Des étiquettes qui parlent!

Les étiquettes, volontairement racoleuses, s’adressent avant tout à une clientèle jeune et décomplexée qui s’offre un passeport pour l’aventure, parfois au détriment de la qualité réelle du vin.
Photo: Jean Aubry Les étiquettes, volontairement racoleuses, s’adressent avant tout à une clientèle jeune et décomplexée qui s’offre un passeport pour l’aventure, parfois au détriment de la qualité réelle du vin.

Le stimulus visuel couvre en moyenne une zone qui correspondrait entre 15 et 17 % de la surface du cortex de notre cerveau, selon l’homme de science. Et moi qui pensais encore que le « pif » l’emportait haut la main ! L’espace alloué à ce dernier ne s’appliquerait qu’à un minuscule 1 % de la surface sensibilisée. En d’autres mots, le visuel l’emporte largement sur l’olfactif. Imaginez alors l’effet dont bénéficient toutes ces étiquettes qui vous regardent lors de vos pérégrinations en succursales, ne serait-ce qu’en ce qui concerne votre acte d’achat. Désolé de vous le dire, mais vous êtes déjà piégé par ce qui vous tient lieu de cerveau.

Nous pourrions ajouter, à la désormais célèbre citation « Le message, c’est le média » de Marshall McLuhan, que l’étiquette apposée sur une bouteille colore déjà, du moins sur le plan de l’imaginaire, le vin qui s’y trouve. Il n’en fallait pas plus pour qu’une dégustation à l’aveugle — sans notions de prix, d’origine, de cépage, de thème, etc. — vienne placer cette semaine dans l’embarras votre serviteur lors d’une présentation animée de 10 vins rouges sur le « réseau social ».

Le but : dégager un prix, une origine, mais surtout un thème d’ensemble. Trois constats en sont ressortis : une notation plus sévère qu’à l’accoutumée ; un taux de réussite de 60 % en ce qui concerne les origines/cépages et les prix ; la reconnaissance du thème en question, après que 50 % des vins eurent dévoilé leurs étiquettes. Conclusion : un dénominateur commun pour des vins simples, souvent attractifs, mais, surtout, des étiquettes volontairement racoleuses s’adressant avant tout à une clientèle jeune et décomplexée qui s’offre un passeport pour l’aventure, parfois au détriment de la qualité réelle du vin. Bref, faut pas boire tout ce qu’on voit !

Pinot Noir 2018, Cooper Station, Californie (20 $ – 13566281).Racoleur, oui, avec des sucres résiduels importants (7 g). Un vin arborant souplesse et texture sur un fond fruité simple. (5) ★★

Troublemaker 2018, Austin Hope, Californie (25 $ – 11509582).  Visiblement destiné à l’effiloché de porc fumé en raison de sa douceur (11 g de sucre), de son moelleux, encore une fois racoleur, mais le tout fonctionne. Question de goût. Meilleur à 18 $ cependant. (5) ★★1/2 ©

La Cuvée du Chat 2019, Jean-Claude Chanudet, Vin de France (25,45 $ – 13184224). Une notation plus sévère qu’à l’accoutumée, certes, mais aussi un vin « nature » qui déçoit. C’est net, oui, mais le vin file en queue de poisson, sans substance. Le trop « glouglou » a ici ses limites ! Je l’ai évalué à la moitié du prix… C’est dire. (5) ★★

Milhistorias 2019, Altolandon, Manchuela 2019, Espagne (16,30 $ – 13794111). Un grenache noir bio pourvu d’une mâche franche et digeste, à un prix juste. Top ! (5) ★★ 1/2

La Cuisine de ma Mère 2019, Nicolas Grosbois, Chinon, Loire (19,85 $ – 12782441). Pile poil chinon ! Étoffe, fraîcheur, fruité mûr et expression : un bio bien cuisiné. Encore ! (5) ★★★

La Maldita 2019, Rioja, Espagne (14,60 $ – 13807516). Un grenache noir plein et entier, fougueux mais souple, à un prix juste. (5) ★★ ©

Casarojo MMM 2019, Monastrell, Espagne (21,80 $ – 12748180). C’est musclé et c’est voulu comme tel, mais ça ne mord pas. Je pensais avoir affaire à du carignan, pour la rusticité, et je visais 15 $ pour le prix… (5) ★★ ©

Federico 2019, Pandolfa Est. 1941, Sangiovese Superiore, Émilie-Romagne, Italie (18,10 $ – 14208857). N’y voyez pas Pinocchio, car ce beau sangiovese ne ment pas : le profil est discret, mais mûr, avec ce qu’il faut de corps et de caractère, à un bon prix. (5) ★★1/2 ©

London Calling 2018, Claymore Wines Clare Valley, Australie 2018 (19,90 $ – 13699631). Pas de clash ici ! Mais on s’amuse ferme. Un assemblage de cabernet sauvignon et de malbec (que j’ai confondu avec la shiraz) mûr et corsé, très frais, simple mais direct. À un prix juste. (5) ★★★ ©

Rêverie 2019, Zymé, Valpolicella, Vénétie, Italie (22,80 $ – 12328417). Pour le dire simplement, j’étais dans les patates (j’y voyais du nebbiolo), mais quelle finesse de texture, suggestive, à peine relevée d’une douce astringence. Un rouge exquis pour la fête des Mères, à un bon prix. (5) ★★★ ©

 

À grappiller pendant qu’il en reste!

Cepa por Cepa 2019, Nekeas, Navarre, Espagne (15,10 $ – 14199284). Cette belle cuvée 100 % grenache m’est passée sous le nez alors que j’ouvrais la bouche trop tardivement, avec pour résultat que j’ai placé une petite caisse de côté pour l’été. Le profil est net et entièrement consacré à porter le fruité à un niveau d’exquise palatabilité. C’est frais, fort souple, mais aussi consistant. Servir à 16 degrés Celsius sur vos brochettes pendant qu’il en reste ! (5) ★★ 1/2 ©

Sémillon 2018, Nieto Senetiner, Mendoza, Argentine (16,50 $ – 13653001). Quiche, poisson, salade de crabe des neiges et autres jolies babioles gourmandes pour célébrer la fête des Mères ? Ce sémillon bien sec et passablement vineux issu de vieilles vignes saura combler les attentes avec ses notes riches de pomme et de miel, sa texture séduisante, fraîche et enveloppante. Un petit bijou à ce prix ! (5) ★★★

Morelino di Scansano 2018, Morisfarms, Toscane, Italie (19,65 $ – 13466205). Cette belle maison assure dans la continuité. Pas nécessairement profond ni complexe, mais tout de même révélant avec rigueur cépages et terroirs pour une envolée fruitée et épicée riche et étoffée, d’excellente tenue. À moins de 20 $, l’affaire est belle sur votre lasagne ou votre spaghetti boulettes, surtout servi à peine rafraîchi. (5) ★★★ ©

Staforte 2018, Pra, Soave Classico, Vénétie, Italie (29,50 $ – 14101224). Ce garganega bien mûr a sans doute été nourri par ses lies fines qui ajoutent ici à la profondeur de ses textures. Un blanc sec, léger de ton, au goût net de pomme et de melon, séduisant, mais surtout fort élégant. Un soave qui fait honneur à son appellation. Délicieux sur une truite au beurre citron. (5) ★★★ 1/2 ©

Nebbiolo 2019, Borgogno, Piémont, Italie (29,85 $ – 13551426). Il y a ce petit quelque chose de vieillot et de suranné, voire de traditionnel, dans ce rouge qui n’exclut toutefois pas le fait qu’il porte à la rêverie tant il est évocateur. Le nez est délicatement parfumé, épicé et un rien végétal (tabac frais), alors que la trame tannique demeure fine, soutenue, fraîche, d’une longueur appréciable. Délicieux sur la côte de veau grillée. (5) ★★★ ©

Sancerre « Les Caillottes » 2019, Jean-Max Roger, Loire, France (31 $ – 12880957). Je suis sensible ici à cette espèce de frémissement, de bruissement, de froissement à la fois aromatique et tactile de ce sauvignon blanc. L’invitation est aussi sincère qu’aérienne, stimulante et fort porteuse, déclinant tout à la fois le fruité, le floral et le minéral avec précision, sève et longueur. Exquis. (5+) ★★★ 1/2 ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles


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