En remontant la Loire

Le village de Montsoreau au bord de la Loire
Photo: Isabelle Sauvineau
Photo: Le village de Montsoreau au bord de la Loire Photo: Isabelle Sauvineau
Montsoreau — De Tours à Angers en passant par Saumur, Bourgueil, Langeais et Chinon, les pierres du passé font une haie d'honneur aux vignobles dont la ribambelle de petits colliers d'émeraudes scintillent sous le chaud soleil de la Vallée des rois.

Des roses de toutes les couleurs jettent leurs pétales au pied de coteaux où poussent les vignes à perte de vue. «Ce sont les baromètres des vignerons. Les rosiers attirent les insectes de toutes sortes et quand ils fanent, c'est alors la sonnette d'alarme pour les vignes», rappelle André Delouche, propriétaire d'un gîte à Montsoreau, l'un des 140 plus beaux villages de France.

Avec ses nombreux troglodytes et son château du XVe siècle, immortalisé par Alexandre Dumas dans le roman La Dame de Monsoreau, le village est au coeur du Val de Loire, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

André Delouche et son épouse Martine en sont fiers. Leur maison sise au 18, quai Alexandre-Dumas est à une dizaine de mètres de la Loire, où il n'y a pas si longtemps encore les gabares déployaient leurs immenses voiles rectangulaires sur le plus long fleuve de l'Hexagone toujours gardé par la tour de Cinq-Mars-la-Pile, qui devait être un phare du temps des Romains.

Dans leur cour où trône une traction avant jaune, modèle 1950, ils ont aménagé trois belles chambres qu'ils louent 240 euros par semaine (344 $).

Passionné du Tour de France, amoureux de la «petite reine» et du bon vin, «Dédé» connaît, bien sûr, tous les habitants du village.

«Nous avons perdu son plus coloré citoyen: Raymond LeGrand, dit "p'tit bonhomme". Il se déplaçait toujours en tracteur en buvant tous les jours une quarantaine de verres», dit-il en levant le coude à la mémoire de l'illustre vigneron.

Il gît à présent tout en haut d'une butte, au petit cimetière de Candes-Saint-Martin, non loin de l'abbaye de Fonteyraud où est enterré Richard «Coeur de Lion». Sur sa tombe, pour lui rappeler les bons moments de la vie, ses compagnons du vin ont gravé un tonneau et deux verres.

«Jardin de France»

Troisième grande région viticole française, le Val de Loire offre également aux visiteurs ses vins dans des caves creusées dans le tuffeau, pierre qui servit à construire tous les châteaux du «jardin de France», dont les dix qui déploient leur panache entre Saumur et Montsoreau.

À quelques jets de pierre de son manoir, où Ahmed ben Bella séjourna en 1961 en résidence surveillée avant de devenir un an plus tard le premier président de l'Algérie indépendante, Nathalie offre son Château de la Fessardière pour cinq euros (sept dollars). «Nous avons produit 20 000 bouteilles l'an dernier», raconte-t-elle.

Un peu plus loin, dans les caves de Grenelle, quatre millions de bouteilles de Saumur dorment au frais. Vins blancs de Turquant, vins rouges du Puy-Notre-Dame, de Tourtenay, de Montreuil-Bellay, l'aire de production du Saumur s'étend sur 36 communes.

Le Chinon, lui, est connu pour l'élégance de ses tanins, comme le Bourgueil. Il est cultivé non loin de la vieille cité médiévale, au pays de Gargantua et de Pantagruel. Rabelais est avec Ronsard, Descartes et Balzac l'un des plus illustres fils du pays.

Terre de vin blanc (75 % des 400 millions de bouteilles produites annuellement), le Val de Loire est également la cave à champignons de France.

À Saumur, 1800 kilomètres de galeries sont consacrées à l'agaricus bisporus, apprécié dans les assiettes sous le nom de champignon de Paris, ou «p'tit blanc». En ce pays du bien manger, le bien boire est un art avec son vocabulaire propre. Quand on a soif, il faut dire: «J'ai la crépine dans le sable!» ou encore: «Je taraude à sec!» Et quand on veut boire jusqu'à plus soif? «Ça descend comme dans une botte!», «Les mouches se cassent les pattes dans mon verre!» Et quand on a trop bu? «J'ai les dents du fond qui baignent!»

Rabelais, selon qui «la soif disparaît en buvant», n'aurait pas mieux dit.

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