Toronto par tous les sens

Le tableau Horse and Train du Canadien Alex Colville. Collection permanente de l’Art Gallery of Hamilton. Source: Art Gallery of Hamilton
Photo: Le tableau Horse and Train du Canadien Alex Colville. Collection permanente de l’Art Gallery of Hamilton. Source: Art Gallery of Hamilton

Cliquetis de tramways, effluves épicés, buildings géants illuminés, rock endiablé: voici le Toronto des sensuels. Le magma d'argent et de cultures qu'est la Ville reine en fait un objet de désir.

Toronto — Le Toronto à toucher est surtout celui des marchés.

Le marché St. Lawrence s'adresse surtout aux gastronomes avides des protéines nobles du poisson frais, de la volaille régionale en liberté, des fromages biofermiers et des viandes aussi artisanales que possible. Ce marché se trouve au coeur du Vieux-Toronto, dans un vaste bâtiment aussi chargé d'histoire que d'aliments.

Le marché Kensington accorde priorité à une gastronomie plus végé, mariée d'aromates composés et de multiples sortes de graminées. Le Kensington, ancien quartier juif où se sont succédé des vagues déferlantes d'immigrés, conserve une texture tiers-mondiste (confusion, pigeons et beaucoup d'action). Le tout, infusé dans la civilité torontoise, en fait un kilomètre carré brillant d'originalité.

Le marché Kensington se frotte, au sens propre, sur le Chinatown traditionnel. Il y a là plusieurs quartiers chinois car Toronto compte plus de Chinois que Québec compte de Québécois, et tous les Chinois veulent s'entourer de Chinois.

Débordant d'odeurs et d'humeurs, le Chinatown qui rayonne autour des rues Dundas et Spadina n'est pas écrasé par le rouleau compresseur de la culture anglo-américaine. Au fond d'une poissonnerie, tenant un crabe agonisant d'une main et une carpe gigotant de l'autre, vous vivrez les références culturelles de la Chine éternelle. Le vieux Chinatown torontois ne concède rien aux touristes et aux autres «étrangers»: c'est ce qui fait son attrait.

Après la Chine prolétarienne, Toronto permet de vivre une contre-révolution bourgeoise au Queen's Quay Terminal, un centre commercial chic et cher à l'allure d'une boutique démesurée de musée d'art. Repaire d'artisans originaux, de designers locaux et de boutiques uniques, le Queen's Quay Terminal abrite de bien beaux objets. Et il offre des point de vue imprenables sur le lac Ontario. En prime, le terminal loge dans un massif et magnifique édifice Art déco, au coeur du parc portuaire Harbourfont.

Manger Toronto

Par sa taille, sa population cosmopolite à l'extrême et tout l'argent qui s'y brasse, Toronto réunit les conditions gagnantes d'une gastronomie variée et épicée.

La table n'est pas bonne partout. Les Torontois sont souvent trop indulgents envers leurs restaurateurs et la qualité ne correspond pas toujours aux prix.

La grande force du Toronto gourmand, ce sont ces nombreux restaurants ethniques qui ne font pas de compromis. Les ingrédients et les préparations sont fidèles aux goûts d'origine, plus qu'à Montréal, où les goûts sont souvent franco-québécisés pour satisfaire une clientèle dont la référence est clairement la cuisine française.

La rue Queen West en met plein les papilles. Tous les quartiers ethniques aussi. Les forces particulières du Toronto prêt à manger: les cuisines indienne, éthiopienne, jamaïcaine, thaïlandaise et grecque (de la vraie restauration grecque: on ne peut pas apporter son vin ni dévorer des cargaisons de «crevettes papillons» ou de poulet industriel, les fruits de mer et l'agneau étant plutôt mis en vedette).

Boire Toronto

Les vins sont nettement moins chers en Ontario, alors on peut faire des provisions... sans devoir passer à la douane. Le choix des vins aussi est différent. Explorations et découvertes sont donc de mise, particulièrement dans les boutiques Vines, la branche connaisseur du Liquor Control Board of Ontario.

L'exploration logique va aussi du côté des vins ontariens, peu «importés» au Québec. D'abord, il y a les vins de glace déclinés en grande variété et, depuis peu, en rouges particulièrement goûteux. Ensuite, on peut découvrir les cépages ontariens.

L'Ontario microbrasse beaucoup de bières. Sleeman's a perdu son prestige en devenant «grand public». L'Ontarien de goût boira plutôt une Creemore ou une de ces nombreuses bières disponibles seulement dans certains bars, comme ceux qui servent les produits de la King Brewery. Le paysage brassicole ontarien est composé de toute la gamme des bières d'inspiration anglaise ou allemande, mais il y a peu de bières d'inspiration belge comme au Québec.

Pour impressionner la galerie, rien de mieux que de commander d'un air détaché un Birdbath Martini (tradition torontoise) au Library Bar du mythique hôtel Royal York.

Écouter Toronto

Toronto est une des capitales culturelles de l'immense univers anglo-saxon. On y produit et joue énormément de bonne musique dans de nombreuses salles en tout genre.

Le jazz a quelques temples permanents. La musique classique adoucit les murs gris du futuriste Roy-Thomson Hall. Mais c'est le rock puissant et fulgurant qui caractérise Toronto, une des scènes les plus intenses du continent. Le côté showbiz de Toronto est indéniable. Showbiz au sens de divertissement à grand déploiement. Tout ce qui chante, grogne, tape du pied, fait du bruit, avec ou sans harmonie, finit par passer à Toronto.

Voir Toronto

Comme les autres mégapoles nord-américaines, Toronto est une belle de nuit. Le jour, cette ville est carrée, «drabe» et sexy comme un gros taxi. Mais la nuit, l'immense cité luit, brille et scintille sous un ciel mauve et chatoyant. La grappe des énormes buildings grossit constamment et la tour du CN procure à ce large panorama urbain son air futuriste et distinctif.

La splendeur colossale du centre-ville est particulièrement admirable lorsqu'on est en mouvement. Les traversiers qui font la navette depuis l'île de Toronto offrent des perspectives géniales; à fleur d'eau, la ville paraît encore plus démesurée. L'autoroute surélevée Gardiner se faufile entre les gratte-ciels et le lac Ontario et lèche un bosquet de grands édifices de verre et de lumière.

Toronto en tout sens. Toronto par tous les sens. Comme une amoureuse de science-fiction, Toronto n'est pas romantique mais elle est très sensuelle...



En vrac

- Hôtel Le Germain: Le Devoir et La Presse trônent sur le comptoir de la réception. Bienvenue à l'hôtel Le Germain, ambassade non officielle du bon goût québécois à Toronto. Équilibre parfait entre espace de travail et espace de loisir-détente-ludisme, la déco des chambres de la succursale torontoise est inspirée du Germain de Montréal et compte parmi les plus réussies dans le genre. Que ce soit pour finir une analyse documentaire, pour se détendre avec un livre ou devant la télé ou même pour stimuler la flamme d'un couple fatigué, les chambres du Germain de Toronto présentent ce je ne sais quoi qui prouve que le bon goût demeure un vecteur du bonheur.

- Via Rail: la première classe (Via 1) des trains est la manière la plus agréable de voyager entre Montréal et Toronto. C'est plus rapide qu'en auto (quatre heures et quart de centre-ville à centre-ville, sans embouteillage) et infiniment plus agréable que l'avion et ses mesures d'insécurité. La qualité des repas et du service est étonnante. Et on a maintenant accès à un service Internet sans fil. Tél. 1 888 VIA-RAIL, viarail.ca.

- Aroma: un nouveau resto indien au coeur de l'Entertainment District (angle des rues King et John). Le trio idéal y est rassemblé: joli décor de nappes blanches, service bien informé, nourriture géniale et goûteuse qui sautille dans des plats de fonte brûlants. Tout est cuit dans un four traditionnel au charbon de bois et tout est frais du jour. À noter: l'agneau, toujours de l'Ontario et jamais congelé, est succulent comme un repas de roi sur la Route de la soie.

- Ethiopian House: pour vivre le Toronto ethnique au maximum. À l'Ethiopian House, les textures et les goûts étonnants se succèdent au rythme d'un service souriant dans un environnement propre et bien disposé. Terrasse mignonne. Bien situé sur la petite rue Irwin, juste à l'ouest de Yonge.

- Rebel House: pour vivre le Toronto anglo-saxon profond au maximum, on doit aller au pub Rebel House (1068, rue Yonge, juste au nord du métro Rosedale) et choisir une des nombreuses bières ontariennes. Le Rebel House est un vrai pub de quartier comme on en trouve plusieurs à Toronto. Ce quartier, Rosedale, étant riche, la nourriture du pub a aussi ses lettres de noblesse, et c'est tant mieux. La terrasse est fraîche et accueillante.

- Renseignements: Tourism Toronto, tél. (416) 203-2600, tourism-toronto.com; Ville de Toronto, city.toronto.on.ca. Les manifestations culturelles sont affichées dans ontarioculture.ca.

Collaborateur du Devoir