Des vins pour la présidence de Joe Biden

Le vignoble de la Vallée de la Napa vu des airs.
Photo: Jean Aubry Le vignoble de la Vallée de la Napa vu des airs.

Le 46e président des États-Unis, qui entrera officiellement en fonction en janvier 2021, a-t-il récemment fêté sa victoire avec la cuvée Sofia Brut du Domaine Francis Ford Coppola (33,25 $ – 13567452 – (5) ★★★), avec le Roederer Brut Anderson Valley (37,60 $ – 294181 – (5) ★★★1/2) ou alors avec une mousse de type « Buy American Beer First » servie à même sa cannette d’aluminium ?

Je ne suis ni dans les confidences ni dans les souliers du monsieur. S’il devait cependant passer un message à tous ses concitoyens, ce serait de déguster un bon verre de vin de leur immense pays. Histoire de respirer calmement.

Parce qu’une victoire se fête dignement, voici quelques spécimens californiens de haut vol disponibles cependant en quantités limitées. Que l’on aime ou pas les États-Unis et leurs vins, reste que ces derniers sont à leur image : un mélange détonnant entre élégance et caricature, subtilité et grossièreté, profondeur et superficialité, innovation et abrutissement commercial. Seul fait établi : tous deux ne laissent personne indifférent ! À noter qu’une partie des échantillons a été aimablement fournie par les agences.

Chardonnay 1017, Gary Farrell, Russian River Valley (53,25 $ – 14546400) . Il y a de la brillance ici, avec l’impression d’un blanc qui « meursaultte » dans un style plus Perrières que Charmes en raison du cliquetis minéral et sapide qu’il suggère. Une expression pure et stylisée du chardonnay, habilement mis en valeur par un écrin boisé de la plus belle futaille. Flaveurs longues et longilignes, parfaitement découpées, terminant leur course sur des notes plus salines. (10+) ★★★★ ©

Noir 2011, Terre Rouge, Sierra Foothills (45,75 $ – 866012). Je sais que je vais dire une bêtise, mais cet assemblage où domine le grenache (complété de syrah et de mourvèdre) évoque chez moi des airs de Rayas en raison de la magie des parfums, mais aussi de cette texture fine et glissante évoquant le papier de soie. Réelle finesse, oui, sous des propos capiteux qui ajoutent aux nuances kirschées et réglissées de l’ensemble, sans alourdir. Longue finale. (5+) ★★★★ ©

Inconnu Papa Jaja 2018, Californie (29,60 $ – 14434774). On est loin ici de l’abrutissement commercial d’un produit tristounet dépourvu d’âme. Plutôt l’expression moderne d’un « cab » tout pimpant et tout frais à vous croquer les joues, la bouche et le nez de bonheur. Un rouge de corps moyen plein de vie et qui la raconte simplement. (5) ★★★ ©

Cabernet Sauvignon « Brandlin Vineyard » 2016, Peter Franus, Mount Veeder, Napa Valley (98,25 $ – 14538143). Du sérieux, oui, sans être trop intellectuel. Pur « cab » de terrain, en altitude, ancré dans des sols aux pH élevés sur socle volcanique, à la fois sombre et inspirant. Robe profonde, notes de graphite/cassis et texture souple et charnue, presque grasse. La classe, quoi ! (10+) ★★★★ ©

Cabernet Sauvignon 2016, Mount Veeder Winery, Napa Valley (70,25 $ – à venir – 13429658). Adossée à l’est à la Sonoma Valley et perchée à l’ouest sur les hauteurs de Yountville, l’appellation Mount Veeder souffle à la fois le chaud et le froid, tant elle suggère la retenue, presque la pudeur. Le bouquet se nuance toutefois et le charme opère, avec cette race austère digne d’un grand pauillac, mélange harmonieux où règnent clarté, précision et grande finesse de tanins. Le tout demeure digeste, bien frais, d’une allonge remarquable. (10+) ★★★★ 1/2 ©

Cabernet Sauvignon 2018, Austin Hope, Paso Robles (70 $ – 13941053). Nous sommes plus près de Los Angeles que de San Francisco (Central Coast), coin de pays bucolique à la fois chaud et désertique (le stress hydrique y est élevé), mais aussi avec des influences maritimes. Austin Hope vous propose un cabernet riche, onctueux, capiteux et particulièrement décadent, bien que demeurant soutenu sur le plan de la fraîcheur. Les tanins y sont gras, empreints de douceur, épicés (noix de coco), hautement savoureux. C’est fardé, oui, mais sans pour autant verser dans l’excès. (5 +) ★★★ 1/2 ©

À grapiller pendant qu’il en reste!

Monopole 2019, C.V.N.E., Rioja, Espagne (16,90 $ – 12636760). De la viura toute simple, vinifiée avec autant de simplicité pour en rehausser subtilement le fruité. Un blanc sec savoureux, léger de ton, mais accusant de jolis amers sur la finale. Le vin des tapas qui savent ouvrir l’appétit ! (5) ★★ 1 / 2

La Résistance 2019, Vignerons de l’Enclave, Côtes-du-Rhône, France (18,35 $ – 14533001). Ce rouge bio fera des heureux parmi celles et ceux qui adorent mordre dans un gros morceau de vin rouge, passablement tannique, puissant et de bonne densité. À défaut sans doute de subtilité. Toujours est-il que c’est net, franc et abondamment fruité et épicé. Pâté en croûte, chipolatas, daube et autres plats carnés de caractère. (5) ★★ 1 / 2 ©

Prosecco di Valdobbiadene 2019, Bortholomiol, Vénétie, Italie (22,90 $ – 10654956). Décidément une bulle destinée aux desserts en raison de sa douceur, mais surtout d’un fruité de pomme qui ne manque pas d’éclat, de persistance. Évidemment, il fera un petit malheur sur le pannetone et les croissants aux amandes. Miam ! (5) ★★★

Champagne Canard-Duchêne Cuvée Léonie Brut, Champagne, France (52,25 $ – 11154700). Voilà un champagne enchanteur. En ce sens qu’il chante et séduit sans forcer la note, jouant les pinots avec rondeur et volupté, le tout porté par des chardonnays au goût d’amande et de brioche au beurre. Enchanteur, oui ! N’y manque qu’un surcroît de profondeur pour porter la note plus longuement, mais diable qu’il sait s’inviter à table ! Cela apparaîtra étrange ou bizarre, mais voilà un champagne qui plaira rapidement à celles et ceux qui n’aiment pas le champagne. Voilà qui est dit. (5) ★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles