De vins et de jours

Voyons ensemble si nous nous rejoignons-nous quelque part !
Photo: Jean Aubry Voyons ensemble si nous nous rejoignons-nous quelque part !

Les vignerons, du moins celles ou ceux que je connais, testent du vin tous les jours. Sept jours sur sept. Et vous qui n’êtes pas vignerons ? Sans doute agencez-vous vos jours comme vos vins selon leurs profils ou leurs sensibilités propres. Je faisais l’exercice cette semaine de dégager mon propre calendrier hebdomadaire tout en me délectant à l’avance du fait qu’il sera complètement renouvelé la semaine prochaine. Voyons ensemble si nous nous rejoignons quelque part !

Lundi. Quel pisse-vinaigre s’est mis en tête qu’il n’était pas convenable de boire un verre de vin le lundi soir ? Certainement pas les nostalgiques encore sous la délicieuse emprise des agapes du week-end ! Proposons donc un vin léger, frais, coulant et pourquoi pas nature, tel ce singulier et très ancien cépage país dont il ne faut ni plus ni moins qu’une échelle pour aller le cueillir en hauteur. C’est le cas de ce País Salvaje 2020 by Bouchon (24,65 $ – 14946711), un rouge chilien captivant par la fraîcheur de ses légers tanins rustiques et son goût net de fruits rouges secs et de réglisse. À servir frais sur votre pâté chinois ketchup maison. (5) ★★ 1/2. Une option plus épicée ? Clos des Fous 2021, Itata, Chili (19,35 $ – 12797686 – (5) © ★★★).

Mardi. On ne bouscule rien en cette 2e journée en demeurant classique, mais surtout digeste. Le bordeaux 2018 de Christian Moueix (17,15 $ – 13734337) vous assure tout le réconfort de texture de ses merlots sans jamais plomber les estomacs ni égarer les esprits. Nous ne sommes que mardi après tout ! (5) ★★★. Une option plus touffue ? Château Grand Bouchon 2016, Médoc (23,35 $ – 14334888 – (5) ★★ 1/2).

Mercredi. Nous ne sommes peut-être pas sous la tension du cru Heiligenstein en riesling, mais ce Grüner Veltliner « Kammern » 2017 de la Weingut Autrichienne Hirsch (27,80 $ – 11695055) dans le Kamptal, au nord-ouest du Danube, en partage tout de même l’esprit minéral. Un blanc sec bio de belle ampleur qui « réinitialise » la semaine avec sa texture friande et sapide, généreuse et optimiste pour la suite des choses. Le tartare de thon en sera gré (5) ★★★ 1/2. Une option en rouge ? Blaufränkisch 2021, Krutzler, Autriche (22,20 $ – 12411042 – (5) ★★★).

Jeudi.À la maison, le jeudi, c’est évidemment… pasta ! Et bien évidemment aussi, c’est ma blonde qui est aux fourneaux en intégrant l’acidité des tomates San Marzano à la chair à saucisse piquante pour en rehausser la délicieuse acidité. C’est à ce moment que je mets mon grain de sel avec le sangiovese de la Tenuta San Jacopo 2020 en Chianti Superiore (20,40 $ – 13465878) pour en révéler le mariage de coeur et de raison. Souplesse, vivacité et fruité à croquer, sur un ton baladin. Miam ! (5) ★★★. Une option de caractère ? Cerasuolo di Vittoria 2020, Planeta, Sicile (25,45 $ – 10553362 – (5) ★★★).

Vendredi. Les trois jours qui suivent commandent un apéro, avant de passer sur un beau rouge. C’est écrit dans le ciel, où les bulles de cet Orpailleur brut (30,50 $ – 12685625) brillent avec insistance, que la soirée s’annonce emportée et délicieusement fruitée. Déjà, tonus et vigueur y sont sur un ensemble généreusement fourni où la pomme mûre joue de beaux accords en finale (5) ★★★. Une autre possibilité, subtile de profondeur ? Château Le Puy « Émilien » 2019, Vin de France (34 $ – 709469 – (10+) © ★★★ 1/2).

Samedi. Le lubrifiant social de 17 h huile efficacement ses propositions avec cet apéritif de génie, dont la délicate fraîcheur et la tonicité saline lancent la première salve de la soirée sur vos tapas favoris. La maison espagnole Lustau dégaine en ce sens ses munitions en proposant bien rafraîchi son Manzanilla Papirusa (14,55 $ les 375 ml – 11767565), dont le mordant de caractère bercera vos rêveries andalouses. L’option fraîche et structurée ? Mas Collet 2020, Capçanes, Montsant, Espagne (20,15 $ – 642538 – (5+) © ★★★).

Dimanche. Brunch ou grand soir, alors que les timbales aux fruits de mer s’affairent à alimenter les conversations ? Ce champagne Gosset Brut Grande Réserve (75,75 $ – 10839619) s’impose comme une évidence, avec son fin feuilleté fruité, sa délicate mais persuasive tension suggérée par les chardonnays, ainsi que sa perspective à la fois détaillée, précise, articulée et citronnée. On se croirait aux Beaux dimanches avec Henri Bergeron ! (5+) ★★★★. Une option à la fois racée et haute en flaveurs ? Morgon « Cuvée Corcelette » 2020, Jean Foillard, Beaujolais, France (49,75 $ – 12201643 – (5+) © ★★★★).

Explication des cotes

 

À grappiller pendant qu’il en reste !

Oscar’s Quevedo 2021, Douro, Portugal (18,80 $ – 14970622). Les cépages blancs indigènes du Douro livrent ici une cuvée de caractère, hautement savoureuse, simple d’expression, en tout point originale. Les croquettes de morue en bavent déjà de désir ! (5) ★★ 1/2

Grüner Veltliner 2021, Fritsch, Wagram, Autriche (21,40 $ – 11885203). Rassurez-vous, je ne fais nullement une obsession du grüner veltliner autrichien, mais par tous les Bacchus de la galaxie, que son fruité vise juste ! Un fruité plus nourri qu’un melon de bourgogne, presque aussi minéral qu’un chablis. Ce bio semblera léger, mais il demeure tenace et persistant avec sa texture fine et accrocheuse. (5) ★★★

Domaine de la Brune 2020, Beaumes de Venise, Rhône, France (21,50 $ – 637892). Ce cru des côtes du Rhône en impose. Sa puissance de sève est aussi soutenue que son velouté moelleux de tanins qui pave non seulement chaque centimètre de votre palais, mais qui enrobe et « caramélise » chacune des bouchées de l’entrecôte grillée proposées pour l’occasion. Un rouge charnel, suave, tricoté serré sur la longue finale épicée. Un vin d’automne. (5+) © ★★★

Pinot noir 2021, Commuter Cuvée, Oregon, États-Unis (29,50 $ – 13234771). C’est sur le mode d’une insolente envolée fruitée que s’affiche ce noirien dépourvu de complexes, mais tout de même fort bien nourri. Les tanins y sont légers mais finement serrés, l’ensemble, de grande fraîcheur, bien qu’il subsiste un léger creux de bouche rapidement compensé par un éclat fruité bien affiché en finale. (5) ★★★

Max’s 2020, shiraz-cabernet, Penfolds, Australie (30 $ – 13566521). C’est entre 1945 et 1975 que Max Schubert officia dans cette grande maison qui a vu naître la célèbre cuvée Grange. Une dimension nouvelle en matière de syrah voyait le jour en soulignant hors frontière les capacités réelles de ce grand cépage. Cet assemblage la remet en valeur avec ce style maison où la fraîcheur, la précision, la puissance ainsi que la concentration, gérées avec une indéniable habileté, priment. Un rouge riche, étoffé, pourvu d’un caractère épicé et boisé qui le destine à table sur une daube, un bourguignon ou autres ragoûts de caractère. (5+) © ★★★ 1/2

Rubesco « Vigna Monticchio » Riserva 2017, Lungarotti, Ombrie, Italie (74,25 $ – 15020952). 10 des 15 hectares du vignoble Monticchio étoffent cette magnifique cuvée où l’expression unique du sangiovese d’Ombrie gagne ici une extraordinaire complexité avec plus d’une décennie d’affinement en bouteille. Car les vins de cette belle maison familiale opérée par Chiara et Teresa Lungarotti se détaillent admirablement avec le temps. Rien de concentré pourtant, car tout est dans la manière, cette façon intuitive d’infuser le fruit comme le feraient par exemple Jean-Pierre et Pascal Amoreau au Château Le Puy, à Bordeaux. Des vins de parfum, tactiles et envoûtants. Ce 2017 a déjà un peu de recul avec ses flaveurs fruitées de rose fanée et de tabac frais, de graphite et d’épices douces. Un grand seigneur à servir sur un osso buco ou une belle pièce de boeuf vieilli. Pas dégusté depuis longtemps, car il se fait rare, bien qu’il soit toujours à la hauteur. (5+) © ★★★★



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