La revanche de Montcalm

Le marquis de Montcalm dans les bras de la Victoire. Photo: Pierre St-Cyr
Photo: Patrick Sanfaçon Le marquis de Montcalm dans les bras de la Victoire. Photo: Pierre St-Cyr

En France, le Québec n'est jamais très loin. Ainsi, que trouve-t-on au coeur de Vestric-et-Candiac, hameau du Gard en Languedoc-Roussillon? Un monument à Louis Joseph de Saint-Véran ou, si vous préférez, au marquis de Montcalm. Normal, direz-vous: le commandant en chef des troupes françaises en Nouvelle-France est né au château de Candiac.

Et que trouve-t-on chez le vigneron gardois Michel Gaufrès? Des cuves de fermentation et de stockage baptisées fort Chambly, Carillon, Chouaguen, William-Henry et compagnie! Normal, dira-t-il: depuis 20 ans, il exploite la terre natale du général, celle-là même que ce dernier défricha pour y planter de la vigne.

«Alors, forcément, je me suis intéressé au marquis, militaire à temps perdu, qui s'occupait de ses terres entre deux guerres», dit M. Gaufrès, rencontré auprès dudit monument dont une réplique a d'ailleurs été offerte par le hameau à la Ville de Québec en 1910.

D'une superficie de 70 hectares, le domaine viticole de Montcalm est resté dans la famille du gentleman farmer jusqu'en 1852. M. Gaufrès l'achète en 1985.

Dans ce sol de gress, galets enrobés de sable et d'argile caractéristiques du terroir de l'appellation d'origine contrôlée Costières de Nîmes, il cultive syrah, grenache noir, grenache blanc et roussane pour élaborer ses vins d'AOC, et du merlot pour ses vins de pays. Sa production, environ 70 000 bouteilles par an, est exportée en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis.

De 1999 à 2005, on a également pu trouver sur les tablettes de la SAQ son Manoir du marquis de Montcalm. «"C'est le seul vin distribué par la SAQ qui a une histoire liée au pays", m'avait écrit un client», note M. Gaufrès. Des tracasseries de quotas et de prix ont malheureusement eu raison de ses exportations. Pour le plus grand bonheur de Wolf... (Blass), sans doute!

N'empêche qu'aux yeux de l'ingénieur-agronome-oenologue, son vin, c'est un peu la revanche de Montcalm. «Même s'il ne faut pas oublier que Lévis la lui avait donnée, sa revanche. Après la défaite, on s'est replié, on a laissé passer l'hiver et puis Lévis a réussi, au printemps, à tenir tête aux Anglais, qui ont même dû faire venir du renfort.» Et voilà, c'est reparti...

Chose certaine, quel charmant clin d'oeil à l'histoire ce serait qu'on puisse boire le Château de Candiac, Réserve du marquis de Montcalm de Michel Gaufrès sur les plaines d'Abraham, en 2008, à l'occasion du quatrième centenaire de la fondation de Québec.

- www.manoir-du-marquis-de-montcalm.fr.

Collaboratrice du Devoir