanteur le dispute à la noblesse des matériaux. La suite exécutive sera à vous pour quelque... mille euros la nuit (environ 1500 $CAN). Oh mais le petit-déjeuner est compris, quand même! Si vous arrivez un dimanche ou un lundi, toutefois, manque de pot, le spa sera fermé, au même prix. Tél. 0596 54 88 01, www.capest.com.

- Le Club Med Les Boucaniers à Sainte-Anne, rouvert depuis un an, propose plusieurs types d'hébergement selon sa formule bien connue du tout-compris et dans un décor charmeur sur la mer des Caraïbes. Tél. 0596 76 72 72, www.clubmed.fr.

- Plusieurs gîtes sympathiques, dont certains avec vue sur la mer, sont disponibles à prix plutôt raisonnable.

- L'hôtel quatre étoiles Sofitel Le Bakoua à Trois-Îlets, du nom de ce chapeau de paille typiquement martiniquais, propose notamment des chambres installées directement sur la plage avec petite terrasse privée. Tél. 0596 66 02 02.

- Au Domaine Saint-Aubin, un hôtel trois étoiles à La Trinité, les nouveaux propriétaires ont fait subir une refonte complète à la bâtisse coloniale et aux installations extérieures. La majestueuse entrée donne la douce illusion d'une vie de château et la vue sur la mer et l'îlot Saint-Aubin y est superbe. Tél. 0596 69 34 77, www.ledomainesaintaubin.com.

- À Sainte-Marie, Florence André exploite un pittoresque site agritouristique en montagne, l'Habitation Pied-en-l'Air. Sur réservation, on peut prendre un repas à l'exploitation en dégustant des produits régionaux. Florence fait également dans l'horticulture. Tél. 0596 69 75 10. floa972@hotmail.com.

- Le vendredi soir, la Cabane du Pêcheur, à la plage du Carbet, offre un menu de poissons frais à déguster avant d'aller s'émoustiller sur la piste de danse toute de sable vêtue, au rythme d'un orchestre local. La cabane à sucre version martiniquaise, finalement, mais en bord de la mer plutôt qu'en érablière. Tél. 05 96 62 62 45.

- On peut faire une randonnée agréable au sentier botanique et floral Les Ombrages, à Ajoupa-Bouillon. Tél. 05 96 53 31 90. Aussi, les Gorges de la falaise vous font pénétrer au coeur de la forêt tropicale: coeurs sensibles, s'abstenir. Tél. 0596 53 37 56, www.gorgedelafalaise@multimania.com. Quant à la mangrove, comme celle de la Caravelle, à Trinité, une promenade s'impose dans cet environnement de constitution géographique très particulière en bord de mer. www.martinique-nature.com.

- Au port du Marin, quelques centaines de voiliers sont offerts en location, avec ou sans skipper selon les besoins et l'expérience des clients. C'est ouvert à tout le monde, dans une région de navigation qu'on dit facile. Tél. 0596 74 83 83.

- Chaque année, la course des yoles, ces embarcations traditionnelles, attire plusieurs milliers de spectateurs et draine avec elle une multitude de petits bateaux qui suivent la course de près, dans une joyeuse fiesta populaire. Évidemment, le rhum et la bouffe sont grandement de la partie...

- Si le rhum et le champagne figurent en tête de liste de la consommation des Martiniquais, le bon vin est disponible partout à saveur et à prix... français.

- Il est possible de visiter les distilleries de rhum et de se faire raconter la fabuleuse histoire de cette liqueur qui gagne enfin ses lettres de noblesse: depuis dix ans, seul le rhum de la Martinique peut jouir du label français «Appellation d'origine contrôlée» (AOC) reconnu internationalement. Aussi, on rapportera dans ses bagages une (quelques-unes? chut!) bouteille de rhum agricole, celui-là distillé directement de la canne à sucre sans autre forme de transformation et dont le goût n'a rien à voir avec le rhum industriel.

- Les produits culinaires créoles sont aussi goûteux que délicieux, du boudin aux fèves en passant par les épices et les fruits exotiques.

- À Saint-Pierre, le petit train Cyparis Express propose un tour du village, dont une partie à pied, pour faire découvrir l'ancienne capitale déchue de la Martinique. Après l'éclatement du volcan de la montagne Pelée en mai 1902, qui avait fait 30 000 morts, Saint-Pierre fut en quelque sorte abandonné à son sort malgré la montagne d'histoire qu'il recèle. Comme celle, surprenante, du seul survivant de la catastrophe, Cyparis, emprisonné «par chance» dans son cachot... On connaît des pays où une telle richesse patrimoniale serait autrement exploitée.

- La Plantation Leyritz, ancien domaine agricole à Basse-Pointe, a été construite au XVIIIe siècle. On peut y faire une balade dans l'histoire caraïbe, notamment la rue Case-Nègres, le moulin à eau et la distillerie. Un petit musée présente la collection de figurines de l'artiste martiniquais Will Fenton, qui a conçu des oeuvres uniquement à partir d'espèces végétales de la région. Le site est aménagé en hôtel et restaurant depuis 1970. Tél. 0596 78 53 92, www.plantationleyritz.com.

- Le Château Dubuc, à La Trinité, vaut le détour dans ces vestiges d'une riche histoire. En 1657, le Normand Pierre Dubuc débarque en Martinique et finit par s'y installer. Son petit-fils, Louis, construit l'habitation Caravelle, qui deviendra le Château Dubuc. L'importance des installations laisse croire à d'autres activités que la production de sucre: contrebande, trafic d'esclaves? Le lieu est devenu un parc naturel régional. Tél. 0596 58 09 00.

- Le Réseau Tak Tak est une agence de promotion de l'activité rurale et touristique de la Martinique qui rassemble une soixantaine de membres: agriculteurs, restaurateurs, artistes, artisans, chauffeurs de taxi, de minibus ou autres (pour voyages de groupe), apiculteurs, guides de montagne, musées, rhumeries... Patrick Duchel, Tél. 0596 69 13 69, www.taktak-martinique.com.

- Renseignements: Comité martiniquais du tourisme au Canada (Montréal), (514) 844-8566, www.martiniquetourism.com.

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Notre journaliste était l'invitée du Comité martiniquais du tourisme.