À qui profite la loterie de la SAQ?

Le visuel anniversaire de la SAQ, qui souffle 100 bougies cette année.
Photo: SAQ Le visuel anniversaire de la SAQ, qui souffle 100 bougies cette année.

Née en 1921 de la volonté des Québécois de mettre fin à une prohibition partielle en plaçant sous la responsabilité de l’État l’importation, la distribution et la vente de vins et de spiritueux, la Société des alcools du Québec (SAQ) souffle 100 bougies cette année.

Ces dix décennies se sont moulées aux tendances et aux offres internationales tout en permettant à la société en monopole de se doter d’une gestion commerciale adaptée pour mieux satisfaire — mais surtout enrichir — par la découverte le palais souvent tatillon des gens d’ici.

Cela avec, et c’est un point de vue bien personnel, une moyenne au bâton sur le plan des bons coups qui surpasse les moins bons.

Il arrive toutefois que le système génère des frustrations parmi les consommateurs. Normal, tout est perfectible. Les plus récentes doléances concernent l’opération « Les Grands Connaisseurs » — anciennement « Courrier vinicole » —, qui permet de mettre la main sur des produits rares et prestigieux proposés en quantités limitées. Des lecteurs nous instruisaient récemment du fait qu’ils reçoivent en quantités infinitésimales, sinon pas du tout, les produits commandés par l’entremise de ce programme, qu’ils passent par un bon de commande ou directement par le site SAQ.com.

Transparence

Alain Cuerrier est de ceux qui ont contacté Le Devoir à propos de cette opération, qu’il juge inéquitable. « J’achète régulièrement des vins dont les prix oscillent entre 20 $ et 160 $. La SAQ étant une société d’État, j’estime qu’elle n’a pas à privilégier certains acheteurs.

Libre au consommateur de choisir ou non de recevoir cette liste, et d’y participer. » À ses yeux, la SAQ manque de transparence dans ce dossier.

Parler de « produits rares et prestigieux disponibles en quantités limitées » exige de la SAQ une transparence quant à la redistribution juste et équitable des produits à ceux qui veulent s’en procurer. Sous peine de nourrir la méfiance chez ceux qui en sont exclus, croit le conférencier et conseiller Nick Hamilton. « Il est évident pour moi que la SAQ favorise certains clients, avance le spécialiste des Conseillers du vin. Les vins plus recherchés (et pas obligatoirement très chers) ne sont pas offerts au grand public, dont je fais partie. »

Pouvoir de négociation

Interrogée à propos de cette fameuse liste si convoitée, Linda Bouchard, responsable des relations de presse à la SAQ, précise que « tous les produits offerts aux Grands Connaisseurs sont aussi offerts dans SAQ.com.

Les grands amateurs, s’ils sont inscrits au programme Inspire, reçoivent également des informations sur les nouveaux arrivages ou les événements qui correspondent à leur profil de goût ».

Mme Bouchard ajoute « qu’il est tout aussi important de combler les attentes de ces clients que les attentes de tout autre profil de clients SAQ, d’autant que ceux-là n’hésiteraient pas à se tourner vers d’autres marchés (New York ou la LCBO par exemple) pour satisfaire leurs envies ».

S’ils s’y résignaient, ça pourrait réduire le pouvoir de négociation de la SAQ « auprès des producteurs et diminuerait les allocations disponibles pour l’ensemble des acheteurs du Québec ».

Ainsi, poursuit-elle, « en saisissant bien le profil d’achats de ces clients et leurs besoins, et en les ajoutant à ce que nous souhaitons offrir à l’ensemble de la clientèle, nous pouvons négocier avec plus de poids auprès des fournisseurs et sécuriser nos allocations, ce qui est bénéfique pour l’ensemble des consommateurs ».

Si des quantités de produits rares et obtenus par allocation sont parfois prévues pour la cave de garde de la SAQ, pour la restauration et pour répondre en partie à ce segment de la clientèle, « en tout temps, c’est autour de 80 % des quantités disponibles qui sont offertes à l’ensemble de la clientèle », calcule Mme Bouchard.

Restent ces 20 % qui chicotent certains de nos lecteurs. Linda Bouchard nous assure que ces derniers ne sont pas en reste. Par la suite, tous les produits sont effectivement « proposés à l’ensemble de la clientèle, dans SAQ.com, via la loterie ».

Le système de loterie… Nous y voilà. Ce système permet-il d’assurer au moins une bouteille d’un même produit à l’amateur qui le désire ? Le Devoir a posé la question à Vincent Fournier, éditeur du Sommelier virtuel, Le guide du vin en ligne.

« J’ose croire que le système de loterie est garanti et contrôlé par un système de vérification équitable envers tous les clients de la SAQ. Cependant, lorsqu’on consulte le site Internet de la SAQ, il n’y a aucune information concernant un quelconque système de vérification ou de contrôle et de probité des tirages. » Sur ce point encore, Mme Bouchard rétorque que l’ensemble du processus est détaillé en ligne « en toute transparence ».

C’est cependant assez nouveau. Le site a en effet été récemment optimisé pour « un « processus d’achat simplifié, accessible à tous dans SAQ.com. Nous venons tout juste de lancer un nouveau module de gestion de la rareté pour l’attribution des produits prisés. Sous forme de loterie, ce processus permet de démocratiser l’accès aux produits convoités et disponibles en quantités limitées ».

 

À grappiller pendant qu’il en reste !

Anthilia 2019, Donnafugata, Sicile, Italie (17,85 $ — 10542137). Ce blanc ruisselle et file avec simplicité, tonus, légèreté et franchise, alliant les notes citronnées et anisées sur une finale où point l’amertume. À servir bien frais sur un bar au fenouil, des crevettes de Matane et autres bigorneaux salins et savoureux. (5) ★★ 1 / 2

Quinta da Falorca 2016, Dão, Portugal (20,45 $ — 11895381). Comme il en va souvent avec les rouges portugais, le plaisir qui s’en dégage est inversement proportionnel à la monotonie des saveurs suggérées. Touriga nacional, mais aussi rufete, jaen et autres, pour ne nommer que ces cépages autochtones, participent à élargir la palette aromatique et gustative avec corps et vigueur tout en étoffant l’ensemble par ses tanins mûrs et abondants. Impeccable sur les côtes de porc effilochées fumées. (5) ★★★ ©

Caldas Reserva 2018, Domingos Alves de Sousa, Portugal (22,45 $ — 11895330). On sent déjà au premier coup de nez, et lors de la mise en bouche, cette espèce de fraîcheur dégagée par les schistes du terroir local. Un « froid » qui cadre et encadre un fruité précis et expressif, au goût poivré de cerise noire doublé d’une pointe fumée. Le tout est évidemment vinifié de main de maître par le sympathique pour ne pas dire incontournable Alves de Sousa, qui demeure l’un des dignes ambassadeurs du Douro en matière de vins secs. (5) ★★★ ©

Les Bornés 2019, Henry Pellé, Menetou-Salon, Loire, France (24,75 $ — 10523366). Ce 2019 me semble atteindre ici des sommets de maturité. Le fruité y est large, profond, substantiel et d’un moelleux de bouche inhabituel, suggérant une idée de sucrosité sans en avoir la douceur. Heureusement que les calcaires le maintiennent en haleine, avec ce caractère salivant qui ajoute à la sapidité d’ensemble. Bref, à moins de 25 $, voilà un sauvignon fort réjouissant, tout ce qu’il y a de festif. (5) ★★★ ©

Maestro 2017, De Morgenzon, Afrique du Sud (26,95 $ — 13628817). Ce blanc sec d’une confection impeccable est une fois de plus à la hauteur des aspirations de l’amateur de vin exigeant. Et j’en suis ! Pensez Roussillon, mais en plus large, avec ce profil détaillé des roussannes, grenaches blancs et autres viogniers, mais sans toutefois cette « insistance » minérale des vins du sud français. Mais le charme opère avec une bouche ronde et suave, où brille la poire bien mûre. Vaut amplement le détour, surtout sur les ris de veau ! (5) ★★★

Crozes-Hermitage « Les Pierrelles » 2018, Domaine Belle, Rhône (28,65 $ — 863795). La syrah enfile ici son manteau de velours, dont les fibres bien serrées donnent l’illusion d’une trame matelassée des plus confortables. Il y a de la mâche, du corps, de la fraîcheur et une portée de bouche assurée dont les tanins bien intégrés commencent tout doucement à se fondre. Un bio appétissant d’une maison toujours fort recommandable. (5) ★★★ ©

Bourgogne « Les Sétilles » 2018, Olivier Leflaive, Bourgogne, France (29,50 $ — 13971501). Ce chardonnay bien sec est sous tension. Le voltage vous tient ici bien rivé, tel un otage devenu consentant sous cette espèce de charme dont on ne peut toutefois pas saisir le mécanisme. La robe est pâle mais brillante, alors que les arômes épurés, presque austères, reposent sur la pêche de vigne, la pomme, le citron et la mie de pain frais. Quant à la bouche, c’est vivace avec, en milieu de parcours, une contraction doublée d’une énergie qui dynamise. Grande pureté d’ensemble. Tout le style Leflaive, surtout un top bourgogne blanc à ne pas laisser filer. (5) ★★★ ©

Barolo « Vinum Vita Est » 2015, Terre del Barolo, Piémont, Italie (29,95 $ — 14027061). Du barolo à 30 $ le flacon ? Il semble bien que ce soit possible. Mais recadrons déjà la proposition : il s’agit bien de nebbiolo, mais il semble sans port d’attache, comme s’il lui suffisait d’avoir vu le jour dans la célèbre appellation pour être adoubé. Convenons, pour sa défense, que le fruité vise juste, que la structure tannique est manifeste et que l’équilibre est respecté. Pas une longue portée de bouche, mais tout ce qu’il y a de convenable tout de même. (5) ★★★ ©

Shiraz 2017, Black Sage Vineyard, Vallée de l’Okanagan, Canada (29,95 $ — 14503493). Ce rouge est conçu pour plaire à un large public. Il en a la couleur, les arômes et le goût, avec ce qu’il faut de puissance, de générosité mais aussi de douceur et de souplesse immédiate. Ajoutez-y un boisé un chouïa racoleur avec ses notes de noix de coco, et vous avez la recette parfaite pour accompagner en toute simplicité les côtes de porc fumées. À mon sens, un solide rouge qui plairait plus encore à la moitié du prix. Mais ça, ce n’est pas de mon ressort. (5) ★★ 1 / 2 ©

Chablis Vieilles Vignes Sélection Massale 2017, Domaine Servin, Bourgogne, France (34,75 $ — 14294126). Simplement… chablis. Car ici les vieilles vignes livrent une sève « sage » en ce sens qu’elles savent rendre l’expression multiple du terroir, assurant du coup une profondeur qui se vérifie déjà au premier coup de nez. La brillante robe citron confit annonce déjà la couleur, suggérant derrière des arômes discrets, délicatement miellés, où pêche mûre et épices ouvrent la voie à une texture grasse, peu acide, mais tout de même arborant une salinité qui allonge la fin de bouche avec panache. Un chardonnay apaisant qui invite à la rêverie pour ne pas dire, à l’oisiveté. (5) ★★★ ©

Cabernet Sauvignon 2015, Ramey Wine Cellars, Californie, États-Unis (89 $ — 11822755). Cet assemblage bordelais où le cabernet sauvignon se taille la part du lion est aussi touffu qu’envoûtant avec son fruité bien mûr, admirablement fondu à la puissante trame tannique. Beaucoup de vin ici donc qui, à défaut peut-être de réelle profondeur, offre une bouche nourrie, bien étoffée, développant une pointe végétale poivrée sur la longue finale. Cher cependant. (5 +) ★★★ ©



Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles


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