Fascinant vin de Chablis

Le reflet or-vert typique des chablis ciselés dans les calcaires de l’appellation.
Photo: Jean Aubry Le reflet or-vert typique des chablis ciselés dans les calcaires de l’appellation.

Sur la singularité du terroir, tous reconnaîtront que la commune de Chablis ne donne pas sa place. Ici, la « pieuvre » des calcaires étend ses bras et tentacules dans des sols datant de l’époque jurassique, à partir d’un centre « crayeux kimméridgien » jusqu’aux « massifs du Portlandien », en passant par des « marnes calcaires argileuses » et autres « massifs de l’Oxfordien ». Mais ce n’est que la pointe visible d’un iceberg dont la mosaïque pédologique sous-jacente et les expositions en altitude brouillent plus encore les pistes, « pulsant » la minéralité du grand chardonnay local à des niveaux inégalés de par le monde. Saisir l’affolante subtilité des 5771 hectares de cette appellation bourguignonne déclinée en Petit Chablis (1189 ha), Chablis (3702 ha), 1er Cru (778 ha pour 40 1ers crus) et Grand Cru (102 ha pour 7 grands crus) prendrait à elle seule une vie entière. Des échantillons fournis par le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne nous permettent de ne pas attendre et de vivre le tout hic et nunc. Attention, les quantités disponibles sont très variables.

Petit Chablis 2020, Domaine Louis Moreau (24,15 $ – 11035479). De jeunes vignes sur sable pour un ensemble léger, guilleret, vibrant, éclatant de sapidité. (5) ★★ 1/2

Petit Chablis Les Ammonites 2020, François Martenot (22,10 $ – 14168411). Moins festif que le précédent, mais plus cadré dans sa minéralité. À ce prix, le caractère d’un chablis, avec toute la salinité qui y est associée. (5) © ★★★

Chablis 2020, Domaine Alexandre (23,75 $ – 13615160). Fruité net sur la pomme, bien sec et vivant, à défaut toutefois d’une empreinte terroir plus ancrée. (5) êê 1/2

Chablis 2018, Domaine Besson (27,20 $ – 13479233).Classique, avec ce caractère mie de pain et ce volume de bouche conféré par le travail sur lies fines. (5) © ★★★

Chablis 2018, Domaine Pattes Loup (48,25 $ – 12610789). Thomas Pico est une star montante de l’appellation. Il y a ici sève, énergie, densité, maîtrise et profondeur. De vieilles vignes, une mise tardive, un vin bio qui sort des limites de son appellation. Vaut son prix. (5+) © ★★★★

Chablis réserve De Montaigu 2019, J. Moreau & fils (25,10 $ – 14043474). Joli profil, allègre, net et engageant, mais un rien filant en milieu de bouche. (5) ★★

Chablis Premier cru Montée de Tonnerre 2010, Château de Maligny (n.d. – le 2019 se vend 37,25 $ – 895110). Tiré de la cave du reporter, ce premier cru culmine en beauté après une décennie. La limite d’âge à ce niveau. Nez ouvert de foin coupé, de tilleul, de champignon de Paris frais ; idem en bouche, avec note mellifère fine, vivante, longue. ★★★ 1/2

Chablis Premier cru Vosgros 2019, Domaine Gueguen (39,50 $ – 13943059). Ce premier cru se referme sur lui-même actuellement. Un rien austère. Mais ce cru situé sur la rive gauche du Serein, au sud, à l’ouest de la commune de Chiché est prometteur. L’exogyra virgula y est manifeste par sa suggestion minérale. (5+) © ★★★ 1/2

Chablis Premier cru Fourchaume 2018, Domaine d’Henri (41,75 $ – 13820737). Propriété familiale des Laroche, cette cuvée brille par son expression ciselée, son élégance, sa subtilité et sa grande finesse d’ensemble. Un bijou de civisme pour un cru très chablaisien d’esprit. (5+) © ★★★★

Chablis Premier cru Fourchaume Vieilles Vignes 2018, Domaine Laroche (42,50 $ – 13178490). Sans lien avec le précédent, autre style, plus généreux avec un boisé plus travaillé. Pointe lactique au nez, bon volume et densité, tout de même long et racé. (5+) © ★★★ 1/2

Chablis Grand cru Les Clos 2018, Athénaïs de Béru (146,50 $ – 14815201). Autre valeur montante de l’appellation, Athénaïs de Béru nous entraîne ailleurs avec le plus grand en superficie des G. C. (26 ha). Captivant, mais aussi déroutant, avec cette touche de volatile qui avive des flaveurs denses et originales de coing, de gingembre et d’eau-de-vie de poire, le tout soutenant une incroyable dynamique de bouche. Reconnaîtrait-on ce cru à l’aveugle ? La griffe de l’artiste le subjugue pour l’instant. (5+) ★★★★

Chablis Grand cru Les Clos 2018, Louis Jadot (119 $ – 14714418).On sent ici la patine du célèbre négociant de la Côte d’Or avec cette cuvée immense, mais intégrée, ample et ajustée sous son boisé suggéré, sa suite profonde, texturée, complexe, au goût de beurre praline. Racé. Trop tôt pour en apprécier toute la majesté. (10+) © ★★★★

Vin et bouleversements climatiques

La sommelière, autrice et conférencière Michelle Bouffard vous invite, dans la foulée de la COP26 qui avait lieu la semaine dernière, à poursuivre le dialogue avec une série de conférences en ligne intitulées « Tasting Climate Change ». Sur le terrain déjà (et plus que jamais !), l’industrie vitivinicole tente de s’adapter à une situation qui évolue rapidement, d’un millésime à l’autre. Des conférences sont prévues tous les lundis et mardis du mois de novembre à partir du 8 novembre, et sont toujours présentées de 14 h à 15 h 30.

 

Pour avoir une idée de la programmation ainsi que la liste des conférenciers.

 

Quant aux billets, ils peuvent être achetés en ligne.

 

À grappiller pendant qu’il en reste!

Château Eugénie 2018, Cahors, Sud-Ouest, France (16,35 $ – 721282). Oui, il est encore possible, à un peu plus de 16 $ le flacon, de se faire plaisir avec un vin qui « a la gueule de l’endroit » et qui est vinifié avec justesse. C’est ce que nous propose la famille Couture avec ce malbec (et 20 % de merlot) de belle densité, juteux et bien mûr, aux beaux tanins fruités sphériques et de première fraîcheur. Moyen de corps, fort coulant, mais expressif et convaincant. L’une des meilleures affaires dans cette gamme de prix. (5) ★★ 1/2

Armador cabernet sauvignon 2019, Valle Del Maipo, Odfjell, Chili (19,30 $ – 14322570). Le cabernet sauvignon profite-t-il d’un élevage totalement pratiqué en cuve d’acier inoxydable ? Il semblerait que ce soit l’optique de la maison familiale norvégienne qui élabore ce rouge bio jeune, bien frais et manifestement bien structuré. Vrai que le fruité y est bien soutenu, avec une légère nuance de pyrazine, de verdeur qui lui confère de la vitalité à défaut peut-être de charme immédiat. Deux bonnes heures de carafe avec service à 15 °C. Entrecôte et saucisse grillée seront ici les bienvenues. (5) © ★★ 1/2

Albino Armani Valpolicella Classico Superiore 2018, Vénétie, Italie (20,90 $ – 13893178). Le type du ripasso classique élaboré de façon tout aussi classique, jouant de texture tout en portant longuement ce goût de cerise compotée, mais bien vivant au-delà des amers qui allongent la finale. Involtini de veau, calzone ou simplement une pointe de pizza saucisse italienne. (5) © ★★ 1/2

Pinot noir Cava brut rosé, Juvé & Camps, Espagne (23,85 $ – 12276848). Une robe vive et soutenue couleur canneberge, des arômes soulignés du même fruit avec une pointe de fraise et d’épices et vous avez là un beau mousseux de caractère, presque tanique de structure, mais diablement éclatant et vigoureux au palais. Somme toute, un mousseux d’apéro et de repas. (5) ★★★

Pinot noir « Les Fossiles » 2018, Denis Jamain, Reuilly, Loire, France (27,10 $ – 13998287). Ça suinte déjà de cette espèce de jus de roche qui fait vibrer le fruité avec un croquant inimitable. Une « minéralité » qui le rapproche d’un cabernet franc léger nuancé d’une pointe végétale bien mûre. Il s’en dégage fraîcheur, vitalité, souplesse et intensité, le tout pourvu d’une finale longue, nette et parfumée. (5) ★★★

Ritme 2019, Ritme Celler, Priorat, Espagne (29,15 $ – 14013224). J’ai toujours trouvé fascinant le fait qu’un rouge puisse titrer près de 15 % d’alcool par volume et demeurer civilisé, sans rugosité tout en offrant une fraîcheur captivante derrière un ensemble somme toute fort digeste. Cette cuvée en porte le souffle, dans sa modernité comme dans sa pertinence à la fois savoureuse et digeste. (5+) © ★★★ 1/2

Pinot noir 2016, Vincent, Eola Amity Hills, Oregon, États-Unis (31,25 $ – 14270896). Ce pinot noir s’est déjà détaillé sur le plan des flaveurs, avec ces notes animales et épicées qui se lovent autour d’un fruité de fraise-cerise particulièrement charmeur. Ajoutez une trame fondue et une texture bien liée et vous avez-là la confirmation que l’Oregon livre des pinots noirs qu’envieraient les vrais amateurs de vin de Bourgogne. Déjà fort délicieux sur une volaille rôtie, il se bonifiera encore dans trois à cinq ans. (5) © ★★★ 1/2

Morgon « Corcelette » 2018, Domaine Mee Godard, Beaujolais, France (37,75 $ – 14785890). Aux dires de la Coréenne Mee Godard, le climat Corcelette à Morgon (2,3 ha chez elle) est sans doute le plus difficile à saisir parmi ses autres climats que sont Grand Cras et Côte du Py. Je partage son avis à la dégustation de ce 2018 dont les quantités sont, hélas, lilliputiennes. Ce qui n’empêche pas la dame d’avoir une sensibilité, un talent fou à titre de vinificatrice. Le profil aromatique demeure timide, mais crédible, concentrant notes florales et fruitées derrière une robe juvénile avec, à la clé, une pointe de volatile qui avive le tout sans nuire toutefois. Il s’en dégage une grande fraîcheur et un tracé bien ciselé, précis, d’une friande palatabilité sans toutefois manquer de sérieux. Un domaine à suivre. (5+) © ★★★ 1/2


 

Dans une version précédente de ce texte, les aires concernées par l’appellation Chablis, ainsi que ses déclinaisons, étaient erronées, elles ont été corrigées. Aussi, les échantillons n’étaient pas fournis par Sopexa Canada, mais le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne.


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans

(5+) se conserve plus de cinq ans

(10+) se conserve dix ans ou plus

© devrait séjourner en carafe

★ appréciation en cinq étoiles



À voir en vidéo