Coup d’oeil aux vins californiens

Les vins californiens, des plasmas bachiques aussi savoureux que toniques!
Photo: Jean Aubry Les vins californiens, des plasmas bachiques aussi savoureux que toniques!

Il existe une rumeur urbaine voulant que les vins étasuniens recèlent une part plus ou moins importante de sucres résiduels. Vrai pour les entrées de gamme qui, soit dit en passant, se classent encore et toujours parmi les vins les plus vendus chez nous (le Québécois a la dent sucrée), mais nettement moins vrai pour le reste. Plus on monte en gamme (et en prix) cependant et plus il se dégage une notion terroir d’origine et de lieux parmi les régions, sous-régions, climats et parcelles du vignoble californien cerné à l’ouest par le Pacifique.

Un webinaire récemment présenté par la spécialiste Elaine Chukan Brown pour l’Institut des vins de Californie y confirmait largement ce qui définit à mon sens la « qualité », à savoir cette croisée des chemins entre observation terrain, méthodes déployées, réalités pratiques, transparence et intégrité dans la livraison, le tout saupoudré d’un poil d’intuition et beaucoup de savoir-faire. Altitudes, mais surtout couloirs de ventilation des courants froids du Pacifique nuancent à l’extrême la production locale. Quelques mots sur les échantillons fournis (dont certains vendus à la SAQ), ensachés pour l’occasion comme autant de plasmas bachiques aussi savoureux que toniques. Coup d’œil donc, du nord (Mendocino) jusqu’à l’extrême sud (Santa Barbara).

Fumé blanc Réserve 2015, Robert Mondavi Winery, Oakville, Napa Valley (79,95 $ – LCBO). Des sauvignons issus du « T Block » du non moins réputé vignoble To Kalon. Poivre blanc, citron, vanille et basilic frais sur une bouche énergique, fine, relevé d’une glorieuse amertume en finale. (5+) © ★★★ 1/2

Albarino 2018, Oak Farm Vineyards, Lodi (n.d.). Je croyais cette région située à l’est de Napa des plus torrides, mais c’est sans compter sur ce couloir fraîcheur en provenance de la baie de San Pablo. Fruité jubilatoire net et précis sur une bouche tendue, salivante à souhait. (5) ★★★

Chardonnay 2018, Trefethen, Oak Knoll District of Napa Valley (49,25 $ – 14461588). Consacré meilleur chardonnay au monde en 1976, il n’en demeure pas moins captivant aujourd’hui. C’est fin, tendu, détaillé et bien vivant en raison d’une malolactique partielle. Finale longue, délicatement abricotée et boisée. (5+) © ★★★★

Chardonnay 2017, Edna Valley Vineyard, Central Coast (n.d.). Au cœur de la Central Coast avec influences maritimes, un blanc sec rond, riche, simple et crémeux de textures. (5) ★★★

Pinot noir 2017, J Vineyard, Russian River Valley (32,75 $ – n.d.). Assurément, un bon verre de pinot noir offrant couleur, ampleur et généreux fruité (prune-cerise) sur fond de tanins mûrs, réglissés. N’y manque qu’un peu plus de longueur. (5) ★★★

Valdiguié 2018, J Lhor Vineyard Monterey County (20 $ – 13486863). Cépage populaire pendant la prohibition et confondu à tort avec le gamay, le valdiguié décline ici une robe vermillon, des nuances fruitées mais surtout balsamiques sur une trame légère, simple mais fort vibrante. (5) ★★ 1/2

Syrah 2016, Tous Ensemble, Copain Wines, Mendocino County (n.d.). Cette syrah septentrionale aux sous-sols bien drainés d’influences maritimes trace un profil net et épuré, au fruité profond de tapenade et de noyau, le tout cadré d’une admirable fraîcheur. (5+) ★★★ 1/2

Cabernet sauvignon 2015, Silver Oak Cellars, Napa Valley (202,25 $ – n.d.). Grand vin ici, mais surtout une consécration dans l’élevage (24 mois) en raison de chênes blancs étasuniens de la plus haute qualité et de leur intégration parfaite. L’ensemble est racé et profond, soutenu par des tanins mûrs abondants aussi fins que frais, le tout évoluant avec style et beaucoup de panache sur une longue finale épicée (zeste orage, girofle). Un assemblage à la bordelaise réussi, mesuré sans être dominateur. (10+) © ★★★★

Cabernet sauvignon 2014, Astral, Star Lane Vineyard, Happy Canyon of Santa Barbara (n.d.). À l’extrême pointe sud de la Californie, bordée à l’ouest comme au sud par l’océan, là où un vortex généré par un courant froid insuffle fraîcheur sur le Happy Canyon, ce superbe « cab » (93 %) franc de pied (préphylloxérique) offre un fruité net et bien focalisé, sur fond de cassis, de graphite et de menthe fraîche. Étonnant ! (5+) ★★★ 1/2

 

D’autres vins californiens, disponibles ceux-là

Pinot noir 2019, Underwood, Union Wine Co., Oregon, États-Unis (20,90 $ – 13946102). Ici, on démocratise l’accès au pinot noir sans pour autant nous refiler une quelconque flotte au jus de cerise. Jolie robe et fruité net qui ne manque pas d’éclat ; bouche fluide mais aussi accrocheuse, fraîche, un rien épicée. Bel équilibre d’ensemble. Servir frais. (5) © ★★1/2

Stags’Leap Chardonnay 2019, Napa Valley, Californie, États-Unis (36,60 $ – 747444). Est-il question ici de plaisir coupable ? Ma compagne le voit ainsi. Je ne suis pas loin derrière. Car, avouons-le, le fruité exotique où l’ananas mûr, le citron et la poire pochée se lovent avec gourmandise autour d’un axe boisé-boisé-vanillé, fonctionne. L’équilibre est maintenu et la finale persiste avec fraîcheur. (5) © ★★★

Pinot noir 2018, Au Bon Climat, Santa Barbara County, Californie, États-Unis (39,50 $ – 11604192). Tout au sud de la Central Coast avec influences maritimes du Pacifique, dont le vortex glacial des eaux remonte sur la côte sud, faisant pénétrer de l’air plus frais à l’intérieur des terres et alternant ainsi journées chaudes et nuits fraîches. La gamme maison est de haut niveau, précise et affûtée, alliant substance, équilibre et finesse. Ce pinot noir en est un bel exemple. Robe légère, arômes insistants de fraise-cerise mûre, bouche tactile, légère mais soutenue, infusant un fruité aérien, délicat, bien cadré. Si près de Los Angeles et pourtant, rien de trop opulent ni de trop lourd. Une certaine grâce au contraire s’en dégage, bref, une invitation à poursuivre sans fatiguer le palais. (5+) © ★★★★

Chardonnay 2017, Château Montelena, Napa Valley, États-Unis (82,50 $ – 14463891). J’ai toujours apprécié le charme un rien suranné de ce domaine. Une maison plus que centenaire qui sculpte ses cuvées en fonction du potentiel fruité des terroirs en les ennoblissant par un élevage minutieux et inspiré. L’ampleur et la profondeur ajoutent ici à la persistance d’un fruité riche et vivant, aux nuances grillées-beurrées-vanillées, qui allonge avec discernement une finale délicatement amère. Pourquoi se satisfaire d’un grand Beaune blanc quand il y a Montelena ? Le cabernet sauvignon de la même maison — que je n’ai pu me payer en raison du prix exigé, soit 242 $ (14463903) — n’est pas non plus, à mon souvenir, piqué des hannetons. (10+) © ★★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles