Tourisme - Le bonheur est dans le Gers

Photo: Carolyne Parent

Ils sont jaloux de leur coin de pays. De ces tendres couleurs dominées par les ocres et accrochées partout sur les paysages. De ce terroir qui n'en finit plus de terrer. Et d'une espèce de bienfaisante insouciance porteuse de l'art de vivre au quotidien. La figure demeure éminemment symbolique : c'est dans le Gers, entre Vic-Fezensac et... Condom, que fut tourné Le bonheur est dans le pré. Jaloux, les Gersois, de cette région qu'on a surnommée la Toscane française? On le serait à moins.

Samatan, l'automne dernier, en pleine saison des livrées d'oies, de canards de Barbarie et de canards mulards. Dans la Mecque du foie gras, le plus gros marché du sud-ouest de la France fait gonfler le village de 2000 à 10 000 personnes tous les lundis. Le spectacle est saisissant. Et, non, Brigitte Bardot n'y est pas, probablement trop occupée de sa personne à préparer une escapade « chasse aux phoques » dans « les grands espaces canadiens ».

Des centaines d'oiseaux inertes, dûment numérotés, gisent là sur de simples tables en attendant de trouver preneurs. En saison, jusqu'à 40 tonnes de foie gras, de carcasses et d'animaux sur pattes y sont transigées en quelques heures. Et tous ces gens qui font le pied de grue en surveillant le signal d'ouverture de la foire... Une sorte de danse du canard version gersoise ! C'est qu'on veut le meilleur choix, eh, en faisant ainsi une grasse matinée.

Ici, la bête aboutira sans plus de chichi dans le sac à provisions, entassée parmi d'autres victuailles. Là, on l'agrippera simplement par le cou pour aller continuer ses courses. Les arômes qui émaneront des marmites au terme de ce bazar? J'te dis pas ! À la maison, au resto, en pique-nique, partout, magret et foie gras sont omniprésents, et dans toutes les déclinaisons imaginables.

Toute cette scène est à l'image du Gers, le plus agricole des départements français. Ça fait 13 siècles que ça dure... Déjà, les Égyptiens gavaient les oies avec des figues, mais on doit aux Romains d'avoir exporté leurs techniques.

Au commencement, c'étaient les femmes qui faisaient office de gaveuses, concoctant ainsi un revenu d'appoint dans l'exploitation de la ferme. Puis les hommes y ont aussi fait leur nid et petit à petit s'est développée une véritable industrie.

Surnommé la Toscane française, pas étonnant que le Gers aux doux vallons soit l'incarnation même du mieux-être. Le terroir, probablement. Encore lui. Vivre de la terre, et avec elle, ça déteint immanquablement sur l'attitude des gens. Une suggestion, comme ça : allons donc traiter là tous les anorexiques de la planète ! Parions que pas un seul d'entre eux (elles ?) ne résisterait à tant de saveurs et de parfums réunis, avec en prime l'art de manger sans s'engraisser. Dans une région où il sera tout naturel de voir surgir le charcutier au bar du village, ses saucissons sous le bras, venu montrer à la face du monde la qualité in-dé-nia-ble de ses produits. Oui m'sieurs dames !

Plantez tout cela dans un pays qui regorge au surplus de témoins culturels, d'hymnes à l'histoire, de modernisme aussi, et vous obtenez une région authentique, accueillante, vraie. Sans embouteillages humains, mais que cela reste entre nous, n'est-ce pas.

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Un choeur de chêne

Tenez, à Auch, capitale gasconne, 113 stalles et 1500 strates reposent dans la cathédrale Sainte-Marie au choeur de chêne, un bois submergé dans l'eau pendant 50 ans pour le durcir et le rendre imputrescible, au plus grand plaisir de nos yeux de contemporains. Classée au Patrimoine mondial de l'humanité, l'impressionnante structure a nécessité deux siècles de construction.

Au Moyen Âge, la ville fortifiée, le fief des comtes d'Armagnac, vit passer durant des siècles dans ses rues et ses pousterles les pèlerins en marche vers Compostelle. C'est à Auch, sur un palier de l'escalier monumental de 370 marches, que pose la statue fétiche des Gascons, celle de d'Artagnan (Charles de Batz Castelmore), capitaine des mousquetaires. Oui, le héros légendaire du roman de cape et d'épée immortalisé par Alexandre Dumas a bel et bien existé. On peut apprendre tous les secrets de l'existence de l'illustre comte dans un tour de ville guidé par l'un des spécialistes du plus célèbre des garçons gascons.

Un site gaulois d'invasions barbares

Parmi les nombreux témoignages du passé gersois qui se bousculent sous le regard des visiteurs, la ville de Lectoure vaut plus qu'un détour : le site gaulois d'invasions barbares offre du haut de son oppidum une vue étendue sur la vallée du Gers et, par temps clair, sur les Pyrénées au loin. De Vascons, à Vascogne, à Gascogne... tout se tient !

De 30 000 habitants qu'elle comptait au Moyen Âge, la localité n'en abrite plus que 4000 aujourd'hui. Son Musée archéologique, l'un des plus anciens de France, est pure merveille avec ses autels tauroboliques (les animaux sacrifiés : le taureau ou le bélier), ses «bishommes », ou sarcophages doubles, et son artisanat gallo-romain. Et puis, une pharmacie traditionnelle authentique du XIXe siècle impressionne par la qualité de sa préservation.

La vie en bleu pastel

Tant qu'à être dans la région, une visite s'impose chez Henri le pastellier. Voici la guesde devenue pastel. Autrefois, la pulpe des feuilles, travaillée pendant six mois, donnait d'abord des pelotes moulées à la main (cocagne), puis une matière granuleuse (agranat) conditionnée spécialement pour l'exportation. À la Renaissance, le pastel occitan était considéré comme le meilleur d'Europe. Au XVIe siècle, Le Triangle du bleu, ou Pays de Cocagne — les villes de Toulouse, Carcassonne et Albi —, en exportait de 30 000 à 40 000 tonnes vers Londres, Anvers, Hambourg, Bilbao...

Mais le pastel, ce pigment dont la résistance à la lumière solaire peut atteindre plusieurs dizaines d'années, a disparu, chassé par l'indigo et les produits chimiques. Si bien que vers 1870, il n'était plus que synthétique, même si Napoléon 1er l'avait fait réapparaître, un temps, avec des commandes d'uniformes pour ses soldats.

Voilà un peu plus de dix ans, l'architecte d'intérieur Henri Lambert s'installait à Lectoure, dans une ancienne tannerie du XVIIIe siècle qui fut aussi une léproserie, pour y cultiver et traiter le pastel, la crucifère dont les feuilles produisent ce bleu exceptionnel aux dérivés qui semblent infinis : Lambert en élabore des teintures originales destinées aux designers de mode et prête sa science pour le développement textile, la recherche médicale, voire... les peintures de voiture. Atelier-magasin : % 05 62 68 78 30, www.bleu-de-lectoure.com.

Montréal-du-Gers

Classé parmi les plus beaux villages de France, où un repas gastronomique au restaurant Chez Simone vous mijote une expérience en soi, Montréal-du-Gers se montre séducteur. Et comme si ce n'était pas assez, l'ancienne villa gallo-romaine de Séviac, à deux kilomètres de cet autre Montréal, propose une fascinante plongée dans l'archéologie, disons, live, où s'entassent sur 450 mètres carrés de surface plus de 30 mosaïques aux motifs différents.

Avant d'être détruite par un incendie, la luxueuse résidence du Bas-Empire romain présentait le plan classique de la maison de campagne, les multiples pièces d'habitation s'organisant autour d'une cour carrée, bordée de galeries à colonnes de marbre pyrénéen. Des thermes privés, somptueux, étaient chauffés par des hypocaustes toujours en parfait état de conservation. On n'a rien inventé, savez... Le site de Séviac a pu renaître grâce à des fouilles effectuées pendant plus de 35 ans.

Bref, du musée européen d'art campanaire de L'Isle-Jourdain jusqu'à la traditionnelle croustade de Gimont, tous les prétextes sont bons pour célébrer l'art dans tous ses états gersois : gastronomie, histoire, culture, patrimoine... Le plaisir de vivre, quoi.

En vrac
- Le Château de Monluc, à Saint-Puy, propose le pousse-rapière, un mélange d'armagnac et de zeste d'orange, dans un bâtiment d'origine qui fut château fort jusqu'en 1272.
- Les établissements membres de la Ronde des mousquetaires, ces restaurants tenus par une confrérie de maîtres cuisiniers, offrent un véritable pèlerinage gastronomique, comme Le Florida à Castéra-Verduzan (% 05 62 68 13 22) et l'Hôtel-restaurant De Bastard à Lectoure (% 05 62 68 82 44, www.hotel-de-bastard.com).
- Dans les dépendances de l'ancien Palais épiscopal de Condom, sur la rivière... Baïse, se trouve le Musée de l'armagnac, cette liqueur vendue dans 130 pays qui tire son secret de la chimie du temps et des bois de chênes centenaires coupés en décembre ou janvier, à la «lune morte », pour en fabriquer les fûts. C'est dans cette ville aussi qu'on a aménagé La Table des Cordeliers, une ancienne chapelle transformée en restaurant. Inspirant. % 05 62 68 43 82, www.latabledescordeliers.fr.
- Fourcès, tel un village de contes de fées, figure parmi les plus beaux de France. Bien conservé, avec un accent particulier mis sur les fleurs et l'enjolivement, il présente une place circulaire qui témoigne du château des origines occupant le centre de la bastide.
- Un détour s'impose dans le petit village de Larroque-sur-l'Osse, entre Fourcès et Condom, pour déguster le vin du Domaine du Chiroulet mais aussi y faire des provisions... Dites, vous en rapporterez bien une caisse ? Excellent rapport qualité-prix. www.chiroulet.com.
- Dans le Gers, la grippe aviaire était le sujet sur toutes les lèvres l'automne dernier déjà. Pour cause. Au royaume de quelque 130 000 oies et quatre millions de canards élevés pour le gras, pas étonnant que les producteurs se montrent nerveux. Même si on répète sur tous les toits que la volaille cuite adéquatement ne présente aucun danger, la panique seule pourrait vite prendre une allure catastrophique dans une région comme celle-là.
- Les deux vols hebdomadaires d'Air Transat sur la liaison directe Montréal-Toulouse s'échelonneront du 22 mai au 21 octobre 2006.

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Ce reportage a été réalisé à l'invitation de Vacances Transat (www.transat.com), du Comité régional du tourisme de Midi-Pyrénées (www.tourisme-midi-pyrenees.com) et du Comité départemental du Gers (www.tourisme-gers.com).