Moussons!

La bulle chez Ferrari dans le Trento
Photo: Jean Aubry La bulle chez Ferrari dans le Trento

À l’image des rosés, qui devraient techniquement rendre l’âme le 1er septembre prochain pour être réactualisés le 1er mai 2022, il serait pour le moins bizarroïde de cantonner les mousseux, quels qu’ils soient, à la période entre Noël et le 1er janvier. Quelques propositions.

Vous avez le goût d’un blanc de blancs portant à bout de bulles de beaux fruits bien dodus ? Ce Ferrari Brut (25,10 $ – 10496898) du Trentin compte parmi les meilleures bulles italiennes. Une affaire démarrée par Julio Ferrari au début du siècle dernier et qui devient rapidement une affaire de famille lorsque Bruno Lunelli en reprend les rênes en 1952.

Depuis, ses fils Franco, Gino et Mauro, l’œnologue, s’approvisionnent en chardonnays et en pinots noirs de premier ordre cueillis à des altitudes différentes sur les meilleures parcelles, avec un souci du détail très pointu à la cave. Plusieurs millions de cols mais, surtout, une bulle éclatante, enrichie par un lent séjour sur lies, au goût de ferments, de pomme et d’épices. (5) ★★★

La grande famille des crémants français passe bien entendu par l’Alsace, où ce Crémant Brut de Gustave Lorentz (25,70 $ – 14716641) inscrit de beaux pinots noirs à une ribambelle de bulles qui ne cessent d’alimenter un fruité fortement orienté sur la fraise fraîche. Un crémant généreux tout en étant léger et parfaitement maîtrisé qui trouve à Bergheim, lors du petit-déjeuner sur le jambon persillé, matière à démarrer la journée. Ils sont fous, ces Alsaciens ! (5) ★★★

Avec le Turbullent (26,80 $ – 14718161) du Domaine Sérol issu de beaux gamays bien nés sur les contreforts est du Massif central, le « pet nat » emprisonne le fruit pour n’en retenir que l’essence qu’il vous cède une bulle à la fois. Il s’agit en fait d’une mousseline, typique ici d’une méthode ancestrale privilégiant peu d’alcool avec sucres résiduels en contrepartie. C’est simplement affriolant de textures et d’envolées suaves, fines et dynamiques, aérien en tous points. Il en reste trop peu, hélas. (5) ★★★1/2

Champagne Lanson Green Label Biologique Brut, France (91 $ – 14758779). La Champagne se referait-elle une vertu en matière de vins bios avec un soupçon d’opportunisme ? Plusieurs grandes marques, dont Roederer, s’y penchent avec intérêt, revitalisant des sols réputés cliniquement morts depuis belle lurette. Cette proposition où dominent les pinots (à 80 %) arrive à point, avec ses 48 mois sur lattes et un faible dosage parfaitement intégré. La bulle est énergique, un rien malique, sur un ensemble sapide hautement rafraîchissant. Un apéro de choix. (5+) ★★★1/2

Vintage 2012 chez Bollingeret Veuve Clicquot

Le millésime 2012 fut compliqué en Champagne, selon ce que nous apprend la maison Bollinger, dont la prestigieuse cuvée La Grande Année (229,50 $ – 14683092) arrive tout juste sur nos tablettes. « Le millésime 2012 se distingue par un long cycle végétatif et une pluviométrie importante. De fortes gelées sévissent malheureusement au cours du mois d’avril. Les jours de pluie s’enchaînent ensuite jusqu’à la fin du mois de juillet… » Vous pourriez penser, à lire cette note, que l’embellie, du moins sur le plan de la dégustation, ne sera que de courte durée. C’est mal connaître la Champagne, mais surtout ces femmes et ces hommes passés maîtres dans l’art subtil de l’assemblage. Cette maison familiale n’échappe pas à la règle. Une majorité de pinots noirs (65 %) complétés par des chardonnays issus d’une vingtaine de crus, tous vinifiés séparément en barriques, tracent ici, dans ce millésime 2012, un profil à la fois plein et tonique, habillé d’un fruité de pomme reine-claude fondu à même la trame d’un boisé finement grillé. Un séjour de sept ans sur lattes (dégorgé en mars 2020) fait le reste, approfondissant un ensemble qui laisse présager un long séjour ultérieur en cave. Ce 2012 ne fait pas d’esbroufe, mais se concentre sur cette signature maison qui privilégie une sève nourrie, fine, fort bien maîtrisée, fouillant longuement en profondeur. (10+) ★★★★ 1/2

Avec Veuve Clicquot La Grande Dame (249,50 $ – 354779 – à venir – ★★★★ 1/2), le chef de cave Didier Mariotti offre à ses pinots noirs (90 %) du nord de la montagne de Reims un mur d’escalade qui donne aux convives l’occasion de se hisser vers des sommets tout en suscitant des vertiges qui poussent à grimper plus encore. Quitte à s’envoler, tant le tout est délicat, aérien, ajouré de dentelles fines. Si le Vintage Brut (106,75 $ – 508614 – (5+) ★★★ 1/2) de la même année joue de textures et de plénitude avec son apport de chardonnay (ici à 35 %) en jouant la carte gastronomique à table, cette Grande Dame intéressera l’amateur de mousse fine, friande mais bien droite, verticale et hautement minérale, sans toutefois perdre sur le plan du charme fruité, ici ascensionnel et précis. Bref, un grand champagne, à la fois dynamique, profond et de haute volée. 

À grapiller pendant qu’il en reste !

Les Fiefs d’Aupenac 2019, Saint-Chinian, Languedoc-Roussillon, France (19,40 $ – 10559174). La roussanne explose sous ses nuances citronnées avant de rapidement passer le relais au grenache blanc qui enrobe le tout par une sève plus riche, ronde et texturée. Un blanc sec de caractère ouvert sur une salinité qui invite à passer à table, sur une belle aubergine farcie. (5) ★★★

M Rosé 2020, Minuty, Côtes de Provence, France (25,95 $ – 13680762). La Provence demeure encore et toujours la maîtresse incontestée du vin rosé. À seulement regarder la bouteille de ce Minuty, on saisit rapidement la simplicité des formes et l’aspect diaphane de la nuance dont se nourrissent ensuite arômes et saveurs dans un ballet floral et fruité des plus aériens. Une superbe bouteille qui précédera, dans son essence, la dégustation du Rock Angel 2019 du Château D’Esclans cité un peu plus bas. (5) ★★★ 1/2

Gigondas « Jugunda » 2017, La Ferme du Mont, Rhône, France (33,25 $ – 13280777). Les grenaches noirs prennent rapidement le plancher en imposant ici un fruité considérable et en laissant aux 20 % de syrah le soin de créer la texture d’ambiance. Le pruneau mûr farci de chocolat noir et piqué d’une tranche de bacon ? Voilà un accord qui en évoque à la fois l’harmonie sur le plan du mariage et le goût suggéré. Fera un malheur à table cet automne sur le petit gibier. (5+) ★★★ 1/2 ©

Chante Coucou 2017, Élian da Ros, Côtes du Marmandais, France (36,25 $ – 12723142). Le maître de Cocumont livre une fois de plus un rouge qui intrigue par ses arômes de jardin et cette belle montée en selle de tanins expressifs, mûrs et bien frais, ajusté à merveille à l’équilibre d’ensemble. À la fois du sérieux et de la rigolade entre amis pour la vie. (5+) ★★★ 1/2 ©

Rock Angel 2019, Château D’Esclans, Côtes de Provence, France (45 $ – 12806731). Les rosés chez Sacha Lichine invitent au dépassement. Le vin rosé y est traité comme si sa réputation en dépendait, en ce sens qu’il doit être aussi bon (sinon meilleur) qu’un blanc, qu’un orange ou qu’un rouge. Le pari est tenu avec brio pour cette cuvée où le grenache noir (60 %) est ennobli par le rolle, lui assurant à la fois éclat, texture et, surtout, surtout, une irrésistible finesse. Un rosé d’aubes claires dissipant des coloris pastel pour le moins émouvants. La longueur en bouche mérite ici d’être soulignée. Du grand rosé, oui. Superbe. (5+) ★★★★ ©

Savigny-les-Beaune 2016, François Gay & Fils, Bourgogne, France (46 $ – 12582773). La bouteille dégustée commençait tout juste à déployer un potentiel qui culminera à sa pleine expression en 2023. Les arômes transitent doucement vers un registre plus accompli où fleurs fanées, épices et santal se lovent le plus naturellement du monde, déclinant ensuite une bouche bien en chair et pourvue de tanins frais, gommés et passablement substantiels, sans toutefois donner une impression de lourdeur. La longue finale invite un plat simple qui laisse place aux champignons de saison. (5+) ★★★ 1/2 ©

Mâcon-Pierreclos « En Crazy » 2018, Guffens-Heynen, Bourgogne, France (53,75 $ – 13875738). Haute voltige ici ! Non pas que le chardonnay en impose par sa sève, sa puissance et son embonpoint à la limite du décrochage, mais parce qu’il procède par petites touches fines, délicates même, comme s’il affichait décence, courtoisie, précision et retenue. Robe d’un bel or pâle clair et arômes forts discrets où défilent tout de même des nuances de pêche vanillée et de citron confit sur fond de noisette au beurre. Puis cette bouche, invitante de fraîcheur, mais surtout de texture satinée, avec, en sortie de bouche, un fruité qui culmine et règne, glorieux, tel un roi qui entre dans une pièce et impose respectueusement le silence. Bref, nous sommes à des années-lumière.

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles


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