Le Beijing de Ping

La Pékinoise Ping regarde «son» temple du Ciel. Photo: Benoit Legault
Photo: La Pékinoise Ping regarde «son» temple du Ciel. Photo: Benoit Legault

J'ai passé une semaine dans la ville natale de ma copine pékinoise, qui habite le Canada. Scènes de la vie quotidienne dans la prochaine superpuissance mondiale.

Pékin — Manger au restaurant avec des Pékinois se révèle une expérience étonnante. On ne consomme presque pas de riz (sauf au petit-déjeuner!). «Quand nous allons au restaurant, c'est pour manger des spécialités, des plats délicats, et non pour se bourrer de riz qu'on mange constamment chez soi», explique Ping en rongeant avidement les ligaments d'une cuisse de poulet qui ne demandait pas tant d'acharnement.

L'aboutissement final de l'existence de l'ex-volatile est une petite marmite à gaz qui bouillonne à notre table. Je constate que la fondue chinoise du Choix du Président est bien loin des réalités de Pékin.

Je vois aussi que les Chinois commandent trop de nourriture au restaurant car ils veulent goûter un maximum de plats. La quantité de nourriture demandée en trop dans les restos de Chine représente l'équivalent de la consommation de 100 millions de personnes; trois Canada pourraient se sustenter avec les restants des restaurants de l'Empire du Milieu!

Cette habitude de commander en trop grande quantité est aussi motivée par le désir d'obtenir des plats cuisinés qu'on rapporte à la maison. Fait-on signe qu'on a terminé de manger que déjà les serveurs présentent machinalement de petites boîtes de plastique aussitôt remplies à ras bord par les convives. Les logements des Chinois étant pourvus de minuscules cuisines peu inspirantes pour mitonner des repas à la maison, ce «pour emporter» indirect allie donc l'agréable à l'utile.

Transports peu communs

Utiliser les transports collectifs devient amusant au bras d'une «autochtone». Les autobus semblent terriblement bondés mais ils sont bien ventilés; beaucoup mieux que les fours ambulants de Montréal. L'affluence aux arrêts d'autobus est également trompeuse. Comme chaque arrêt sert à plusieurs bus, les gens n'attendent pas en file, ils forment plutôt une grappe qui se divise instantanément quand un bus arrive.

Nombreux et pas chers, les taxis sont conduits dangereusement. La circulation est si dense que les chauffeurs ne peuvent (heureusement) pas aller très vite! Si on ne parle pas le mandarin, il faut absolument présenter l'adresse d'une destination écrite en caractères chinois.

Les vélos de Pékin sont légendaires. En faire soi-même tient de l'aventure douce le long des boulevards et sur les larges voies cyclables, mais ça devient du sport extrême aux intersections car le virage à droite constant des véhicules motorisés oblige les vélos à zigzaguer entre des autos et des bus sans pitié. On n'a pas le droit de laisser un vélo n'importe où. Il faut trouver un stationnement (généralement payant) réservé à cette fin. Ce n'est pas cher du tout, quoique tout à fait contrariant.

Marcher le long des larges trottoirs de Pékin, c'est du bonbon, mais le problème se pose encore aux intersections. Le nombre des voitures a doublé depuis 1997, de nouveaux règlements sévères tentent donc de protéger les piétons mais les conducteurs s'accordent une priorité parfois difficilement acceptable.

On peut se faire frapper trois fois avant de finir de traverser une intersection! Une première fois par les véhicules qui tournent à droite (sans vouloir arrêter); une deuxième par les conducteurs qui tournent à gauche au milieu de l'intersection; et une troisième fois par les conducteurs qui virent à droite de l'autre côté de l'intersection...

Le métro, en pleine expansion, est fort moderne et confortable. Un adolescent regarde avec insistance les jambes de ma Ping comme s'il s'agissait d'une première mondiale. J'entre dans l'espace personnel du voyeur et je m'approche de très près pour qu'il décroche. Rien à faire. Je ne vais tout de même pas lui lancer un mouchoir au visage! «C'est un gars de la campagne, ça paraît tout de suite. Il n'y a pas beaucoup de minijupes dans son bled, je suppose», analyse ensuite Ping avec le flegme propre aux femmes qui ont de jolies jambes...

Du made in China

La plupart des étrangers en Chine recherchent surtout des marchés de rue pour faire leurs achats. Les coutures croches, les fausses marques et les arnaques diverses y abondent. Les Pékinois préfèrent aller dans de vrais magasins. Si tout y est plus dispendieux, ces commerces offrent quand même leurs marchandises deux à quatre fois moins cher qu'au Canada.

La confection des bonnes marques chinoises s'améliore constamment. La qualité des tissus et de la fabrication n'a souvent plus grand-chose à envier aux grandes marques occidentales (souvent made in China de toute façon).

Par ailleurs, il n'y a aucun étranger sauf moi dans un immense Outlet Mall de la banlieue de Pékin. La nouvelle classe moyenne chinoise y vient en conduisant des Buick Regal et des Volkswagen Passat fabriquées à Shanghaï. Compte tenu du nombre d'usines chinoises de vêtements, le foisonnement de boutiques de type outlet est hallucinant.

Impressionné par ce feu roulant de consommation, je suis confronté à l'un des grands paradoxes de la vie chinoise contemporaine: le contraste frappant entre les commerces rutilants et les cabinets d'aisance vétustes. Dans les toilettes, la porte n'a pas de verrou, il n'y a pas de papier hygiénique et pas de... cuvette; juste une cavité dans le plancher. Toutefois, les odeurs ne manquent pas.

Je souffre alors d'une turista orientale et je hais soudain la Chine. Je retourne vivement auprès de ma copine, les fesses serrées, et je demande quelques bouts de mouchoir. Elle éclate de rire: «Aucun Chinois ne quitte la maison sans papier de toilette.» Je lui demande pourquoi celui-ci brille par son absence. «Les gens le voleraient, bien sûr», répond-elle.

En voyage de groupe en Chine, l'année dernière, je n'ai eu aucun problème de digestion car les groupes de touristes fréquentent systématiquement les restaurants où on lave les légumes à l'eau purifiée et où on ne laisse rien passer d'indigeste pour les Occidentaux. Cette année, toutefois, avec ma chère Pékinoise, le plaisir d'aller manger dans de petits restos locaux a été suivi de ce désagrément.

Néanmoins, la récompense est grande: les aliments utilisés sont si frais, si savoureux qu'on se demande ce que nos sino-restaurants font de travers. Réflexion faite: ce sont surtout les produits à la fois frais et typiques de la Chine qui font défaut au Québec.

Par exemple, le fameux canard laqué de Pékin est vraiment de Pékin. Il est gavé et cuit ensuite dans des fours spéciaux. L'art de la coupe exécutée devant le client et les plats d'accompagnement font aussi défaut chez nous. Le Chinatown montréalais n'est pas Pékin, d'autant plus que la plupart de ses habitants sont originaires de Canton, qui est situé fort loin de la capitale de l'Empire du Milieu. En outre, les marchés publics de Pékin étant très propres en comparaison de ceux de notre Chinatown, on n'y retrouve pas de ces odeurs rebutantes qu'on associe, à tort, à la Chine entière.

Pékin avec ou sans elle

Pékin s'avère très différent avec ou sans la copine chinoise... Quand elle m'accompagne durant le voyage, les autres Chinoises sont parfaitement discrètes. Mais je sens bien la colère silencieuse des hommes. En Chine, il y a presque 20 % plus de jeunes hommes que de jeunes femmes (à cause des étonnantes politiques de natalité... ). La concurrence des hommes occidentaux pour les jolies Chinoises n'est pas appréciée du tout! Ping ne montre aucune sympathie pour les hommes chinois. «Ils sont attirés par les femmes occidentales autant que nous le sommes par les hommes occidentaux», dit-elle sur un ton ferme.

Aussitôt que ma copine n'est pas là, des Pékinoises viennent me voir «pour pratiquer l'anglais», pour me vendre toutes sortes de choses, alors que d'autres me font de beaux sourires empreints de curiosité. Et les hommes ne me regardent plus dans les yeux. Ils observent simplement mes vêtements et mes comportements, sans émotion.

Massages cantonais

Dès notre arrivée à Pékin, Ping réclame qu'on nous fasse, côte à côte, un massage des pieds (en fait, il va jusqu'aux genoux) au Premier Club de notre hôtel trois étoiles, le Hua Du. Le jour suivant, elle a voulu un massage corporel donné de la même manière (les Asiatiques aiment que les massages se fassent en groupe et qu'ils soient rigolos). Alors, deux mignonnes jeunes femmes vêtues de jupettes roses et grises nous ont attendri les muscles et stimulé la plupart des organes vitaux durant deux heures. De la tête aux pieds, les centres nerveux de nos corps ont été stimulés, puis relaxés. Ma copine et les masseuses ont discuté et rigolé en mandarin durant 1,9 de ces deux heures! Je n'ai eu droit qu'à deux petites traductions tirées de cette joyeuse conférence à I'horizontale: 1) j'aurais l'air chinois si mon nez n'était pas si long; 2) ces masseuses en ont plus qu'assez des clients occidentaux qui se vantent de leurs supposées prouesses sexuelles...

En vrac

- Air China (vols directs Vancouver-Pékin) permet de poser le pied en Chine avant de partir du Canada. Air Canada fait d'abord la liaison Montréal-Vancouver (par contre, on obtient des points Aéroplan de Montréal jusqu'à Pékin).

Sur Air China, on propose du canard et du poisson (au lieu du boeuf et du poulet... ). Le service est brusque et efficace comme partout en Chine. La vidéo qui invite à faire des étirements dans l'avion est super-amusante. Elle met en vedette une toute petite Chinoise (bien différente de nos monitrices musclées) qui dit délicieusement «1, 2, 3, 4» en mandarin.

- Le Hua Du: hôtel trois étoiles situé dans le district Yang, un quartier agréable et dynamique entre l'aéroport et le centre-ville. Excellents restaurants à proximité.

- Office national de tourisme de Chine, 480, avenue University, Toronto, Tél. (416) 599-6636, 1 866 599-6636, tourismchina-ca.com.



Collaborateur du Devoir