Aubeterre-sur-Dronne - Les sources du sacré

L’église souterraine Saint-Jean, la plus grande d’Europe. Difficile de rester indifférent à cette incarnation verticale de la ferveur et de la foi, à ce témoin de l’histoire et de divers cultes. Ici, le temps prend d’autres sens.
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Photo: L’église souterraine Saint-Jean, la plus grande d’Europe. Difficile de rester indifférent à cette incarnation verticale de la ferveur et de la foi, à ce témoin de l’histoire et de divers cultes. Ici, le temps prend d’autres sens. Source: Le

Le fait qu'Aubeterre-sur-Dronne soit doté d'un riche et magnifique patrimoine religieux ne doit rien au hasard. Situé dans le sud de la Charente à quelque 50 kilomètres d'Angoulême, le village se trouve sur une route secondaire du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Son essor a contribué à l'érection de trois couvents et de deux églises uniques. Nous y reviendrons.

Car les charmes d'Aubeterre ne commencent ni ne s'arrêtent aux portails des maisons de Dieu. Ce n'est pas sans raison que le lieu a été classé en 1993 parmi les «149 plus beaux villages de France». Aubeterre (alba terra) tire son nom de la falaise de craie blanche sur laquelle il est juché. De l'autre côté de la Dronne, on aperçoit le Périgord. Bâties comme en manière d'amphithéâtre autour d'une boucle de la rivière, les maisons, de pierre blanche elles aussi, se succèdent dans des venelles en gradins, avec leurs balcons à l'espagnole, leurs jardinets amoureusement — enfin, c'est ce qu'on imagine — entretenus. C'est propre, c'est clair et fleuri, se balader ici au soleil, c'est du beau bonheur.

La place du village a été baptisée Ludovic Trarieux en l'honneur du fondateur de la Ligue des droits de l'homme et du citoyen, né à Aubeterre en 1840. C'est ici que se concentrent terrasses de restaurants et commerces, sans oublier un brasseur qui s'enorgueillit d'être le plus petit de toute la Gaule. Sur place également, quelques artisans, le Musée des papillons et des arts africains. Du guide de ce dernier, l'auteur de bandes dessinées Jimmy Beaulieu m'a énigmatiquement affirmé qu'il était la véritable attraction d'Aubeterre! L'été, la place accueille spectacles de marionnettes, comédiens et musiciens.

La population d'Aubeterre, ancienne place forte convoitée, était croit-on de 1000 personnes jusqu'au XVIIIe siècle. Ils ne sont plus aujourd'hui que 400 habitants, dont un grand nombre de Néerlandais et d'Anglais qui ont commencé à s'installer ici il y a 20 ans et ont contribué à faire revivre le village.

Le travail de la pierre

Dans un village de si petite taille, les bâtiments religieux gagnent en impact. Ce sont surtout les deux églises locales qui captent l'attention.

L'église souterraine Saint-Jean, la plus grande d'Europe, a peu d'équivalent sur le continent, sinon celle de Saint-Émilion. Difficile de rester indifférent à cette incarnation verticale de la ferveur et de la foi, à ce témoin de l'histoire et de divers cultes. Ici, le temps prend d'autres sens.

Des moines cénobites se seraient appropriés les cavités naturelles du rocher dès le VIe siècle. Mais c'est au XIIe siècle que les bénédictins commencent l'évidage du calcaire qui, présume-t-on, sera utilisé pour la construction du château, dont une partie surplombe la nécropole de l'église et ses quelque 80 sarcophages. Les vestiges d'un escalier relient encore les deux édifices.

Sous la nef principale, haute de 20 mètres, se trouvent un reliquaire monolithe inspiré du Saint-Sépulcre et une fosse ornée d'une croix taillée en son fond. On a d'abord cru qu'il s'agissait d'une piscine baptismale, mais la plus récente hypothèse avancée par des archéologues la désigne comme une fosse à reliques.

À la suite d'un accident de voiture en 1963, on a découvert une crypte du côté nord de l'ancien choeur. D'aucuns ont évoqué l'idée d'un lieu dédié au culte de Mithra (divinité indo-iranienne), une interprétation controversée. Une étude scientifique attendue pourrait apporter quelque lumière sur le sujet. Mais bien des questions demeureront sans réponses car l'église Saint-Jean a été abandonnée pendant près de deux siècles et aucun archéologue n'a suivi, en 1958, les travaux de sa remise en état. L'été, l'église accueille les Nuits musicales, concerts variant du baroque au contemporain.

L'église Saint-Jacques a elle aussi été érigée au XIIe siècle. Une expédition huguenote n'en a laissé que la façade originelle, le reste du bâtiment ayant été reconstruit au début du XVIIIe siècle. Les motifs géométriques ornant les arcades des trois portails dénotent une influence hispano-mauresque. Pour le reste, l'art roman prédomine, par exemple dans cet agenda du zodiaque décorant murs et colonnes. On retrouve une grande liberté de représentation dans ce bestiaire où hommes et bêtes entretiennent des rapports, ma foi, assez intimes.

L'église Saint-Jacques fut classée monument historique dès 1862.

Randonnées

Si les siècles ont passé, il reste encore aujourd'hui un peu de la ferveur chrétienne de jadis à Aubeterre où, de mai à octobre, on croise toujours des pèlerins. Ceux qui voudraient suivre leurs traces vers Saint-Jacques-de-Compostelle emprunteront une des voies secondaires du GR 655 (le sentier y menant), qui part d'Angles-sur-l'Anglin.

Moins catholiques mais tout aussi riches de joies et de découvertes, 16 circuits de randonnée sillonnent le canton. Rien d'escarpé ou de vraiment athlétique ici, mais de chouettes balades dans une nature paisible et souriante, d'une morphologie tout de même variée. La longueur des circuits va de huit à 13 kilomètres. La Dronne — qu'on peut aussi parcourir en kayak — y est mise à contribution, mais aussi les mares, les champs et les sous-bois.

- Site Internet: aubeterresurdronne.free.fr

- Office du tourisme: 05.45.98.57.18

Collaborateur du Devoir