​Billet vin: des clés pour s’initier

D’abord, respirez par le nez, pas de panique, c’est juste du vin.
Photo: iStock D’abord, respirez par le nez, pas de panique, c’est juste du vin.

C’est ma nièce qui a tout organisé. Fixer la date, trouver le lien pour le webinaire et le communiquer à tous ses amis. J’avais bien fait quelques incursions avant ces temps « normaux » dits prépandémiques dans quelques centres communautaires et autres bibliothèques avec des jeunes pour leur parler de vin, mais voilà, contexte oblige, tout se ferait devant un écran plat. Je n’avais qu’à me brancher (ouf !). Et, accessoirement, à être moins plate que l’écran ! Permettez que je vous fasse part de quelques réponses aux questions posées. Ça ne mange pas de pain après tout !

Que nous dit d’abord sa robe ? Est-ce vrai que plus un vin rouge est foncé, meilleure est sa qualité ? Ah, c’est là un piège classique de la dégustation ! L’œil est gourmand et ratisse rapidement. Prenons l’exemple d’un chambolle-musigny âgé de 20 ans et un jeune languedoc-roussillon. Ce n’est pas parce que le premier paraît pâlot qu’il n’offre pas en retour un bouquet ouvert et détaillé, de même qu’une bouche fine, sensuelle et texturée. Sans compter sur l’allonge en bouche, qui semble ici éternelle. Bref, la couleur d’un vin n’a rien à voir avec sa qualité visuelle et gustative, à moins bien sûr d’être défectueux (lire oxydé), mais ça, c’est déjà autre chose.

Lorsqu’est venu le temps de goûter le vin, par où commencer, il y a des trucs qu’on peut développer ? D’abord, respirez par le nez, pas de panique, c’est juste du vin. Fiez-vous à vos premières impressions. Ça paraît simple, oui, mais même les pros se trompent ! Mon conseil, soyez méthodiques et employez vos propres mots, quelques mots suffisent. Les yeux, le nez, la bouche ; décrivez ce que vous percevez, sentez, goûtez, puis lancez-vous, au risque de vous tromper. N’oubliez pas que c’est une espèce de jeu, mais que plus vous le pratiquez, meilleur vous êtes !

Et qu’en est-il des étoiles ? Quand il y a 5 étoiles, est-ce que ça veut dire que c’est trop top ? On peut en effet le voir comme ça, oui, car le vin est lié aux émotions avant tout ! Mais il ne faut pas devenir fou avec ça non plus. Faut rester cool. Et surtout, objectif. La notation est un repère, pas un but. Moi, je note dans l’absolu, c’est-à-dire qu’un chardonnay, par exemple, sera évalué par rapport à tous les chardonnays de la planète vin alors que d’autres, comme Nadia Fournier dans Le guide du vin, le noteront dans sa catégorie, ce qui fait que ce chardonnay est évalué dans son contexte bourguignon, californien, italien ou autre. Tout ça se vaut, mais, encore une fois, il faut relativiser : on boit du vin, pas des étoiles, à moins d’en boire trop, ce qui n’est pas… trop top.

Beaucoup de jeunes vont préférer les vins « nature », les jugeant meilleurs, c’est une bonne façon de départager les vins ? Moi, j’aime tout ce qui est… bon ! Si votre vin nature n’est pas bon, c’est-à-dire qu’il manque de netteté, d’intégrité, c’est quoi l’intérêt ? Je vais dire ceci : qu’il soit ordinaire ou surnaturel, la clé d’un bon vin réside avant tout dans son équilibre d’ensemble. Les saveurs élémentaires sucrées-salées-acides-amères-umamis interagissent constamment entre elles. C’est déjà un point de départ pour tendre vers ce fameux équilibre. Il y a aussi le boisé, l’alcool, etc. ; tout est dans les proportions. Un bon vin nature (en bio ou en biodynamie), cela dit, donne l’impression que le vin est vivant. C’est mieux que mort, comme certains !

Et qu’en est-il du prix du vin ? Est-ce vrai que plus un vin est cher, plus il est bon et qu’il doit nécessairement accompagner à table un grand plat à sa hauteur ? À cela, je répondrais qu’un vin cher que vous n’aimez pas sera toujours trop cher payé, surtout s’il est mal accompagné. Tenez, je goûtais hier au pinot noir 2018 de la maison Quail’s Gate de la vallée de l’Okanagan (31,75 $ – 11889669 – (5+) © ★★★ 1/2) accompagné simplement d’une patate douce au four coiffée de crème sure, de ciboulette et de fromage Perron deux ans d’âge : accord parfait !

À grappiller pendant qu’il en reste!

Riesling 2019, Weingut Frey, Allemagne (20 $ – 13839745). Ce riesling bio articule son propos autour d’un axe qui trouve son équilibre entre une vivacité sapide et une douceur ajustée au quart de tour près. Ce qui provoque une rencontre, mais aussi une fusion fruitée où la maturité s’intègre à merveille, laissant le palais libre, net et apaisé après boire. Une maison fort recommandable. (5) © ★★★

Chardonnay 2019, Domaine La Lieue, Var, France (20,45 $ – 10884655). Le plus que sympathique Julien Vial livre une fois de plus le fruit de sa passion tout en laissant filtrer à la fois son émotion et celle de ses beaux terroirs du sud. Ce chardonnay issu de l’agriculture biologique brille de mille soleils, avec cette caresse de fruits jaunes et blancs sur le plan texture et cet équilibre naturel de fraîcheur qui en circonscrit parfaitement les contours. Un geste d’amour, tout simplement. (5) ★★★

Grüner Veltliner 2019, Crazy Creatures #3 : Papillo scporpius, Weingut Malat, Kremstal, Autriche (20,95 $ – 13593335). Tout est là, rien n’y manque. Une parfaite définition du cépage, une énergie substantielle en milieu de bouche avivée par une jolie salinité, une finale nette, parfaitement circonscrite. Un exemple de ce que l’Autriche sait faire avec méthode et discipline. (5) © ★★★

L de la Louvière 2016, Pessac-Léognan, Bordeaux, France (33,50 $ – 14408171). Le nez apparaît subtil et distingué derrière sa robe brillante or-vert pâle, nez friand de jasmin, de pamplemousse et d’essence de vanille puis, au-delà, une essence de sauvignon blanc rehaussé d’un doigt de sémillon, d’une texture nourrie et bien fraîche. Un blanc sec de belle ampleur, de jolie persistance et… d’une jeunesse… Escalope de veau au citron ? (5) © ★★★ 1 / 2

Clé de sol 2018, La Grange Tiphaine, Montlouis-sur-Loire, Loire, France (37 $ – 11953270). Les aspirations du chenin blanc traité en bio et en biodynamie sont manifestes et portent le dégustateur qui s’en approche à des élévations insoupçonnées. Ici, par l’entremise d’une vinification pointue en fût, la « clé » révèle un « sol » dont la musicalité enchante, avec un détail entre les portées qui se devine au fur et à mesure que le vin valse librement au palais. Un blanc sec de rêve, finement tendu, lumineux et de longue haleine. Écoutez-le bien. Il vaut le détour même s’il en reste trop peu en tablettes, hélas ! (10+) © ★★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles