Des livres à boire des yeux

Un guide est-il un livre? S’il vous met le vin à la bouche et propose une expertise que vous n’avez peut-être pas… pourquoi pas!
Photo: Jean Aubry Un guide est-il un livre? S’il vous met le vin à la bouche et propose une expertise que vous n’avez peut-être pas… pourquoi pas!

Un guide est-il un livre ? S’il vous met le vin à la bouche et propose une expertise que vous n’avez peut-être pas… pourquoi pas ! C’est le cas du Guide du vin 2022 de Nadia Fournier (Les éditions de L’Homme), qui en est à sa 41e livraison cette année. Bon, Nadia, tout le monde la connaît, parce qu’elle aime le vin, en boit, en parle avec tout autant d’assurance que de conviction, sans mentir le moins du monde. C’est ce que le lecteur veut d’elle. Et c’est ce qu’elle livre dans ce guide « allégé », dont on a revu le graphisme — quoique je regrette le retrait des cartes des régions viticoles —, facilitant du coup la lecture.

Avec Le petit Larousse des vins (Larousse), c’est près de 1000 pages dont la France à elle seule détient environ 40 % du contenu. Normal, l’Hexagone n’est-il pas le berceau des meilleurs vins de la planète ? Dans mon livre à moi, oui. Ce livre est un concentré de tout : cours de dégustation, accords vins et mets, astuces utiles, descriptifs régionaux par pays, régions et sous-régions avec des suggestions de bons producteurs qui y sont affiliés et cartes du vignoble en couleur. Remarque à l’éditeur : il serait temps de rafraîchir la section consacrée aux vins du Québec (page 805) — on y mentionne encore le regretté Victor Dietrich ! —, un chapitre qui semble ignorer l’essor fulgurant de la viticulture d’ici depuis les cinq dernières années !

Imaginez, vous passez un peu plus du quart de votre année avec, chaque jour, une nouvelle proposition dans votre verre, que ce soit du vin, du cidre, de l’eau-de-vie, de la bière ou une liqueur… moi, je dis que la vie est belle, et surtout riche en découvertes ! Il vous restera toujours 285 jours pour approfondir le type de produit qui vous titille et vous chavire avec ce Tour du monde en 80 verres (Marabout), d’autant plus que la proposition est habile. Un concentré ciblé d’informations utiles (origine, histoire, statistiques, dégustation, etc.) étayées par une cartographie précise et colorée. Vous pourrez ainsi, lors de votre prochain cocktail mondain, instruire vos pairs sur le fameux Sodabi que les plus futés trouveront en page 124 !

La troisième édition réunissant 31 conférenciers lors de la toute récente rencontre virtuelle « Goûtons aux changements climatiques » — Tasting Climate Change —, conçue et animée par la sommelière Michelle Bouffard, pave tout naturellement la voie à la parution du livre Quel vin pour demain ? : Le vin face aux défis climatiques (Dunod) que cette dernière rédige avec les auteurs Jeremy Cukierman et Hervé Quénol. Si l’événement réunissait une expertise fort enviable en matière de climatologie, de viticulture et autres, il permet une mise à jour savante et fort bien documentée visant à instruire de ce qui se passe sur le terrain et de ce qui nous attend. Pas réjouissante, la situation, il est vrai, mais un livre essentiel pour qui s’intéresse à ce qu’il boit aujourd’hui et à ce qu’il boira demain.

Le vin de Champagne allume ce petit diamant logé dans vos pupilles écarquillées ? C’est exactement ce que le regard de ma compagne, Lesley, me renvoie quand la magie des bulles opère ! Sans doute est-ce aussi ce que veulent partager les champenoises Maggie Henriquez, Chantal Gonet, Alice Paillard, Evelyne Boizel, Delphine Cazals, Anne Malassagne, Mélanie Tarlant, Charline Drappier et Vitalie Taittinger dans l’imposant bouquin Champagne (La Maison), dont le poids (trois kilos) est inversement proportionnel à l’extrême légèreté des milliards de bulles libérées pour l’occasion. On y parle bien sûr des grands seigneurs de Reims et d’Épernay, mais surtout du champagne comme vin de gastronomie avec, à la clé, de succulentes recettes pour le transcender. Car le champagne est avant tout un vin, un grand vin, le seul à coup sûr capable de se liquéfier dans les yeux des dames pour en faire briller l’éternité.

Enfin, il n’est pas nouveau en librairie, mais je revisite et savoure toujours le Guide du bordeaux (Gallimard), de l’auteur britannique Oz Clarke, avec bonheur. En raison de sa plume savante, mais surtout pince-sans-rire sur ses propres expériences bordelaises. Une approche personnelle qui répertorie, classe et parle de tous ces châteaux dont s’entiche le Royaume-Uni depuis des siècles. Une référence.

À grappiller pendant qu’il en reste!

Attention ! Compte tenu des récentes perturbations à la SAQ liées à la distribution des produits, les quantités disponibles demeurent très variables d’une succursale à l’autre.

La Maldición 2020, Cinco Leguas, Espagne (17,35 $ – 14472818). Il y a ici quelque chose de fort digeste avec ce tempranillo vinifié pour en extraire tout le grain de folie désiré. Un rouge de corps moyen, bien sec, souple, frais et festif, au goût framboisé tout simple, mais diablement charmeur. Servir frais sur des petits chaussons à la viande. (5) ★★ 1 / 2

Château Marjosse 2018, Bordeaux rouge, France (23,75 $ – 14716405). J’avais diagnostiqué à l’aveugle ce beau rouge de Pierre Lurton comme étant un bergerac où merlot et malbec dominaient. Pas surpris, donc, de le retrouver dans son fief de l’Entre-deux-Mers, où il demeure une référence, avec ses tanins riches, gras et moelleux qui vous invitent du côté de Pomerol. Un beau bordeaux rouge complémentaire à la même cuvée en blanc, avec son solide fruité, sa trame peu acide et gourmande. Belle affaire, mais faites vite ! (5) ★★★ ©

Sylvaner « Pierres Rouges » 2019, Léon Boesch, Alsace, France (23,25 $ – 14532817). Intrigant sylvaner ! Et quel dynamisme, quelle fougue, ici ! Le fruité y rugit sous un impact minéral qui, à la fois, le resserre et l’allonge tout en lui assurant un relief longuement palpable. Bref, un formidable blanc sec et léger à servir sur vos coquillages ou sur une tarte à l’oignon. (5) ★★★

Lindes de Remelluri 2018, Remelluri, Rioja, Espagne (29,55 $ – 13211780). Captivant Rioja ! Et toujours ce profil aromatique épicé et boisé qui vous interpelle au premier nez, cédant ensuite au palais sous des tanins fins, frais, se resserrant autour d’une texture consistante sans sacrifier à l’élégance. Un rouge princier pour volaille royale. (5) ★★★ ©

Chinon blanc 2020, Bernard Baudry, Loire, France (32 $ – 14831500). Il est rare, le chinon blanc. Moins immédiatement ou moins dramatiquement minéral, faut-il le préciser, que le vouvray, cette version en bio livrée par le clan Baudry offre le profil d’un chenin sec effilé, précis, léger, tout en étant substantiel sur le fond. Une curiosité. (5 +) ★★★ ©

Sauvignon blanc 2019, Alpamanta Breva, Mendoza, Argentine (34,50 $ – 14492333). Il y a de l’intrigue dans ce sauvignon pur jus, ce quelque chose qui est autre chose que le pamplemousse rose, plus épicé, plus profond celui-là. Ajouter la texture à vous faire fleurir de fins tanins sous la dent, et une sapidité saline doucement amère pour la suite. Bien sec, bien léger, vin pour sushi à chair blanche. (5) ★★★ 1 / 2 ©

Imperial Reserva 2016, CVNE, Rioja, Espagne (39,00 $ – 12897863). Amateur de beau tempranillo, levez la main et ouvrez la bouche. Vous ne la refermerez pas de sitôt ! Déjà le nez annonce les festivités, ample et ouvert, sur le grillé, la noix de coco et la fumée savante des fûts étasuniens. La suite est royale, enrobée, très fraîche, pourvue de tanins mûrs et abondants, le tout prolongé d’une longue et persuasive amertume. À moins de 40 dollars, l’impression de se rapprocher du grand vin. Coq au vin, daube et autres volailles rôties. (5 +) HHHH ©

Clos de Cuminaille 2019, Famille Pierre Gaillard, Saint-Joseph, Rhône, France (42,75 $ – 11231963). Elle envoûte déjà, élevant le niveau des attentes pour mieux les consacrer à l’autel des flaveurs. Les arômes portent haut, avec ce côté cerise et tapenade, café crème et poivre rose, alors que les saveurs, elles, enrobent et tapissent, s’affinant en milieu de bouche pour mieux resserrer la structure sous ses tanins fins. Une belle syrah à marier avec votre lapin à la moutarde ou votre côte de veau. (5 +) ★★★ 1 / 2 ©

Château Haut-Breton Larigaudière 2016, Margaux, Bordeaux, France (44,75 $ – 732065). La structure l’emporte sans doute sur la finesse, mais cette cuvée à dominante de cabernet sauvignon ne mâche pas ses mots tant elle offre présence, mais aussi une mâche fruitée bien intégrée à l’élevage, par ailleurs ici encore visible. Un rouge qui commence tout doucement à se fondre dans ce millésime classique qui n’a pas dit son dernier mot. Bavette ou onglet grillé, échalotes françaises et, bien sûr, frites. (5) ★★★ ©

Zinfandel « Brandlin Vineyard » 2017, Peter Franus, Mount Veeder, Napa Valley, États-Unis (47,50 $ – 897652). Vin de haut vol et de grande sève que ce « zin » particulièrement racé, fourni en tanins frais et bien mûrs, dont l’intégration à la trame boisée commence tout doucement à s’opérer. Un rouge évidemment puissant, structurant le palais en jouant habilement de densité et de fraîcheur en offrant une portée de bouche assurée, serrante, longuement épicée. Un rouge d’hiver sous zéro destiné au couscous et tagine ensoleillés. (5 +) ★★★ 1 / 2 ©

 
Attention! Compte tenu des récentes perturbations à la SAQ liées à la distribution des produits, les quantités disponibles demeurent très variables d’une succursale à l’autre.

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles


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