​Billet vins: pépites catalanes

À vol d’oiseau, les vignobles Alta Allela Mirgin et Cellar de les Aus (Cave aux oiseaux en catalan) de la famille Pujol-Busquets Guillén sont à une petite dizaine de kilomètres de Barcelone, bordés par le parc naturel de la Serralada de Marina, avec vue sur mer s’il vous plaît
Photo: Alta Allela À vol d’oiseau, les vignobles Alta Allela Mirgin et Cellar de les Aus (Cave aux oiseaux en catalan) de la famille Pujol-Busquets Guillén sont à une petite dizaine de kilomètres de Barcelone, bordés par le parc naturel de la Serralada de Marina, avec vue sur mer s’il vous plaît

La pandémie a coupé les ailes de Barcelone, vidée de ses Catalans prompts à y distiller un sens de la fête que seule l’aube consent à voir mourir. Et encore. Les vins tranquilles comme les bulles en dénomination d’origine Cava et Allela ne sont pas de cet avis, car ils restent bien en vie, dans l’ombre des caves, à l’ouest et au nord-est de la célèbre capitale. Le Devoir s’invitait cette semaine, par visioconférence, dans deux maisons de la région, de belles pépites catalanes qui, elles, ne battent pas de l’aile. Signe des temps, ce sont essentiellement des femmes qui assurent ici les vinifications. On ne peut pas être contre la vertu ! Présentation.

Alta Allela Mirgin/Cellar de les Aus

À vol d’oiseau, les vignobles Alta Allela Mirgin et Cellar de les Aus (Cave aux oiseaux en catalan) de la famille Pujol-Busquets Guillén sont à une petite dizaine de kilomètres de Barcelone, bordés par le parc naturel de la Serralada de Marina, avec vue sur mer s’il vous plaît. La biodiversité y est bien évidemment au cœur d’une démarche qui, depuis 2001, pérennise une agriculture biologique sur une cinquantaine d’hectares, soit environ le cinquième de l’appellation Allela en superficie.

Les trois vins dégustés rivalisent de transparence et sont d’une précision chirurgicale en raison, entre autres choses, des sols granito-sableux et acides, faiblement calcaires (le Sauló local), mais aussi d’une vinification sensible, peu interventionniste. Fait à noter, les cavas maison ont été les premiers à être élaborés sans soufre. Peu de disponibilité cependant pour les blancs. Quelques mots.

PB 2019 (19,55 $ – 14223782). Ce 100 % pansa blanca (le xarel-lo local) a de la gueule, au nez comme en bouche. Une légère macération en amont lui assure une bouche fruitée soutenue et serrante, consistante et d’une belle pureté. Millésime exceptionnel. (5) ★★★

Mirgin Cava Reserva (21,80 $ – 13638484). Les meilleurs terroirs (peu nombreux) pour l’élaboration des cavas portent la certification Paraje Calificado. Ce brut sans liqueur d’expédition (pour préserver la spécificité du millésime) en porte le sceau. Pas d’agression carbonique ici, mais une bouche festive, fine, friande et saline, impeccable d’intégrité. Superbe ! (5) ★★★ 1/2

GX 2019, Catalunya (19,55 $ – 14223791). On évite cette espèce de « caramélisation » des flaveurs, car la fraîcheur des sols en compense le profil. Comme si les arômes du grenache noir dansaient au-dessus du verre, soutenant une bouche éclatante de vivacité, pourvue de tanins magnifiques de finesse. Un gant de cuir dans une main de velours. (5 +) ★★★ 1/2 ©

Parés Baltà

Ce sont les épouses de Joan et de Joseph Cusiné Carol qui cuisinent ici la vendange et qui accouchent des nombreux vins de ce domaine familial (1790) dont le premier cava était élaboré en 1934. Cinq domaines situés à une cinquantaine de kilomètres au sud de Barcelone et dotés de profils complexes sur le plan du terroir sont cultivés en biodynamie. Fait à noter, l’argile pour la confection d’amphores provient ici des vignobles maison. Les vins possèdent beaucoup d’éclat et de personnalité. Si on sent une rigueur méthodique dans la réalisation, ils demeurent aussi inspirés, très près des cépages et des terroirs.

Baltà Calcari 2019 (20,50 $ – 11377225). Une cuvée 100 % xarel-lo (historiquement, le grand cépage pour le cava), qui offre beaucoup de présence (fruits jaunes, citron confit) sur une bouche texturée, saline, finement amère sur la finale. (5) ★★★

Indigena Blanco 2019 (22,80 $ – 13565511). À 600 mètres, sur des sols argileux, ce grenache blanc possède un éclat inhabituel, comme s’il rayonnait par ses notes de crème pâtissière/citron, sa texture fine, stimulante, croquante et aérienne. Très sain, tout ça ! (5) ★★★

Indigena Tinto 2018 (22,80 $ – 13565502). Un beaujolais du Sud ? Ce grenache noir n’est pas sans l’évoquer, en raison de ses flaveurs souples et généreuses de pivoine et de poivre noir, de sa finale longue et serrante au goût d’atoca séché. Une merveille d’équilibre compte tenu du degré d’alcool. (5+) ★★★

Amphora Brisat 2019 (56,50 $ – 14544711). Une curiosité, non disponible. De vieux xarel-lo (85 ans) fermentés en amphores avec macérations pelliculaires (1 mois), sans intrants, au goût intègre de gingembre, de miel de sarrazin, de levure et d’orange. « Il faut que l’expérience du vin soit complète », disait Joan Cusiné. Elle l’est ici ! (5+) ★★★★  

À grappiller pendant qu’il en reste!

Riesling 2019, Cave Spring, Niagara, Ontario (15,95 $ – 14327039). Formidable à ce prix ! Surtout qu’ils demeurent encore trop rares, ces vins qui offrent du caractère, un sens de l’origine et une haute buvabilité. Du fruit, oui, net et soutenu, puis cette bouche tendue soutenant à merveille ce contraste sucre / acidité qui ne fait pas ici défaut. Bref, un régal sur la salade de crabe. (5) ★★ 1/2

La Joya Gran Reserva Cabernet Sauvignon 2018, Bisquertt, Chili (16,30 $ – 14357342). Sans doute le portrait-robot juste pour une étude sur les cépages présentée dans une école de sommellerie. La couleur riche, jeune et profonde typique du cabernet, avec ses notes de bourgeon de cassis, de poivron rouge à peine rôti, sa structure et la vivacité de ses tanins abondants et bien mûrs. Simple d’expression, il est vrai, mais on n’est pas ici non plus pour demander la Lune ! (5) ★★ 1/2 ©

Saumur Affinité 2918, Domaine de la Guilloterie 2019, Saumur, Loire, France (17,95 $ – 12259984). C’est vivant et primesautier, aussi décontracté qu’articulé, avec cet éclat de rire fruité à la clé qui vous incite à la prochaine rasade, par sa souplesse et sa vivacité. Il n’y manque bien sûr que quelques cochonnailles et autres charcuteries pour boucler la boucle du plaisir. Servir frais. (5) ★★ 1/2

Duché D’Uzès 2017, Mathilde Chapoutier, Rhône, France (19 $ – 13440785). De beaux viogniers s’imposent ici dans cette cuvée élaborée à partir d’achats de raisins, mais surtout un coup de coeur de Mathilde pour ces vins généreux de coeur, amples et vineux, au goût riche de poire, de miel et d’épices. Un blanc inspirant qui se fera un chemin à table, sur une truite en papillote avec sa tombée de poireau et de fenouil. (5) ★★★

Valpolicella Ripasso Classico Superiore « Bure Alto » 2017, Villa Girardi, Vénétie, Italie (21,95 $ – 12950417). C’est sur la piste de la confiture de cerise vanillée que s’est lancée la personne à qui je faisais déguster ce rouge souple et velouté, au charme ravageur. Si elle a aimé ? Tu parles, Charles ! Avec des tanins savoureux, sphériques, enrobés, presque chocolatés, comment en effet résister ? (5) ★★ 1/2

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles