Vers l'été sud-américain - Chili con charme

Alors qu'ici s'installe une sale grisaille, le Chili propose, en ce début novembre, lumière printanière, sourires engageants, nature en éveil et paysages renversants. Carnet de voyage autour de nobles vignobles, de fjords patagoniens et d'une capitale qui se laisse apprivoiser.

Santiago, de barrio en barrio

Soyons honnêtes: la capitale où vivent six des 16 millions de Chiliens n'est pas d'emblée irrésistible. Même lisérée, à l'est, par les cimes enneigées de la formidable cordillère andine, elle demeure Santiago-la-pas-belle. Il faut dire que le Mapocho, fleuve canalisé où court un jus brunâtre charriant des détritus en tous genres (au lendemain du coup d'État, il emportait aussi des cadavres), ne lui arrange pas le portrait.

Ses vestiges coloniaux auraient peut-être pu l'aider à sauver la face, mais malheureusement, de terribles tremblements de terre se sont chargés d'en détruire une grande partie. Même son centre financier, hérissé de gratte-ciel modernes, ne trouve pas grâce aux yeux de l'un des siens, l'écrivain Antonio Skármeta, et devient dérisoirement sous sa plume «Sanhattan». Bref, dans une salle de danse, Santiago ferait assurément tapisserie. Dommage, car elle est propre et possède une belle personnalité, qui s'exprime dans plusieurs barrios, autant de quartiers qui font figure de grains de beauté.

Du Concha y Toro au Bellavista

Prenez le barrio Concha y Toro, bordé par les rues Alameda, Erasmo Escala, Cumming et Brasil... Ses demeures bourgeoises, aux façades néo-classiques, gothiques, art déco et beaux-arts, installées à l'européenne autour de belles places, comme celle de la Libertad de Prensa — un toponyme post-Pinochet, il ne fait aucun doute —, témoignent de la prospérité de la ville à l'aube du XXe siècle.

Le quartier porte d'ailleurs le nom d'un des descendants du fondateur du célèbre vignoble Concha y Toro, Enrique, qui, lui, fit fortune avec le cuivre plutôt que le cabernet. À sa mort, son épouse décida d'urbaniser la quinta ou ferme familiale — qui comprenait tout de même un palacio — et créa ainsi ce quartier, aujourd'hui classé Zona Típica.

Un autre quartier à l'architecture européenne est le bien nommé barrio París-Londres, compris entre les rues Alameda, Santa Rosa, Tarapacá et Serrano, territoire qui appartenait jadis à l'église de San Francisco. Aujourd'hui, ces quelques rues pavées de pierre, à l'écart du tumulte de l'Alameda, sont bordées de belles résidences datant des années 1920 et dont plusieurs ont été converties en petits hôtels. On dirait un décor de cinéma, note avec raison le Guide du routard.

S'étalant au pied du Cerro Santa Lucía, une colline transformée en parc urbain, le barrio Lastarria est né lui aussi à cause d'une église — La Veracruz — obligée de liquider quelques terres pour survivre. Cette autre Zona Típica, havre des artistes et des intellectuels de la capitale, a pour coeur historique la Plaza Mulato Gil de Castro, qui réunit centre culturel, kiosques d'artisanat, galeries et cafés.

Sis au nord du Mapocho, autrefois la vilaine rive, celle des bordels et des activités connexes, le barrio Bellavista donne également dans la bohème. Il a pour toile de fond l'imposant Cerro San Cristóbal, sur les flancs duquel Pablo Neruda avait fait construire La Chascona, l'une de ses trois maisons au pays. Pio Nono, Dardignac, Constitución sont de belles artères aux façades vives. Leurs bars et salsotecas accueillent les étudiants de l'école de droit, non loin, les résidants du coin, les touristes ainsi qu'une flopée de poètes — l'influence de Neruda sans doute — qui, pour s'offrir un verre, vendent leurs vers à qui veut bien les entendre. Charmant.

En fait, s'il fallait préciser ce qui distingue ces barrios de Providencia, Vitacura et Las Condes, quartiers récemment implantés dans l'est de la ville, on dirait justement... une poésie.

- Y aller: avec LAN, la compagnie aérienne nationale, via New York et Lima ou encore, via Miami. Dans le premier cas, la durée du voyage est d'une quinzaine d'heures, dans le second, d'une douzaine. www.lan.com

- Quand? Maintenant, et jusqu'au mois d'avril, qui correspond au début de l'automne chilien.

- Déambuler... dans le centre historique, du palais présidentiel La Moneda, icone tristement célèbre de la ville (Salvador Allende s'y suicida lors du coup d'État militaire dirigé par le général Pinochet, en 1973), à la place d'Armes et ses joueurs d'échecs, jusqu'au Mercado central, où poissonniers et restaurateurs font bon ménage dans cette belle halle métallique.

- Découvrir... le pastel de choclo, un pâté qu'on pourrait qualifier de sino-chilien, qui renferme, outre le bien connu trio steak-blé d'Inde-patates, des morceaux de poulet, d'olives noires et d'oeufs à la coque.

- Bonnes adresses: Patio Bellavista, sur Pio Nono, est un tout nouvel ensemble de 70 restos, bars et boutiques d'artisanat qui encourage les flâneries sous les mimosas. Toujours dans Bellavista, le chouette resto De Tapas y Copas (0192, rue Dardignac) est tout indiqué pour souper — tard — avec les locaux. Dans Vitacura, BordeRío, sur l'avenue Monseñor Escrivá de Balaguer, regroupe toute une brochette de restos, tant péruviens que japonais, argentins ou arabes.

- Renseignements: www.visitchile.com, www.sernatur.cl et le Guide du routard 2006-2007, Chili et Île de Pâques.