Ode à la citrouille

Le maître distillateur Vincent Van Horne donne l’impression d’un hobbit tiré d’une aventure du «Seigneur des anneaux» qui aurait volontairement laisser tomber le précieux anneau dans sa marmite fermentaire en acier inoxydable ou dans ses alambics de cuivre.
Photo: Jean Aubry Le maître distillateur Vincent Van Horne donne l’impression d’un hobbit tiré d’une aventure du «Seigneur des anneaux» qui aurait volontairement laisser tomber le précieux anneau dans sa marmite fermentaire en acier inoxydable ou dans ses alambics de cuivre.

Elle est belle, elle est ronde. Elle a aussi bonne mine dans sa robe de crêpe orange, Cendrillon esseulée parmi ses consœurs quand l’hiver sonne minuit moins cinq dans les champs noirs qu’une neige blanche viendra sous peu dédramatiser.

Depuis des générations qu’elle roule sa bosse, tout juste bonne à garnir les abaisses à tarte ou à célébrer de sa tronche affolée la fête païenne de l’Halloween. N’y aurait-il pas lieu de lui offrir une vie de carrosse, à notre citrouille trop souvent laissée à son sort dans la boue des champs ?

L’équipe de la distillerie La Chaufferie, située au cœur même de la municipalité de Granby, en Estrie, a relevé le défi en donnant une seconde vie, voire une ode à la vie, à cette belle colorée des prés, l’élevant au niveau d’une eau-de-vie d’une étonnante finesse.

Le mot est lâché : finesse. Finesse, harmonie, pureté, mais aussi cet esprit crédible de pulpe de citrouille à peine fumée, à l’image de ces Mezcal d’Oaxaca issus des agaves broyés, fermentés et distillés auxquels on pourrait éventuellement la comparer.

N’y manque qu’une touche de profondeur et d’allonge pour y arriver, mais, diable que cette Catrina titrant 40,4 % d’alcool par volume est bien maîtrisée !

Il y a bien sûr un alchimiste derrière l’alambic. Aussi habile à imaginer les autres distillats maison — la vodka Lemay, le London Dry Gin Furlong ou le Rye Sugar Shack Whisky — qu’à donner vie à cette toute nouvelle eau-de-vie de citrouille cuite sur braises baptisée Catrina. La prise est belle.

Repêché par l’un des nombreux associés (tous grands amateurs de spiritueux), le malicieux Vincent Van Horne donne l’impression d’un hobbit tiré d’une aventure du Seigneur des anneaux qui aurait volontairement laisser tomber le précieux anneau dans sa marmite fermentaire en acier inoxydable ou dans ses alambics de cuivre. Pas surprenant que ses eaux-de-vie y distillent un surcroît de magie supplémentaire !

100 % Québec

Le parcours de Van Horne est une aventure en soi. Études en écologie, initiation à la distillation du rhum dans les îles Caïman, tour à tour brasseur de bière et vinificateur au vignoble, le personnage est bien au fait des subtilités fermentaires et enzymatiques, tablant sur de faibles productions d’alcools supérieurs, d’acétate d’éthyle et d’isobutanol pour gagner en finesse, en subtilité et en précision dans ses eaux-de-vie élaborées « de la matière au verre », comme le veut le credo maison.

Ici, la traçabilité se veut « 100 % Québec » quant à l’origine de la matière première comme du savoir-faire qui en distille l’imaginaire.

Sans vouloir jouer les apprentis sorciers, disons pour faire court que cette eau-de-vie de citrouille (une première mondiale ?) est précédée d’une chauffe sur braises qui l’enfume déjà pour mieux la noircir avant qu’elle soit dépouillée de son écorce, puis broyée, levurée, fermentée et passée en alambic (où le cœur et la queue de chauffe sont récupérés), avant de séjourner pendant un an en petits fûts de chêne étasuniens (100 litres).

Il faudra à mon sens l’imaginer avec quelques autres années supplémentaires de fût, histoire d’approfondir ces délicieuses notes de grillé fumé. En attendant, la mixologue Claudia Doyon, rattachée à La Chaufferie, s’en donne déjà à cœur joie avec une proposition de nouveaux cocktails à base de Catrina. Un truc du genre « renaître de ses cendres » avec le cocktail tout rondement baptisé… Cendrillon ?

À grappiller pendant qu’il en reste!

Marebell 2018, Bodega Villa d’Orta, Somontano, Espagne (16,40 $ – 14685098). Pour la petite histoire et pour mieux planter le décor, on peut lire sur le communiqué de presse proposé avec cet échantillon : « Passionné par l’univers du vin, Alain Bellemare a débuté sa carrière de vigneron à Rigaud en 1999 avec son domaine La Romance du vin. Poussé par son désir de produire des grands vins biologiques, il achète près de 30 hectares de vignes certifiées biologiques en 2011. Toujours motivé par son désir de produire son propre vin espagnol et non de revendre ses raisins, il fait la rencontre d’Ana et de Tonio Cañellas, lesquels possèdent une petite bodega familiale et 7,5 hectares de vignes. Au printemps 2013, il s’associe à eux et achète une participation majoritaire dans Bodega Villa d’Orta. » Le vin ? C’est sur une solide base de cabernet sauvignon (70 %) complétée de grenache noir et de merlot que ce savoureux rouge prouve une fois de plus que l’eldorado espagnol en matière de très bons vins à petits prix ne relève pas ici du défi. En voici l’exemple parfait. Ce rouge, sans être très profond ni long en bouche, possède cette qualité primordiale : il est équilibré et digeste. Puis l’assemblage fonctionne, le grenache taquinant par son parfum un cabernet sauvignon bien mûr, pas nécessairement structuré et qui n’a rien d’austère. TBA pour « très belle affaire ». Le servir frais sur vos ragoûts d’automne. (5) ★★ 1/2 ©

Préjugés 2020, Vin de France, France (17,95 $ – 14029197). Si une hirondelle ne fait pas le printemps, il semble bien qu’elles se soient donné le mot en volant d’un coup d’ailes vif en cet automne consacré avec ce joli chardonnay de soif. C’est bien sec, léger, hautement fruité avec des notes de brugnon et de vanille qui ouvrent le palais en lui élargissant les horizons. (5) ★★ 1/2

Riesling 2020 Nik Weis, St. Urbans-Hof, Mosel, Allemagne (22,40 $ – 10687601). Vertigineuse Mosel ! Peu d’alcool, des sucres résiduels, mais surtout une acidité percutante qui élève le fruité bien au-dessus des cumulus et autres cirrostratus de ce monde, tel est le profil de ce brillant riesling qu’il faudra impérativement mettre en carafe pour dissiper la légère pointe de soufre présente à l’ouverture. Un blanc jubilatoire idéal à l’apéro en écoutant du Wagner à plein volume ! (5) ★★ 1/2 ©

Château Mondésir-Gazin 2019, Blaye Côtes de Bordeaux, Bordeaux, France (23 $ – 14782111). Marc Pasquet livre ici un blanc sec bio tout ce qu’il y a de frémissant sous ses fruités précis, toniques et transparents, le tout porté par une bouche fine particulièrement digeste. Un blanc d’apéro qui fera des heureux ! (5) ★★★

Pinot Noir 2017, Salwey, Baden, Allemagne (23,95 $ – 14764706). Derrière la légère pointe d’anhydride sulfureux et la légèreté de la robe se détache un pinot noir fin aux notes de fraises des champs et d’épices, variation légère, souple et vivante d’un fruité mûr, cadré avec maîtrise. Longueur moyenne. Passez-le en carafe une bonne heure avant de le servir rafraîchi. ★★ 1/2

Grüner Veltliner « Am Berg » 2020, Weingut Bernhard Ott, Autriche (24,95 $ – 12646520). Les nombreuses cuvées de la maison Ott sont toutes recommandables. Celle-ci résume en format réduit la maîtrise du fruité, mais aussi la dynamique qui le porte, bien au-delà du caractère variétal du cépage. C’est bien sec, léger, mordant d’intensité, expressivement minéral et salin sur la finale. Un étalon de mesure bio, oui, mais surtout une bouteille à siffler gaiement sur un Wiener Schnitzel et son quartier de citron. (5) ★★★

Domaine Augustin 2019, Collioure, France (28,95 $ – 14364585). On glisse ici sur un fruité de pruneau mûr subtilement titillé par une roche mère minérale qui tente d’en cadrer l’expression gourmande. Un vin de parfums capiteux pour péchés capitaux, à la sève riche, fine et fondue, éclatante sous ses soleils méridionaux. Lapin aux pruneaux ? (5+) ★★★ 1/2 ©

Au Bon Climat 2020, Pinot Gris & Pinot Blanc, Santa Barbara County, États-Unis (29,50 $ – 12510690). C’est d’abord une fine note lactique, presque beurrée, qui ouvre les arômes complétés ici par la pêche au sirop et la pomme Golden. Ajoutez une texture soyeuse, une acidité en retrait, une trame il me semble chatouillée par un boisé discret, et vous avez là l’idée que se fait Jim Clendenen de ces pinots assemblés pour le meilleur, certainement pas pour le pire. C’est élégant, pourvu d’une longueur appréciable. (5) ★★★ 1/2 ©

Esprit Nature 2020, Le Clos du Caillou, Côtes-du-Rhône, France (34,50 $ – 14726831). Le prix apparaîtra excessif et, pour dire les choses de façon pratique, il l’est. Sur le plan lyrique toutefois, les grenaches et syrahs qui composent cette cuvée se dévoilent ici avec une telle impudeur fruitée qu’il devient très, très, très difficile de s’arracher à son verre tant il vous rive les sens sans vous demander votre avis. Un rouge nature net et intègre, intense et bien vivant, à vous désaxer les maxillaires tant c’est croquant. (5) ★★★ ©

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans

(5+) se conserve plus de cinq ans

(10+) se conserve dix ans ou plus

© devrait séjourner en carafe

★ appréciation en cinq étoiles



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