Belles bouteilles de passage

Place aux beaux vins
Photo: Jean Aubry Place aux beaux vins

Place aux beaux vins. Une fois n’est pas coutume. Surtout un clin d’œil pour ce temps des Fêtes auquel il sera encore difficile d’échapper. Assumons, donc. À noter que certains échantillons ont été fournis au Devoir pour l’occasion.

Une bulle…

Blanca Cusiné Cava brut nature 2012, Parés Baltà, Espagne (36,25 $ – 12591021). Mie de pain, noisette grillée, poire pochée, crème brûlée et rancio noble ne sont que la pointe visible des parfums qui enveloppent et prolongent longuement le nez comme la bouche de cette bulle bio de haut niveau. Peu dosé et plongeant en profondeur, ce cava ferait l’envie de bon nombre de cuvées champenoises vendues le double du prix. Profitez-en ! (5) ★★★ 1/2

… et trois champagnes

Chartogne-Taillet « Sainte Anne » Brut (55 $ – 14728991). L’héritage des moines bénédictins de l’abbaye de Saint-Thierry se fait sentir dans cette cuvée d’Alexandre Chartogne qui se veut la porte d’entrée de ce domaine, où la mosaïque des lieux-dits contribue au caractère vivant et détaillé des vins. Pour part égale de « blanc » et de « noir », cette bulle énergique et peu dosée issue d’une approche en biodynamie anime le palais avec ses tonalités salines et le prolonge, à table, sur une escalope de veau ou un rôti de lotte par exemple. Pas de doute, l’affaire est belle ! (5) ★★★ 1/2

Gosset Grande Réserve Brut (73 $ – 10839619). Des blancs et des noirs, pour moitié-moitié, livrent ici une mousse fine et stylée qui capte l’attention et vous emmène ailleurs, sur le plan floral et citronné, le tout éclairant une finale longue et lumineuse. Le champagne pastel pour jours gris. (5) ★★★ 1/2

R de Ruinart Brut (86,75 $ – 10326004). Ici, la gloire des chardonnays (pour 40 % de l’assemblage) anime une bouche où la texture est reine. L’impression d’un voile de talc fin saupoudré au-dessus du palais ajoute au relief tout en rehaussant un goût frais et exquis de fruits à chair blanche. Une bulle rémoise d’une classe indiscutable, affinée par des siècles de petits gestes inspirés. Pétoncle poêlé, volaille ou homard en conviendront à leur tour. (5) ★★★★

Trois rouges

Zinfandel « Juvenile » 2019, Turley, Californie, États-Unis (37,75 $ – 14220178). Question : À quand remonte votre dernier verre de zin ? N’attendez pas demain et servez-le sur votre effiloché de porc fumé ! Surtout avec cette cuvée qui, comme son nom l’indique, est élaborée avec une sélection de jeunes vignes (6 à 25 ans) issues de plusieurs vignobles. Riche, capiteux, épicé mais surtout bien vivant, ce bio offre une sève serrante, étoffée, puissante, d’une étonnante longueur. (5+) © ★★★ 1/2

Gevrey-Chambertin Vieilles Vignes 2018, Faiveley, Bourgogne, France (72,50 $ – 14128611).Le prix à la hausse des bourgognes est aussi prévisible que la catastrophe climatique annoncée, à la différence près que d’en jouir aujourd’hui conforte en nous l’idée même qu’il serait illusoire d’attendre demain. Les Cisterciens approuveraient sans doute. Et la maison Faiveley confirme avec cette cuvée certes encore sur la réserve, mais pourvue de toute l’étoffe, de tout le fruité et de tout le caractère voulus. Nez de belle ampleur, kirsché, épaulé par l’élevage mesuré, mais bien cadré, typique de la maison. Le tout lié par des tanins frais, longs, fins, de belle densité. Le magret de canard saura se satisfaire ici. (5+) © ★★★ 1/2

Sassicaia 2018, Tenuta San Guido, Toscane, Italie (239,25 $ – 14782576 – en prévente). Le marquis Mario Incisa della Rocchetta avait du flair lors de la première commercialisation de ce cru en 1968. Avec ce 2018, les glorieux cabernets — sauvignon (85 %) et franc — affinent une fois de plus la finesse de leurs tanins à la fois sous l’influence des sols de graves locales et de barriques hautement disciplinées. Beaucoup trop jeune, certes, mais l’empreinte du vin est ici manifeste. Fruit, fleur d’oranger, noix de coco, mais surtout un ensemble structuré qui n’en a pas l’air. Bref, un vin vivant, d’une longueur à couper le souffle. À peine moins convaincant que le 2010, plus sérieux que le 2015, mais, à mon avis, du même niveau que ce dernier. (10+) © ★★★★ 1/2

À grappiller pendant qu’il en reste!

Paradoxe de Malbec 2018, Famille Laur, Côtes du Lot, Sud-Ouest, France (18,15 $ – 14093236). Inhabituel, pour ne pas dire intrigant, oui, mais ça fonctionne. Un pressurage de raisins noirs pour un blanc sec de malbec aux nuances florales et d’amande blanche sur une bouche dotée d’une fine tannicité, le tout doublé d’une amertume présente mais assumée. La longue finale impressionne. Pour amateurs de curiosités qui sortent du cadre. (5) ★★ 1/2

La Cuisine de ma mère « En vacances à Gaillac » 2020, Sud-Ouest, France (20,15 $ – 14184285). En plus de savoir vinifier, Nicolas Grosbois semble d’adhérer au Mouvement de libération du rosé saisonnier (MLRS) avec cet assemblage où la syrah cultivée en bio domine, car elle affiche dans ce rosé bien sec et vivant une superbe à vous éclaircir les ambiances les plus maussades. Surtout sur une ratatouille au goût de soleil. (5) ★★ 1/2

Malvar 2020, La Maldicion, Vinos de Madrid, Espagne (20,65 $ – 14472800). Le cépage malvar livre ici un blanc sec expressif doté d’une texture de bouche étonnante, couplant l’acidité et l’amertume avec une solide énergie. Une première sur les tablettes qui vaut le détour. À découvrir donc, sur une pieuvre grillée par exemple. (5) © ★★★

Screaming Betty 2021, Delinquente, Australian Wine Co, Australie (22,20 $ – 14198370). Il semble que la très « délinquente » Betty affectionne le vermentino ! Au point tel que l’on se sent d’affinité avec elle tant ce blanc sec léger, bien vivant et passablement déchaîner sur le plan fruité convainc. Pourquoi se boucher les oreilles quand on peut ouvrir tout grand la bouche tant c’est croquant et digeste ? (5) ★★ 1/2

Corail 2020, Château de Roquefort, Côtes de Provence, France (24 $ – 13532145). L’excentrique Raimond de Villeneuve Flayosc conviendrait avec moi que la saison froide qui s’annonce n’interdit nullement de rêver la Provence. Le hic, seulement, c’est que Raimond ne nous offre que quelques flacons de son rosé bio bourré de caractère, au style hautement tonique et festif. Pour avoir mis les pieds au vignoble, je dois convenir que l’endroit est tout simplement bucolique. De la beauté des lieux naît le beau vin. C’est le cas ici avec cet assemblage élaboré, sa légèreté de ton, mais sa profondeur de goût, sa remarquable présence en bouche. Vivement un nouvel arrivage pour Noël ! (5) © ★★★

Riesling Trocken 2020, Emrich-Schönleber, Nahe, Allemagne (24,25 $ – 12892712). Le caractère minéral sapide et hautement vibrant des sous-sols de la Nahe imprime une fois de plus un choc aromatique et gustatif unique en matière de vin blanc. Une alliance des plus harmonieuse entre un taux alcoométrique bas, quelques sucres résiduels rapidement « happés » par une magnifique acidité et un fruité qui claironne longuement. Vraiment, un bijou de vin qui traduit admirablement son origine, à moins de 25 $. Les mets chinois sont au programme ce soir ? (5) © ★★★

Materia Prima 2020, Parés Baltà, Espagne (24,85 $ – 14800738). Oui, un vin orange, et nature avec ça ! Oui, c’est bon, très bon même. Comment en serait-il autrement sachant que c’est la maison Parés Baltà qui est derrière le pressoir ? Du pur xarel-lo avec, pour élargir le spectre olfactif, un doigt de malvasia fina qui parfume le tout subtilement. Un vin orange bien sec, léger, droit et intègre, badin de ton, enjoué d’esprit. Voilà un bel exemple de ce type de vin qui saura convaincre. (5) ★★★

Zind 2019, Domaine Zind-Humbrecht, Alsace, France (31,50 $ – 12996108). Quelle prestance ! Quel caractère ! Quelle audace ! Domaine géré en biodynamie par Olivier Humbrecht, du reste hautement respecté par ses collègues du monde entier, cet assemblage chardonnay et pinot auxerrois enlève le morceau une fois de plus en donnant l’impression d’un blanc à la fois dense sur le plan de l’extrait et passablement léger sur celui du titre alcoométrique. Un vin qu’il faudra impérativement carafer une bonne heure pour « dégager » la légère pointe de volatile qui se présente à l’ouverture. Tarte à l’oignon ? (5) © ★★★ 1/2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans

(5+) se conserve plus de cinq ans

(10+) se conserve dix ans ou plus

© devrait séjourner en carafe

★ appréciation en cinq étoiles



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