Le Mâconnais des frères Bret

Jean-Guillaume et Jean-Philippe Bret
Photo: Jon Wyand Jean-Guillaume et Jean-Philippe Bret

Il faisait 20 degrés Celsius avec un soleil éclatant le 24 février dernier à Vinzelles, dans le Mâconnais méridional, plus particulièrement dans la parcelle Les Quarts, où nous recevait par visioconférence le très sympathique Jean-Philippe Bret. Cette même parcelle achetée par le grand-père Jules Bret en 1947, dont les chardonnays étaient alors vinifiés et commercialisés par la Cave coopérative de Vinzelles.

Elle compte aujourd’hui quatre hectares et est, à l’image des onze hectares que possèdent au total Jean-Philippe et son frère Jean-Guillaume dans le portfolio du Domaine La Soufrandière, élevée (physiquement et spirituellement) selon les principes de la biodynamie. Vingt degrés Celsius tout de même ! Comme scientifique, papy Jules n’aurait à coup sûr jamais endossé l’étiquette de climatosceptique, mais reconnaîtrait ici sans hésitation l’intégrité des vins produits, alors que ses petits-fils (dont Marc-Antoine, disparu prématurément en 2014) vinifient, élèvent et mettent le tout en bouteille depuis 2000, à la suite de leur retrait de la Cave Coopérative en 1998.

Où en est le « Bret-i-full duo » aujourd’hui ? Plus futé et, surtout, plus pertinent que jamais ! Après la création en 2001 du négoce artisan Bret Brothers, huit autres hectares en bio opérés à partir d’achats de raisins sur pied s’ajoutent à la gamme. « J’ai l’impression qu’il faut poursuivre en continuant à intégrer la dimension humaine — lire : non robotisée —, tout en évitant de s’enfermer dans nos petites habitudes ; bref, qu’il faut sortir du cadre », confiait « Jean-Phil » au Devoir.

À l’image de ses mentors Dominique Lafon et Jean-Marie Guffens (certainement pas des deux de pique !), l’homme avouera vouloir « planter le vignoble autrement, en mixant les cultures (incluant la forestation), et continuer à expérimenter avec des engrais verts (mixité des plantes pour fertiliser les sols, traitement au lait et au petit-lait pour remplacer le soufre, etc.) afin de mieux retrouver la vie microbienne dans les sols, tout en s’assurant d’une meilleure biodiversité ».

J’écrivais ici même, en juillet 2004, que « les agences promotionnelles et la SAQ devraient voir sérieusement (et rapidement) ce qui se passe du côté du Mâconnais », car ses talents n’ont pas de complexes. Justesse d’exécution et respect des cépages se partageant l’esprit des terroirs, le tout lié à de fortes personnalités d’auteurs. On y sent, de plus, une réelle fraternité vigneronne. Parmi la petite trentaine de cuvées produites (négoce artisan compris), dont quelques juteux gamays en Beaujolais-Leynes et Beaujolais (depuis 2013), voici trois perles issues des vignobles maison La Soufrandière dans l’excellent millésime 2018, malheureusement livrées en quantité lilliputienne.

Saint-Véran « La Combe Desroches » (47,25 $ – 13821828). L’orientation plein nord sur marnes blanches au pied de la roche de Vergisson offre déjà ici un contrepoids aux futurs changements climatiques. Une impression chablisienne de silex, mais plus affriolant encore, avec ses notes florales fines de pêche qui arrondissent une bouche svelte et très pure. De la tension dans le « moelleux », en somme. Brillant ! (5 +) ★★★ 1/2 ©

Pouilly-Fuissé « En Chatenay » (70,25 $ – 14482151). Au pied de la même roche, avec exposition est sur sols rouges du Jurassique, cette cuvée à la robe or-vert vivant est, à l’image de la cuvée Les Quarts, du niveau d’un premier cru. Petite réduction d’abord, puis grande précision, au nez comme en bouche ; agrumes et boisé délicat, avec cette espèce de salinité à la fois expansive et resserrée des flaveurs qui allongent la finale. C’est vivant et inspiré ! (10 +) ★★★★ ©

Pouilly-Vinzelles « Les Quarts », 2018 (77,25 $ – 14481183). Des vignes honorables (de 45 à 80 ans) avec vinification et élevage en pièces (228 l) sur 11 mois, avec ce fruité racé, opulent où le minéral, le citron, la pêche de vigne, la praline et une touche anisée assurent textures, densité et aussi tension. Et toujours cette finale ascensionnelle, saline et rafraîchissante. Nul doute que papy Jules et son fils Jean-Paul Bret seraient ici fiers des garçons ! (10 +) ★★★★ 1/2 ©

À grappiller pendant qu’il en reste!

Château Saint Martin de la Garrigue 2017, Languedoc, France (20,30 $ – 10268588). L’agent Michel Bergeron (Bergeron-le-Vins) me plaçait cette bouteille entre les mains il y a plus de deux décennies en me disant, sûr de lui : « Goûte-moi ça ! » Je déguste cette valeur sûre depuis avec un intérêt qui ne se dément pas. Parce que cet assemblage syrah-carignan-mourvèdre offre cette richesse des beaux Languedoc méridionaux, de même que cette texture sphérique et palpable liée à des tanins mûrs et bien enrobés. La syrah prend légèrement la tête du peloton aromatique en inscrivant des notes de tapenade, alors que carignan et mourvèdre encadrent par leurs nuances plus épicées (poivrées). Bref, il avait (et a encore, sans doute) du flair, ce monsieur Bergeron ! (5) ★★★ ©

Occhetti Langhe 2017, Nebbiolo, Prunotto, Piémont, Italie (29 $ – 13491241). À déguster un tel nebbiolo, il me vient à l’esprit ces pinots noirs rêveurs et parfumés, dépouillés de toute prétention, mais animés d’un souffle qui tient presque du chuchotement. Rose fanée et touche épicée s’ouvrent sur des saveurs fines, pourvues de tanins fondus, bien frais, admirablement maîtrisés. À déguster par petites lampées sans se presser, sur quelques tranches fines de rôti de boeuf froid. (5) ★★★ 1 / 2 ©

Schioppettino di Prepotto 2018, Vigna Lenuzza, Friuli Colli Orientali, Italie (29,95 $ – 14691113). Une occasion rare ici de déguster un schioppettino vieilles vignes avec, côté élaboration, une orientation la moins interventionniste possible. Le résultat est tout aussi édifiant qu’original. Et puis ce charme immédiat, telle une confiture de fraise chaude et texturée qui vous file entre les dents, précisant une bouche texturée, fraîche et encore une fois d’une brillante intégrité. Aussi racé qu’un beaujolais de cru, mais avec cette touche diablement séductrice que seuls les italiens sont habiles à soutenir. (5) ★★★ 1 / 2

Asphodèle 2018, Château Climens, Bordeaux, France (60,25 $ – 14623145). Quel blanc sec maîtrisé ! Quelle envolée, oui ! Il y a un moment que je n’avais dégusté un tel sémillon, profond de robe et ample de bouquet, suggérant la pêche, presque la mangue tant l’exotisme séduit, mais voilà, tout est recalibré avec ce petit quelque chose qui fait le grand bordeaux. Les textures fruitées se prolongent en bouche, ajoutant des notes de miel et de cire, de vanille discrète et de boisé qui l’est tout autant. Longue finale encore une fois maîtrisée. Si vous aimez le moelleux et la classe d’un Climens, vous prolongerez le plaisir avec toute la sensibilité d’une Bérénice Lurton, qui a sélectionné à même son vignoble des sémillons bien nés. (5) ★★★ 1 / 2 ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles