Mañana, mañana, la muerte !

Offrande pour le Día de los muertos. Au Musée Frida Kahlo. — Photo: Office de tourisme de Mexico
Photo: Offrande pour le Día de los muertos. Au Musée Frida Kahlo. — Photo: Office de tourisme de Mexico

Día de los muertos est la fête traditionnelle la plusÉ vivante du Mexique. Pendant deux jours et deux nuits, c'est la fiesta. On mange, on boit, on danse sur les tombes qu'on a fleuries et on se rit de la Pelona, la chauve faucheuse. Charmant.

Qui suis-je ? Qui suis-je ? », me demande un drôle de petit squelette haut comme trois tibias, fringué et chapeauté comme la Charlotte de Maximilien.

Et la petite au beau costume de rouler des yeux et de lancer fièrement un retentissant « Soy la Catrina ! ».

Mais, claro, tu es la Catrina, où donc avais-je la tête ? En cette fête des morts, il n'y a pas plus connu ici que la calavera (la tête de mort) Catrina. Et pour cause : c'est l'élégante personnification mexicaine de la muerte.

Élégante et politique aussi, puisque l'auteur de ce crâne de femme, coiffé d'un extravagant chapeau à plumes, n'est nul autre que le graveur et caricaturiste nationaliste José Guadalupe Posada, qui fut un critique virulent du dictateur Porfirio Diaz.

Par sa Catrina, il souhaitait justement ridiculiser certains de ses compatriotes qui, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, adoptaient aveuglément modes et coutumes françaises en reniant presque leur mexicanidad.

Aussi, depuis, chaque année, pendant deux jours et deux nuits, la Catrina hante toutes les villes et tous les villages du Mexique.

Rituels et traditions

C'est que le Día de los muertos (que l'on contracte ici en Día de muertos) ne dure pas que le jour des Morts : elle commence à la Toussaint. Ben, vous connaissez les Mexicains et leur sens de la fête ! Il leur faut bien honorer ce dicton populaire : « El muerto al pozo y el vivo al gozo ! » ou, grosso modo : « Au tombeau, les morts ; au bar, les vivants ! »

Blague à part, cette fiesta, qui origine des Mexicas (mieux connus sous le nom d'Aztèques) et qui se modifie avec l'arrivée des Espagnols catholiques, obéit à certains rituels.

Déjà, en octobre, dans tout le pays, on nettoie les cimetières tandis que les artisans élaborent différents objets qui serviront à décorer les tombes et les autels que les Mexicains dressent dans leur maison à la mémoire de leurs défunts, le temps de la fête. Il s'agit notamment de crânes et de squelettes rigolos en bois, en fer-blanc, en argile, en papier mâché et même en sucre.

Les offrandes, qui garnissent tant les tombes que les autels privés ou érigés dans les lieux publics, doivent inclure neuf éléments, entre autres des bougies, qui servent de guides aux âmes ; de l'encens, qui éloigne les mauvais esprits ; et du sel, un élément purificateur qui fait en sorte que les défunts peuvent revenir sains et saufs l'année suivante.

Comme il faut bien recevoir cette belle visite, qui se nourrit, croit-on, du fumet des aliments, on lui offre ses plats préférés, souvent un petit mole con pollo, des fruits, des friandises et même parfois cigarettes et tequila !

Un paradis préhispanique

Bien que la croyance populaire veuille que les âmes des enfants arrivent sur Terre le 31 octobre, Día de muertos commence officiellement le 1er novembre, avec l'arrivée des âmes des adultes, et se termine à minuit le 2 novembre, une fois tout ce beau monde d'outre-tombe reparti. Et juste au cas où certaines âmes s'attarderaient, on s'interdit de manger les offrandes avant 6h le matin du 3 novembre !

Euh, mais ils sont repartis où, au juste, ces visiteurs ? Mais dans l'au-delà aztèque ! De fait, les Aztèques croyaient que l'âme d'une personne morte d'une cause naturelle poursuivait son existence à Mictlán.

Le hic, c'est que, pour atteindre ce paradis, la pauvre âme devait braver toutes sortes d'obstacles pendant quatre ans. Une vraie odyssée grecque.

D'où le don d'offrandes pouvant lui être utiles au cours de son périple.

À Mexico, ce soir du 1er novembre 2001, mon petit squelette ambulant et sa maman arrivaient du Zócalo, où se tiennent en majeure partie les festivités populaires associées à Día de muertos.

Troisième plus grande place au monde après la place Tiananmen et la place Rouge, le Zócalo, ou la Plaza de la Constitución de son vrai nom, peut accueillir environ 120 000 personnes. Ce soir-là, elle débordait littéralement. Y déambulaient les Capitalinos, venus admirer les différents autels, notamment ceux des 16 entités administratives de la capitale, ou delegaciones, tout ensoleillés de centaines et de centaines de roses d'Inde, en vérité des fleurs jaunes appelées ici cempasúchiles.

Tiens, ici, voilà une réplique d'un cimetière colonial où gambadent des squelettes de carton. Là, un autre panteón est dédié à des acteurs mexicains, et une pierre tombale attribuée à un certain Jorge Mistral crée tout un attroupement féminin.

Plus loin, devant la Catedral Metropolitana, sur une imposante structure métallique, sont embrochées des dizaines de crânes en papier mâché multicolore, qui évoquent les « trophées » de guerre aztèques.

À une extrémité de la place, sur une grande scène, un chanteur pop s'agite ; à l'autre, une boulangerie à l'ancienne prépare le pan de muertos, une sorte de pain brioché qui, avec les petits crânes en sucre, se disputent le titre de gourmandise officielle de l'événement. Dans tout ce bazar bruyant et fêtard, on ne peut s'empêcher de penser que, si les Mexicains s'en font si peu avec la vie, c'est que, manifestement, ils ne s'en font pas davantage avec la mort !

Allez, mañana, mañana, la muerte !

En vrac
- Le 2 novembre 2001, un journal de Mexico rapportait, bonne nouvelle, que 68 % des Mexicains préfèrent toujours Día de Muertos à l'Halloween.
- Dans la capitale mexicaine, c'est le cimetière de Míxquic qui est le plus achalandé et le plus bellement décoré à l'occasion de cette fête.
- Au Museo Mural Diego Rivera, situé à proximité du centre historique de Mexico, dans le parc Alameda, on peut voir Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central. Rivera y a immortalisé la Catrina de José Guadalupe Posada, mais plus important encore, sur cette fresque, qui date de 1948, le muraliste avait écrit : «Dieu n'existe pas. » Aye, aye, aye ! Vous pouvez vous imaginer le branle-bas de combat qui s'ensuivit et qui est d'ailleurs documenté dans ce musée construit exprès pour cette oeuvre.
- Lors de Día de Muertos, plusieurs établissements dressent des autels à la mémoire de leurs fondateurs. À Mexico, celui du très beau Museo Dolores Olmedo, par exemple, préparé en l'honneur de la mécène et maîtresse de Diego Rivera, est impressionnant. Dans le parc de cette hacienda se baladent aussi d'étranges chiens sans poils, d'une espère très rare appelée Xoloiztcuintle, et qui, selon la croyance populaire, aident les défunts à traverser la rivière de Mictlán, l'un des paradis aztèques. (5843 Avenida Mexico, colonia La Noria.)
- Fidèles à la tradition, certains restaurants servent, le temps de la fête, le pan de muertos. À Mexico, c'est le cas notamment du Café Tacuba, installé dans une magnifique maison coloniale au plafond voûté et aux murs à demi-couverts de céramiques. (28 calle Tacuba, dans le centre historique.)
- Si l'on aime les fleurs, il faut aller au Mercado Jamaica, où s'approvisionnent tous les fleuristes de la ville. Montagnes de cempasúchiles garanties. Le marché est situé sur Avenida H Congreso de la Union, entre l'Avenida Morelos et le viaduc.
- L'édition française du guide Let's Go Mexique (Dakota Éditions) est fort utile pour s'y retrouver dans la capitale tentaculaire.

Renseignements : % 1 800 44-MEXICO, www.visitmexico.com.

Carolyne Parent était l'invitée de l'Office de tourisme de Mexico.