Billet vins: y a-t-il un renouveau argentin en vue?

À noter qu’il y a eu sur place une augmentation de 50% des certifications bio dans les cinq dernières années.
Photo: Wines of Argentina À noter qu’il y a eu sur place une augmentation de 50% des certifications bio dans les cinq dernières années.

Les Argentins boivent beaucoup de vin et le tofu grillé sur charbon de bois ne fait pas spécialement partie de la diète locale. La protéine animale si populaire là-bas s’entend par contre plutôt bien avec les généreux tanins des rouges locaux, qu’ils soient à base de malbec (près du quart planté), de cabernet sauvignon, de bonarda ou d’un autre cépage.

Malgré la pandémie, bien que confiné depuis mars dernier et en raison d’une dévaluation du peso, le marché local (+8 %) et l’exportation s’en tirent plutôt bien.

Y a-t-il un renouveau des vins argentins pour autant ? Wines of Argentina nous faisait récemment parvenir une caisse d’échantillons pour faire l’état des lieux.

Une moyenne de 18 $ par bouteille, dont la grande majorité des vins sont certifiés en agriculture biologique. À noter qu’il y a eu sur place une augmentation de 50 % des certifications bio dans les cinq dernières années.

Des vins « bios » et des vins « nature » qui, jumelés à une présentation « rajeunie » et audacieuse sur le plan des étiquettes, semblent vouloir atteindre une nouvelle génération de consommateurs. Est-ce que ça marche ? Je suis un brin mitigé sur la question. À ce niveau de prix, veut-on suivre le modèle des entrées de gamme étasuniennes pourvues de quelques sucres résiduels ? Ce serait une erreur. Quelques mots sur les vins dégustés.

Blancs

Sauvignon Blanc 2019, Alpamanta Breva, Luyan de Cuyo (38,50 $ – 14492333) . Un « sans soufre » bien sec, de bon niveau, mais trop cher. N’y cherchez pas le caractère variétal du sauvignon, plutôt un blanc sec « voilé » net, au fruité saisissant, d’une grande pureté, sans être toutefois nuancé. (5) ★★★ ©

Pinot Gris Réserve 2019, Bodega Piedra Negra, Valle de Uco (18 $ – 14494478). Ce pinot gris « sauvignonne » avec ses tonalités fraîches et herbacées (mais mûres) et sa bouche vivante, savoureuse et bien tracée. Signé François Lurton. (5) ★★★

Rouges

Believer, Mabec-Syrah Reserve, Coopérative La Riojana, La Rioja (12,50 $ – 14307353). C’est coloré, riche, simple, mais amplement fruité, et racoleur par sa douceur (8 grammes / sucre). Servir à 12 °C. (5) ★

El Esteco Syrah Reserve 2019, Don David, Calchaqui Valley (16,45 $ – 10894431). Réduction au départ, mais ouverture après 24 heures. Un fruité net et une bouche nourrie, franche, étoffée, savoureuse. (5)   ★★1/2 ©

Rebel Pinot Noir 2019, Secreto Patagonico, Patagonie (16,05 $ – 14307396). Pas net et peu de fruit. L’ombre de lui-même. (5) ★ 1/2

Grand Pinot Noir 2017, La Consulta, Luigi Bosca, Valle de Uco (25,95 $ – 14531259). L’étoffe d’un bon pinot noir qui demeure lisible, frais et précis, le tout appuyé par un solide fruité, mais sans lourdeur. (5)  ★★★ ©

Cabernet Sauvignon 2019, Tilia, Catena, Mendoza (16,35 $ – 14511987). Un rouge facile, doucereux, sans grand caractère. Correct, sans plus. (5)  ★ 1/2

Cabernet Sauvignon 2018, Zolo, Finca Patagonicas, Valle de Uco (18,50 $ – 11373232). Pas complexe, mais mûr et bien typé. Corps et bon volume fruité. (5)  ★★

Malbec 2019, El Burro, Santa Julia, Maipu (21,95 $ – 14529693). Vous avez raté les vins nouveaux ? Rabattez-vous sur ce vigoureux malbec à vous accrocher le sourire bien haut et la soif plus large encore ! Un bio tonique, juteux, saisissant et sympathique, parfaitement cohérent. (5)  ★★★ ©

D.V. Catena Tinto Historico 2018, Mendoza (19,95 $ – 13958365). Il y a du vin ici. Du bon. Avec un fruité net qui se nuance doucement et une bouche étoffée, mais aussi détaillée, fraîche, d’une belle longueur. Ici, malbec, bonarda et petit verdot s’entendent à merveille. Classique ! (5)  ★★★ ©

Malbec 2019, Lujan de Cuyo, Henry Lagarde, Mendoza (19,95 $ – 14503039). Un autre bio d’une grande franchise, aux tanins mûrs et abondants, livré sans fards, avec beaucoup de crédibilité. Savoureux ! (5)  ★★ 1/2

À grapiller pendant qu’il en reste!

Indio Rei 2018, Dao, Portugal (15,95 $ – 14492616). Ça ne fait pas la révolution, mais c’est cohérent, bien fait, et ça cause origine. Aragonez, touriga nacional, jaen et alfrocheiro confèrent couleurs, flaveurs et une solide base fruitée qui, sans être profonde, assure une bouche qui offre mâche et fraîcheur. Porc aux olives ? (5)  ★★ 1 / 2

Château Pey-Bonhomme-Les-Tours 2017, Blaye Côtes de Bordeaux, Bordeaux, France (23,85 $ – 14373203). C’est l’agence québécoise Vin vrai qui représente ce petit bijou bichonné selon la philosophie biodynamique. Rien de moins faux. Tout est crédible ici : une synergie heureuse entre merlot (75 %), cabernet franc et malbec pour un rouge d’équilibre, au corps moyen, souple et consistant, bien que diablement coulant et digeste. Un vin qui respire la vie dans laquelle on croque tout en s’imaginant être sur place, entre vignes et horizon. Des comme ça, moi, j’en bois, surtout sur l’onglet-échalotes grillé. (5)  ★★★ ©

Shiraz 2018, Margan, Hunter Valley, Australie (24 $ – 13909862). Voilà une syrah qui, bien qu’offrant ici un fruité de première jeunesse, porte en elle un discours mûrement vieilli par l’entremise des vignes qui la portent et la nourrissent. Il y a ici un lieu, une origine, une sève et un esprit de terroir affirmé, le tout raconté avec éclat et une pointe de salinité qui allonge et tonifie les saveurs (dont l’umami). Hautement recommandable, même s’il en reste peu en succursale. (5+)  ★★★ 1 / 2 ©

Le Clos des Vignes 2018, Jean Gardiès, Côtes du Roussillon Villages (38 $ – 10781445). Ce Clos des Vignes est une soie, en ce sens qu’il allie souplesse, texture et ondulation palpable sans froisser ni le palais ni la quiétude. Une espèce de baume qui calme, hors des agitations contemporaines, pour mieux faire office de réparation. En un mot : c’est lumineux. C’est encore bien jeune, mais ça promet aussi, dans trois, cinq, huit ou dix ans. Les équilibres relèvent ici de la perfection, avec ce moelleux éclairant des tanins, toujours frais, tendres et bien serrés. Vin de bougie, entre gens de goût, pour soirs avalés par la nuit. (10+)  ★★★ 1/ 2 ©

Pinot Noir 2917 « Halberg Vineyards », Gary Farrell, Russian River Valley, États-Unis (50,25 $ – 14335944). Vous êtes sensible à la texture, sangle de cuir ou ruban de soie, d’un pinot riche et malléable, au coulant profond et insistant. Un pinot de bouche, ample et palpable, porté par une sève vivante, épicée, anisée, bref, qui a de la personnalité à en revendre ! Faudra sans doute un pigeon au sang là-dessus, mais un magret suffira. Il reste très peu de ce vin, toutefois. Une reconduction du produit est cependant probable. (5+)  ★★★ 1/ 2 ©

Caisses panachées de Noël

Le temps des Fêtes approche et il y aura du vin sur la table, à défaut d’amis nombreux pour le partager, pandémie oblige. Soyons positifs sans avoir le vin triste, car il y a des avantages ! Pourquoi ne pas magasiner dans le confort de votre maison pour vos vins, qu’ils soient destinés à des cadeaux pour ces amis que vous ne côtoierez pas ou à vous-même, histoire de découvrir des vins que vous ne connaissez pas ? Voici deux propositions de caisses panachées parmi une batterie d’excellentes agences québécoises de vin : celles d’A3 Québec et celles du Grand Cellier.

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles