Le baromètre du vin

Un ballon de rouge pour démarrer l’année?
Photo: Jean Aubry Un ballon de rouge pour démarrer l’année?

La pandémie a-t-elle brouillé les cartes au niveau mondial sur le plan des tendances et de la commercialisation ? Il faudra attendre les toutes dernières statistiques pour en tirer des conclusions plus précises. Toutefois, ce qui se dégage de la dernière étude Sopexa Wine Trade Monitor 2021 semble confirmer que les meneurs, soit respectivement la France, l’Italie et l’Espagne, sont encore et toujours les plus représentés auprès des consommateurs. Même si les tablettes à la SAQ demeurent toujours à ce jour tristement dégarnies, toute provenance confondue, ces trois pays continuent d’y tenir le haut du pavé.

On sera toutefois étonné d’apprendre que le consommateur japonais, à l’instar de celui du Québec, place la production locale en première position sur le plan des tendances, comme le souligne Loïc Brunot, directeur de Sopexa Japon et Australie. « La production viticole japonaise s’est développée dans les années 1970, alors que l’archipel s’ouvrait doucement à l’importation de vins européens (français notamment). Cependant, ce n’est que récemment qu’elle a véritablement gagné en qualité, attirant l’attention des professionnels du marché et, in fine, des consommateurs. » Une situation qui s’apparente à celle de notre viticulture locale, certes minuscule en volume (2,5 millions de bouteilles, selon le Conseil des vins du Québec), mais qualitativement prometteuse pour les millésimes à venir.

L’étude nous apprend aussi, sans que nous en soyons par ailleurs étonnés, que « l’image globale de la France, tous critères confondus, demeure l’origine la mieux perçue, devançant encore nettement ses concurrents » (même si elle perd quelques plumes du côté de la Belgique), avec, au chapitre de ses locomotives régionales en matière de vin rouge, Bordeaux, Bourgogne, Languedoc et Rhône. Une position renforcée par un attrait marqué à la fois pour le bon vin de tous les jours comme pour celui des grandes occasions, mais aussi par l’intérêt suscité pour les vins bios et biodynamiques.

On y apprend également qu’il existe un engouement certain pour les vins australiens et chiliens parmi la nouvelle génération de consommateurs chinois, qui affectionne les vins rouges aux fruités exubérants, alors que la vague déferlait chez nous il y a plus de 20 ans. Il ne reste ici, à ce chapitre, que des vins d’entrées de gamme commerciaux et, avouons-le, plutôt insignifiants. Question aux agences et à la SAQ : que sont devenus ces grands vins de terroirs australiens vendus entre 25 $ et 75 $ prisés par de nombreux amateurs éclairés d’ici ? Une incongruité qui persiste dans notre marché pourtant qualitatif.

Deux classiques

 

Permettez enfin que je démarre ce millésime 2022 avec deux classiques du Rhône français dégustés à l’aveugle cette semaine, des rouges aux volumes substantiels, toutefois cités ici pour des raisons différentes. D’abord ce côtes-du-rhône 2018 de la maison Guigal (20,55 $ – 259721), dont on reconnaît rapidement le style au premier nez, avec son amplitude fruitée et épicée généreuse, nette, solaire et capiteuse, doublée, en bouche, de cette patine moelleuse de tanins riches et friands auxquels nous habitue depuis toujours le clan familial Guigal. Du bel ouvrage, par sa régularité encore une fois et ce souci de confection dans l’assemblage comme dans l’élevage. À prix courtois. Et si la maison décidait un jour de ne plus millésimer, mais d’assembler ici des vins de réserve pour assurer ce même goût maison si rapidement identifiable ? Une question qui renvoie au vin suivant. (5) ★★★

La Fiole du pape du père Anselme en appellation Châteauneuf-du-Pape (43,25 $ – 12286). Ce châteauneuf multimillésime joue dans le parterre rhodanien sans toutefois atteindre ce à quoi on est en droit de s’attendre de la célèbre appellation. Surtout à ce prix. Ce n’est pas mauvais, mais il apparaît tout de même usé, comme s’il y avait ici une petite fatigue derrière le caractère fruité et épicé. L’ensemble demeure tout de même équilibré et d’une certaine longueur. Bref, correct, sans plus, sans valoir le double du prix du précédent. (5) © ★★ 1/2

À grappiller pendant qu’il en reste!

Aligoté 2020, Domaine Billard père et fils, Bourgogne, France (20,30 $ – 13946727). De l’aligoté comme ça, on en boirait des litres tant ça vous aiguise le palais avec fraîcheur, franchise et une jolie dose de salinité. Une salinité qui rapidement avive le réflexe salivaire tout en invitant l’huître crue, le fish’n’chips et les beignets d’aubergine à poursuivre les festivités. À ce prix, mais surtout sur le plan de la qualité, pourquoi les quantités sont-elles si limitées ? Mystère et boule de gomme. (5) ★★★

Xarel-lo Essential 2017 Cava Brut, Juvé y Camps, Espagne (23,20 $ – 13005847). Le cépage autochtone xarel-lo monte en bulle ici avec une franche expression fruitée. Ce caractère de levure, de pomme, de croûte de pain et de brioche installe déjà la table pour vos brunchs dominicaux. Surtout sur le panettone. Un bio festif au dosage équilibré. (5) ★★★

Domaine Fond Croze 2019 « Les Vieux Ceps de Raymond », Côtes du Rhône Villages, France (23,45 $ – 14819682). Parler des « Vieux Ceps de Raymond » constitue sans doute une lapalissade, car n’existe-t-il de bons carignans que lorsqu’ils sont justement « vieux » ? Raymond n’a certainement pas planté ici de « vieux carignans centenaires », mais en a assurément récolté la sagesse, surtout la densité, voire la profondeur fruitée. La robe est juvénile et profonde, les arômes de mûre-framboise poivrée gaillards et coquins, et la bouche structurante, solide et bien fraîche. Un bio qui n’a pas peur de vous en faire boire, du pays, surtout celui qui sis du côté de Vaison-la-Romaine. (5+) © ★★★

Vouvray Brut 2019, Sébastien Brunet, vallée de la Loire, France (24,30 $ – 12846441). C’est une expression fine et discrète qui installe déjà le décor aromatique et gustatif de cette méthode traditionnelle, fignolée ici avec retenue et une part d’inspiration certaine. Tilleul, pomme, citron et coing articulent une mousseline de bulles aérienne, « satinant » le palais avec sensibilité, avec très peu de sucrosité à la clé. Étonnamment digeste avec ça. (5) ★★★

Probus 2016, Clos Triguedina, Cahors, Sud-Ouest, France (43 $ – 12450287). La sagesse cumulée de vieilles vignes de malbec ouvre déjà des horizons de profondeur tout en assurant une élégance inhabituelle pour ce cépage pourtant réputé austère, voire parfois irascible, tant il offre structure et épaisseur tannique. Jean-Luc Baldès lui assure ici un traitement princier, à partir d’une extraction en douceur et d’un élevage qui lui assure l’oxygène nécessaire pour arrondir l’ensemble. Un seigneur à savourer sur une grande table, à l’image de ces rois de France jamais repus de victuailles prolongeant les agapes bien au-delà de la nuit. (5+) © ★★★★

Culmina Hypothesis 2014, vallée de l’Okanagan, Canada (45,75 $ – 12625788). La confection est impeccable et fort bien léchée. Difficile d’y déceler la moindre faille. La cohésion et l’équilibre sont manifestes. L’intensité de la robe, des arômes qui ouvrent déjà d’autres horizons et des saveurs denses et fondues de sève fraîche, épicée et boisée, maintiennent et étirent ensemble longuement la finale. Bref, un assemblage à parts égales de merlot, de cabernet sauvignon et de cabernet franc qui n’a pas à rougir de ses homologues de Californie ou d’Oregon au même prix. N’y manque peut-être qu’un surcroît de profondeur, mais ne chipotons pas, c’est bon ! (5) © ★★★ 1/2

Montirius « Le Clos » 2017, Vacqueyras, vallée du Rhône, France (50,25 $ – 14861549). Cette maison familiale est un modèle du genre. Elle inspire une liberté profonde fondée sur un respect immodéré de la biodiversité comme de l’humain qui s’en nourrit. Syrah et grenache cohabitent et fusionnent, partageant généreusement arômes comme saveurs, où envolées fruitées de tapenade et d’épices se lovent autour d’une structure tannique à la fois sphérique et structurée, fraîche et de longue haleine. Bref, une expérience de vie. Un vin rouge bio de haut niveau, authentique, crédible, long en bouche. (10+) © ★★★★

Horizon Blanc de Blancs Brut, Pascal Doquet, Champagne, France (59,50 $ – 11528046). Les chardonnays ne manquent ni de style ni de caractère, mais ils livrent aussi, sous une batterie de bulles conquérantes, un fruité riche à peine souligné par la craie du terroir. Un champagne hautement savoureux, bien vivant, inspiré, à l’équilibre parfait. Il s’est révélé meilleur encore 24 heures après ouverture. À l’apéro ou à table, sur une truite en papillote par exemple. (5) ★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans

(5+) se conserve plus de cinq ans

(10+) se conserve dix ans ou plus

© devrait séjourner en carafe

★ appréciation en cinq étoiles



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