Billet vin: à chacun sa bulle

Voici quelques propositions de bouteilles qui sauront résoudre la quadrature de la bulle pour les Fêtes.
Photo: Jean Aubry Voici quelques propositions de bouteilles qui sauront résoudre la quadrature de la bulle pour les Fêtes.

S’il est conseillé de demeurer dans sa bulle pour la période festive qui s’annonce en raison de la pandémie, il n’est pas interdit de rebondir avec elle tout en s’éclatant au passage. Voici quelques propositions qui sauront résoudre la quadrature de la bulle en question, avec un surcroît de génie à la clef !

Pétillant naturel

Spontané Blanc 2019, Sud-Ouest, France (25,20 $ – 13879801). Plus naturel que ça et tu vis 100 ans en prenant la bulle au bond tous les jours ! Un jardin entier de fruits frais, une bouche candide qui porte et transporte. Miam ! (5) ★★★

Tète Nat’ 2019 « Les Parcelles », Vivien & Nicolas, Vin de France (22,95 $ – 13863770). Ma vision des choses ? Démarrer avec ce « pet nat » et terminer avec ce « pet nat », histoire de faciliter la digestion avant ET après les libations. Un bio bien sec et bien net, rigolo comme un film de Tati et savoureux comme deux tartes aux pommes. (5) ★★★

Cava

Roger Goulard Rosé Brut 2017 (18,90 $ – 14440015). Si l’étiquette fait cucul, la bulle, elle, exprime des « noirs » avec conviction, bien que l’ensemble demeure rustique. Décent et passe-partout. (5) ★★ 1/2

Juvé & Camps Gran Reserva de la Familia 2016 (22,85 $ – 10654948). Une mousse « bien assise sur ses lies », révélant une bouche ronde et fournie de pomme-brioche. Belle affaire ! (5) ★★★

Crémant

Vitteaut-Alberti Brut Blanc de Blanc, Bourgogne (24,50 $ – 12100308). À moins de 25 $, la magie fine du chardonnay de Bourgogne évoquée avec rigueur et finesse. (5) ★★★ 1/2

Monsieurs S, Brut Nature,Crémant de Limoux, Languedoc (26,55 $ – 13819550). Si les dessous sont coquins sur l’étiquette, ce crémant soyeux sait y faire dans le flacon ! Une bulle fine qui ne manque pas de profondeur. Sensuel et délicieux. (5) ★★★

Crémant du Jura Brut, Jacques Tissot, Jura (27,55 $ – 14133795). Un assemblage pour parts égales de chardonnay et de pinot noir de haute tenue, savoureux, intense et généreux, doté d’une longueur appréciable. (5) ★★★ 1/2

Champagne

Pierre Gerbais « Grains de Celles » Extra Brut (51,75 $ – 13647014). Avec ce bio, on touche à l’essentiel. Il se présente sans fards, alternant les blancs et les noirs également, ouvrant des horizons nouveaux pour qui veut bien s’y glisser. Un travail d’artisan. (5) ★★★ 1/2

Chartogne-Taillet « Sainte Anne » Brut (55 $ – 12748673). La meilleure affaire champagne à la SAQ en 2020 ? Une personnalité indéniable ici mais, surtout, une série de modulations fines, au nez comme en bouche. Un bio peu dosé à la fois crémeux et tendu, « ventilé » par cette impression de boisé qui ajoute à la profondeur. Épaterait Monsieur Bulles Revel à coup sûr ! (5+) ★★★★

Fleury Blanc de Noirs Brut(56,50 $ – 13090631). J’aime cette maison, pas prétentieuse pour deux euros, balisant une bouche fruitée généreuse et accessible, mais qui ne manque pas de profondeur. (5+) ★★★ 1/2

Henriot Brut Souverain (58,25 $ – 13828931). Ce BSA (brut sans année) aux proportions égales de chardonnay et de pinot noir vous emmène directement en Champagne. Pas de doute. Le fruité y est soutenu, mais aussi nuancé, doté d’une bulle fine nourrie et d’une certaine profondeur. Bu sur quelques tranches de veau aux morilles, pas mal du tout. (5) ★★★ 1/2

Pascal Doquet Horizon Blanc de Blancs (59,75 $ – 11528046). L’échantillon reçu est composé à 50 % de la récolte 2017 avec ajout d’une « solera » de réserves remontant à 2012. Des chardonnays enrichis de provenances et d’horizons multiples, révélés sans fards pour une cuvée peu dosée qui intrigue. Bravo l’artiste ! (5+) ★★★ 1/2

Pol Roger Réserve (63,75 $ – 51953). Comment dire ? C’est chic sans être pédant, classieux et fin d’esprit. Bref, un champagne grand prince tout ce qu’il y a d’édifiant. (5) ★★★★

Bollinger Spécial Cuvée 007(86 $ – 384529). No time to die sera musclé ou ne sera pas. En attendant le film mettant en vedette le plus célèbre des espions anglais, gagnez du temps à vivre, en richesse et en profondeur, en sève et en longueur, avec ce champagne où pinots et vins de réserve s’affichent sous des mécaniques bien huilées. (5+) ★★★★

Livres sur les vins en cadeau

Le Guide du vin 2021. Nadia Fournier, Éditions de l’Homme. Au tout début des années 1980, Michel Phaneuf y va d’un guide sur les vins qui tombe pile. Les Québécois ont soif, mais souhaitent être guidés en la matière. Sous l’expertise de Nadia Fournier depuis de nombreuses cuvées déjà, cet « essentiel » fête son 40e anniversaire cette année avec tout le professionnalisme qu’on lui connaît. C’est fourni, bien écrit, documenté, bref, complet. La référence, cela ne fait aucun doute.

Lapeyrie. Bons vins, conseils & anecdotes. Philippe Lapeyrie, Édition Pratico. Le sympathique gars de Québec brasse les cartes avec une nouvelle formule qui élargit le cadre d’une simple proposition de bouteilles. Il y a bien sûr ses suggestions, mais aussi plusieurs angles plus personnels explorés au fil des 250 pages rédigées. Ça se lit avec un sourire, car la joie de Philippe y est contagieuse !

Santé ! Jessica Harnois, Pierre Huet, Éric Godin, Éditions La Presse. La dynamique sommelière parle ici de ses expériences personnelles et de son approche du vin tout en y allant de judicieux conseils. Sa passion se sent et ça irradie dans tout le bouquin ! Qui de vous découvrira la petite coquille glissée en page 123 cependant ?

Vive le gin du Québec. Karyne Duplessis Piché. Les Québécois sont fous de gin. La courbe est ascendante et rien ne semble vouloir l’aplatir ! La journaliste en détaille un vaste choix dans sa Carte des producteurs de gin du Québec 2021.

 

À grapiller pendant qu’il en reste !

Chardonnay 2019, Kumeu Village, Nouvelle-Zélande (22,50 $ – 13565481). Attention ! Alerte « belle affaire ». Mais il y a plus que ça. Fermez les yeux et vous voilà transporté en Côtes de Beaune ou à Chablis, là où les calcaires chatouillent le chardonnay en le dressant sur ses grands chevaux. Ici, le diligent Michaël Brajkovich, Master of Wine/ oenologue de son état, lui ajoute sa propre personnalité, à savoir une forme de dépouillement, de réserve, de pudeur appliquée, portant le tout lentement à la lumière. C’est sec et contracté, prêt à exploser, mais ça ne se fera qu’en douceur, avec tension et sapidité, sans traces apparentes de boisé. Harmonie et une certaine allonge. Un style qui plairait au Québécois Thomas Bachelder, vinifiant, entre autres, au Clos Jordanne. (5+) ★★★ ©

Riesling 2019, Rener Wess, Wachau, Autriche (25,95 $ – 13983544). Ce vigneron ne manque certes pas de talent ! Il « dégoupille » ici le riesling telle une grenade fruitée expansive dont le réalisme balaie tout sur son passage sans toutefois faire de mal à une mouche. C’est juteux, de belle densité, avec, en filigrane, une énergie substantielle qui alimente le tout. L’équilibre sucres/ acidité fonctionne, mais atteint ici sa limite. Longue finale. (5) ★★★

Mengoba 2018, Grégory Pérez, Bierzo, Espagne (29,90 $ – 14555517). Une version moderne du tandem mencia-alicante bouschet, affinée avec précision tout en plaçant le fruité au coeur de la prestation. L’ensemble est sapide et pourvu de tanins souples, frais, portant le tout avec une dynamique de bouche enviable. Un beau vin de caractère qui fera de la dinde rôtie une amie aussi sincère qu’elle sera, à ses côtés, avalée avec joie ! (5) ★★★ 1 / 2 ©

Sylvaner 2017 « Roche Granitique », Kirrenbourg, Alsace, France (31,25 $ – 14556991). On a ici l’impression d’une macération sur peau tant la robe vive et intrigante précède des flaveurs riches et fournies, totalement à l’opposé des références habituelles accordées à ce cépage. Est-ce l’impact du sous-sol, les faibles doses de sulfites, l’élevage en parti boisé ou encore un pH élevé qui contribuent à la singularité de l’ensemble ? Toujours est-il que ce blanc sec léger mais hautement sapide et savoureux est intrigant. La finale se termine en longueur sur des amers particulièrement tenaces. (5) ★★★ 1 / 2 ©

Crozes-Hermitage « Les Launes » 2018, Delas, Rhône, France (31,75 $ – 11544126). Ce millésime offre déjà une largesse et une générosité dont sauront profiter les années d’affinage à venir, mais il est déjà si bon qu’il ne faudrait pas s’en priver maintenant ! Comme toujours chez Delas, un alignement parfait entre finesse de sève, brillance des tanins et fraîcheur d’ensemble. Éclat de mûres sauvages un rien poivrées et bouche ample, substantielle, avec cette tension dans le velouté de texture typique des vins de la maison. Une belle leçon de syrah. (5+) ★★★ ©

Vacqueyras 2018, Domaine des Genêts, Delas, Rhône, France (31,75 $ – 11194066). Le style de la maison est immédiatement perceptible, à savoir une robe profonde et soutenue, une captation précise du fruité de la syrah dans sa maturité optimale sans toutefois verser dans la surmaturité, puis cette application à livrer des textures de bouche envoûtantes, fort séduisantes. C’est le cas avec cette cuvée ample, bien fournie, au goût profond de mûres. (5+) ★★★ 1/ 2 ©

Crescendo 2018, Terrazze dell’Imperiese Bianco, Selvadolce, Ligurie, Italie (34 $ – 14515363). Voilà un blanc sec « nature » du nord-ouest italien qui confondra les amateurs de vin les plus pointus ! Le vermentino (le pigato local) qui regarde la mer du haut de ses terrasses livre ici un portrait subtil, pour ne pas dire complexe, d’un fruité qui semble déjà ailleurs, alimenté à la fois par le terroir et une vinification naturelle bien menée. Ce n’est pas donné, mais ça vaut le dépaysement. (5) ★★★ 1 / 2 ©

Exton Park Blancs de Noirs, Royaume-Uni (49 $ – 14134801). C’est évidemment parmi une flopée de beaux champagnes que ce pinot noir du pays de Sa Majesté a été dégusté, avec les résultats dont vous soupçonnez déjà l’issue. Pour tout dire, il poursuit sur sa lancée sans fléchir, combinant corps, tension et subtilité de détails, comme s’il voulait à tout prix éclaircir le mystère des calcaires où il a vu le jour. Le comparer à l’étalon champagne est une chose, reste que cette double fermentation en bouteille possède ses propres traits de personnalité qui plairont à l’amateur de brut zéro. (5+) ★★★ 1 / 2

Verdugo 2015, Veneto, Italie (49,50 $ – 14405578). Ce n’est pas Noël tous les jours, mais j’aimerais ça tout de même, surtout s’il est question de fraterniser intimement avec ce vin rouge. Il est rare et cher cependant, c’est pourquoi il vous faudra aviser rapidement. Et le partager. Moment de hautes émotions ! L’homme qui se fait accoucheur derrière ce pur merlot se nomme Franco. Il semble passionné, intègre, sans doute rêveur. Si son vin lui ressemble, c’est qu’il ne doit ni mentir ni avoir la langue de bois. C’est révélateur et direct, avec une fougue qui repousse les codes de la bienséance et de la rectitude politique. Ça, ça me plaît. Et puis, au-delà de l’émotion, il y a cette vie qui roule à 200 kilomètres/heure, comme seuls les Italiens à bord de leurs voitures racées savent le faire. Coloré, peu nuancé sur le plan aromatique, le voilà conquérant et tranchant sur celui du fruité qu’il a large et généreux. Cette « vie qui roule » dévale en bouche avec la même conviction, énergique, soutenue, fracassante. Bref, voilà une maison qui gère la biodynamie avec panache et… amour du vin. De la vie. Mon souhait pour 2021 ? Être invité à manger à la table de cette authentique maison et vivre ce merlot avec la famille de Franco. En italien. (5+) ★★★★ ©

Champagne Leclerc Briant Rosé Brut, Champagne, France (65 $ – 13737685). Cette maison de négoce exerçant les principes de la biodynamie vinifie les raisins de trois des régions emblématiques de la Champagne, soit la Côte des Blancs, la Montagne de Reims et la Côte des Bar. Je n’ai pas souvenir d’avoir déjà dégusté un champagne de cette maison et je dois dire qu’il n’est jamais trop tard. Cette mousse où le chardonnay s’impose pour 95 % de l’assemblage est si fine qu’elle en devient un chuchotement adressé aux papilles. Une proposition si délicate que l’on en retient son souffle, de peur de froisser les notes florales où la pomme fraîche et la mie de pain se fondent. Bref, c’est plutôt aérien, vibrant, dépouillé du moindre superflu. (5+) ★★★ 1 / 2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
© devrait séjourner en carafe


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