Quel bon vin vous amène?

Dernière découverte du Nouveau Monde, le vin chilien fait sensation. À preuve, une pub de Visa, destinée aux touristes, claironne présentement à Santiago: «Le Chili produit 630 millions de litres de vin par an. Et vous croyez n'en rapporter qu'une seule bouteille?»

La vigne est cultivée dans les vallées centrales de ce pays long de 4300 km. Elle croît aux pieds de la cordillère des Andes, qui la protégea d'ailleurs du phylloxera. Au sud de la capitale, la vallée du Maipo est l'une des grandes régions productrices. On y trouve notamment les exploitations Concha y Toro, premier producteur au pays, de même que Santa Rita et Cousiño Macul, parmi les plus anciennes viñas.

Si le Chili doit la culture de la vigne à un conquistador du XVIe siècle qui souhaitait produire du vin de messe, au XIXe siècle, il en doit le développement à un effet... de mode. «Après l'indépendance du pays [1810], on s'est tourné vers le modèle français et, oui, il était à la mode, pour les bourgeois, de posséder un vignoble. Même que les ancêtres de Michelle Bachelet, [la présidente de la République] étaient viticulteurs», raconte Maria Eugenia Pavez Reyes, guide chez Errázuriz.

Dans les caves de l'Errázuriz

Situé dans la vallée de l'Aconcagua, à Panquehue, Errázuriz est tapi dans un cirque de collines calcaires, et c'est certainement l'un des plus spectaculaires vignobles du pays.

«Ce domaine familial fut fondé en 1870, explique la guide. À cette époque, la majeure partie des "viñas" étaient situées dans la vallée du Maipo, mais Don Maximiano Errázuriz, le fondateur, lui préféra cet emplacement. À proximité du fleuve Aconcagua, il semblait offrir la combinaison parfaite de sol et de climat. Dans les faits, c'est son beau-père qui avait une expertise viticole; lui avait fait fortune dans les mines de cuivre.»

En 1871 sont construites les caves de la Bodega Errázuriz, celles-là mêmes qu'on peut visiter aujourd'hui. Du coup, un village est créé, qui porte le nom du domaine et où vivent aujourd'hui 3000 personnes, plusieurs mains qui s'avèrent utiles au temps des vendanges, de la mi-mars à la fin de mai.

Au pays, la maison Errázuriz compte 1000 hectares de vigne, dont 124 dans la vallée de l'Aconcagua, où se trouve également son réputé vignoble Seña. Elle cultive essentiellement du cabernet sauvignon, du merlot, du shiraz, de la carmenère (vieux cépage girondin longtemps appelé à tort merlot) de même que du chardonnay dans la vallée de Casablanca. «En 1889, on disait que c'était le plus grand vignoble du monde entre les mains d'un seul proprio», note Maria Eugenia Pavez Reyes. Aujourd'hui, il est dirigé par Eduardo Chadwick, descendant de la cinquième génération du clan Maximiano, et président innovateur qui a introduit cuves d'acier, barriques de chêne américain, culture en terrasses, biologique et... biodynamique.

Pour cette dernière production, marginale, le viticulteur s'en remet aux phases de la lune — idéalement, elle sera ascendante, nouvelle ou pleine — pour déterminer le moment propice à la taille des ceps, à l'irrigation et aux vendanges. On plante aussi des cornes de vache dans la terre, orientées de façon à ce que leur courbure corresponde à celle de l'astre... «Ç'a quelque chose de mystique, qui plaît à certaines clientèles, dit la guide. Nous, on vend ce vin aux Anglais.»

Savez-vous, il y a une sceptique dans la cave, et si vous le voulez bien, je vais m'en tenir à votre excellent Don Maximiano Reserva. Salud!

- Il en coûte 9500 pesos chiliens par personne (environ 20 $) pour une visite de deux heures qui comprend une dégustation, le tout dans un cadre chaleureux, d'une grande beauté. Réservations requises. www.errazuriz.com

- À Santiago, il faut aller fureter du côté d'El Mundo del Vino, qui se targue d'être la plus grande boutique dédiée au vin de toute l'Amérique latine (2931, rue Isidora Goyenechea, dans Las Condes).