COVID-19 ou pas, Chablis survivra!

Photo: Philippe Desmazes Agence France-Presse

Si le Québec demeure la première destination des vins de Bourgogne au Canada, avec au moins 70 % des volumes exportés et consommés, il demeure que les conséquences de la COVID-19 (fermeture des restaurants et des bars à vin, suspension des expéditions par avion) ne compensent pas les pertes des AOC de Chablis sur les 12 mois à la fin mars 2019, avec une chute de 22,3 % en volume et une baisse de 18 % en valeur.

C’est ce que nous confirmait le président de la commission Chablis, Jean-François Bordet (Domaine Séguinet Bordet), lors de la toute dernière rencontre virtuelle de l’année. « La situation n’est pas facile sur place depuis 2016 [à l’exception du généreux millésime 2018]. Débourrement précoce, souvent un mois plus tôt, et son corollaire, soit des gels sévères, parfois très sévères qui n’épargnent pas le vignoble. Les hausses inédites de 40 degrés Celsius pour l’été 2019 avec 20 % en moins sur le plan des volumes donnent à penser que le réchauffement climatique se fait sentir. »

Il serait dommage qu’un réchauffement quelconque, ici à Chablis comme en Champagne, mette en péril la finesse des vins nés sous ces latitudes septentrionales. Cela dit, un chablis demeure un chablis. Le chardonnay le reconnaît d’ailleurs, bien au fait d’être lui-même complètement dépassé par la singularité du terroir. Sublimé, en quelque sorte. Quelques « char-blis » donc, à se mettre sous la dent.

Petit Chablis V.V. 2019, Vignoble Dampt (23,75 $ – 13657677). La famille élabore une trentaine de vins de bon niveau, dont ce coquin de petit chablis à l’œil vif et au sourire citron de fraîcheur. C’est net, droit, typé et, surtout, déjà preneur pour une huître fraîche. (5) ★★★

Petit Chablis 2019, Domaine de Pisse-Loup (25,15 $ – 13232599). C’est en janvier 1944 que le Petit Chablis voit le jour, mais le vin n’est pas « petit » pour autant ! L’identité de ce vin qui « sent » et qui « goûte » ses origines est manifeste, plus précisément à partir des calcaires durs du Portlandien, sur les plateaux comme en bas de pente, en sols plus argileux. Celui-ci offre tonus, rondeur et franchise dans un millésime particulièrement chaud. (5) ★★★

Chablis « La Sereine » 2017, La Chablisienne (23,65 $ – 565598).Un millésime pas facile, mais une bouteille qui s’en sort à la suite d’une sélection draconienne des meilleurs jus. C’est chablis dans son intégrité saline et citronnée, pourvu d’un fruité porteur qui se nuance déjà. Allonge moyenne, mais équilibre certain. L’affaire est belle. (5) © ★★★

Chablis 2019, Domaine Séguinet Bordet (24,50 $ – 926899). Jean-François Bordet, de la 13e génération (1590) de vigneron, peut être fier de cette cuvée effilée comme un Opinel fondant dans la chair tendre d’une pêche jaune mûre parfumée à l’essence de mandarine. Il y a ici du jus, « ventilé » par un travail des lies fines, qui ajoute à l’épaisseur sans pour autant céder sur le plan de la dynamique (5) © ★★★

Chablis 1er Cru Montmains 2018, William Fèvre (62 $ – 14148874). Le millésime 2018 en est un qui s’inscrit déjà comme étant un « classique ». Pour l’instant sur la réserve, ce Montmains situé tout au sud, sur la rive gauche du Serein, desserre doucement son étreinte minérale tout en préservant une bouche horizontale qui ne manque pourtant pas de sève et de sapidité. Mais il faudra l’attendre. D’ici là, crabe, homard et poisson à chair ferme le dérideront un peu. (5+) © ★★★1/2

Vaudésir Grand Cru 2017, Jadot (108 $ – 14141517). Les Preuses ou Vaudésir ? Mon cœur chavire. Pourtant, ces climats se jouxtent, mais avec des profils différents. Un exemple parmi tant d’autres de l’extrême subtilité des terroirs : c’est ça la Bourgogne ! Il y a quelque chose d’onirique dans le premier qui porte au ravissement, avec un charme immédiat alors que le Vaudésir, lui, nettement plus tendu, décortique le terroir avec une diabolique précision. Finesse et longueur sont ici au rendez-vous dans ce millésime qui n’a pas été épargné par de sévères gelées de printemps. Deux bonnes heures de carafe ou 8 à 10 ans de cellier. (10+) © ★★★★

 

À grapiller pendant qu’il en reste!

Chardonnay 2017, Pertaringa, South Australia (17,35 $ – 14475517). Vous en buvez souvent du vin australien, vous ? Pas moi ! Dommage. Ça conforte pourtant. Mais ne vous attendez pas ici au chardonnay opulent, beurré et tendrement caramélisé dans l’ananas, non. Le style est tout autre, sur la fraîcheur et la légèreté (12 %.5 alc./vol.) sans toutefois pénaliser sur la texture. Simple mais équilibré. (5) © ★★1/2

Pomares 2018, Douro, Portugal (18,40 $ – 13886875). Les vins secs élaborés de part et d’autre du célèbre Douro portugais se distinguent toujours par cet éclat lié à son fruité de caractère et à son sous-sol d’ardoises, qui porte ce dernier tout au bout de son long bras minéral. Telle une offrande à la fraîcheur et à la sapidité. C’est le cas de ce rouge de corps et de coeur, franc, frais et de belle tenue. (5) © ★★★

Mâcon-Uchizy 2019, Gérald Talmard, Bourgogne, France (19,30 $ – 882381). Le saumon en papillote sur lit de poireaux et de pomme de terre a trouvé preneur avec ce chardonnay pimpant, vivant et citronné, plutôt sapide et hautement appétissant. (5) ★★1/2

Cairanne « Les Hautes Rives » 2018, Pierre Amadieu, Rhône, France (22,15 $ – 13470651). Une épaule d’agneau confite aux 4 épices : c’est la recommandation de ce talentueux, mais aussi gourmet, vigneron, dont la gamme des appellations méridionales (Vacqueyras, Gigondas, etc.) sont tous de petits monuments de passion et de travail assumé. Ce cru Cairanne est du lot. Sombre et profond, sur le plan de la robe comme des flaveurs, le voilà dévalant sous la charge fruitée et les tanins frais, moelleux et consistants qui le portent. Beaucoup de vin à ce prix. Et du bon ! (5+) © ★★★1/2

Crémant de Limoux Brut Nature, Domaine de Mouscaillo, France (25,10 $ – 13622221). J’aime ce domaine. L’équipe est inspirée et transpose avec fidélité ce que cépages (chardonnay, chenin, mauzac…) et terroirs proposent. Sans forcer la note. À l’image du blanc sec proposé dans la sélection de la semaine, ce crémant offre un fruité de pomme et de poire avec une touche d’épice et de grillé qui allonge le tout. Une bulle peu dosée, énergique, bourrée de vie ! L’apéro de Noël ? Faites vite ! (5) ★★★

Château Landra Blanc 2018, Ventoux, Rhône, France (28,80 $ – 14427460). Le trio grenache blanc-clairette-roussanne se fait ici solidaire et conciliant, le grenache texturant le fond alors que les deux autres y distillant la couleur, non pas seulement pour enjoliver, mais pour crédibiliser. Un bio sec de ses sucres, à la robe riche, aux arômes de coing, de foin, de gingembre et de pomme golden bien mûre et aux saveurs peu acides, rondes, généreuses et longues en bouche. Un régal sur ma poule au pot ! (5) © ★★★1/2

Brol Grande Bardolino Classico 2018, Le Fraghe, Vénétie, Italie (29,35 $ – 13740577). Matilde, Marta, Irène et Olga, des femmes qui brodent avec maestria la trame fine et rêveuse de cet assemblage où corvina et rondinella semblent elles-mêmes heureuses d’être si bien considérées. À moins que ce ne soit le contexte bucolique local où la pratique en agriculture biologique, la beauté des lieux en proximité du lac de Garde qui l’emportent. Le vignoble Brol Grande offre ses fruits avec fraîcheur et légèreté, à l’image d’une friandise à croquer pour les enfants qui ne veulent pas grandir. En êtes-vous ? (5) ★★★

Riesling 2018, Josmeyer, Alsace, France (33,75 $ – 12713032). Se « faire » le Kottable, c’est s’en mettre plein le nez, sollicitation minérale intempestive qui vous tient aussi par la barbichette tant elle vous porte loin. Déjà enjoué et se jouant de vous, avec sa savoureuse acidité et son éclat de rire fruité, le voilà aussi cristallin que le sous-sol qui l’a vu naître. Un moment gai, mais pas moins sérieux pour autant ! (5+) © ★★★1/2

Phénix 2019, Guy, Annick & Yann Bertrand, Fleurie, Beaujolais, France (44,50 $ – 14222675). Cher, sans doute trop cher, oui, mais diable que c’est bon ! Ce vin nature est d’une exceptionnelle intégrité, ce qui est déjà un atout lorsqu’il est question de ce type de vin. Une mise précoce (juin 2020), soit une gestation de neuf mois, trace ici un profil juvénile qui offre au magnifique fruité beaucoup de dynamisme et d’éclat avec, en milieu de bouche, une empreinte terroir saline qui fait tout doucement sa remontée. L’ensemble demeure friand, très fin, décomplexé, d’une palatabilité plus qu’enviable. Cette appellation demeure l’une de mes deux préférées. Je vous laisse deviner l’autre ! (5) © ★★★1/2



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