Tourisme - Savon soigné

On n'arrête pas de les dire beaux et fiers, les Cubains, ce qu'ils sont évidemment. Qu'ils ne sont pas tombés sous le «seuil de la dignité» malgré tous les coups bas que l'histoire leur a faits. Le «beau livre» Cuba, la isla grande ne va pas tellement au-delà de cet attendu dans les 300 pages grand format sur lesquelles il s'étend en photos et en textes pour décrire l'île par son histoire, sa géographie, sa musique et, plus brièvement, ses vieilles bagnoles américaines.

Passé l'introduction lourde des longues phrases soignées du cinéaste cubain Alfredo Guevara, Cuba... retrace l'histoire politique de l'île, depuis l'arrivée de Colomb jusqu'à l'affaire du petit Elián Gonzalez. Pleines de photos d'archives, ces pages sont les plus intéressantes du livre, bien que les auteurs, tout en sautant à bras raccourcis sur les États-Unis, gardent complaisamment le silence sur les dérives du régime de Castro.

Soigné est le mot qui décrit bien l'ensemble. Il fait penser aux savons que les touristes québécois vont l'hiver distribuer aux Cubains sur les plages. L'ensemble est soigné, même très soigné, mais considérablement prévisible. On a l'impression d'avoir déjà vu ailleurs le travail du photographe italien Martino Fagiuoli, qui a dirigé le projet. On imagine parfaitement que Castro en veuille quelques exemplaires pour les salons de la présidence.

Le livre est pourtant bien construit. Le chapitre sur «les couleurs de la ville» contient des reportages sur La Havane, Cienfuegos, Trinidad, Baracoa, Sanci Spiritus, Santiago... Ces derniers sont des invitations à sortir des sentiers des forfaits tout compris la prochaine fois qu'on visitera Cuba. Voici enfin des pages qui commencent à rejoindre l'«âme cubaine» qu'on a la prétention de nous dévoiler.

Cuba, la isla grande appartient à la catégorie des guides de voyage trop volumineux pour emporter dans ses bagages. L'éloge de la beauté cubaine est bruyante dans nos librairies mais traverse rarement le masque monolithique du régime. Beaucoup plus réussi fut un petit livre sans enflure, intitulé Havana, publié il y a quelques années aux Éditions Florent-Massot. Le masque du régime, la série de portraits réalisés par le photographe Patrick Glaize réussissait à le traverser. Cuba, la isla grande n'y parvient pas, ou si peu.