Billet vin: 100 ans à boire!

Ancêtre de la Régie puis de la Société des alcools du Québec, la Commission des liqueurs fut créée en 1921.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Ancêtre de la Régie puis de la Société des alcools du Québec, la Commission des liqueurs fut créée en 1921.

Le millésime 2021 consacrera officiellement un siècle d’activité démarrée sous la bannière de la Commission des liqueurs dans le sillage de l’adoption de la Loi des liqueurs alcooliques. C’est en effet en 1921 que le gouvernement Taschereau crée cette entité ayant pour fonction de faire le commerce des spiritueux et des vins en plus de contrôler la possession et la vente des boissons alcooliques chez les détenteurs de permis. Un monopole d’État qui — 100 ans à boire plus tard — est connu sous le nom de Société des alcools du Québec (SAQ).

Je m’entretenais cette semaine avec Roch Bissonnette, président d’A3 Québec, une association fondée en 1969 regroupant 88 membres, dont 70 agences de vins, bières et spiritueux œuvrant pour le compte de 3000 producteurs d’une vingtaine de pays. Ces agences sont en quelque sorte le trait d’union entre ces mêmes fournisseurs et la SAQ, mais surtout une industrie qui contribue pour 3,6 milliards de ventes, soit 97 % de celles réalisées dans les réseaux de succursales du monopole d’État.

Un partenariat qui a parfois été houleux au fil des décennies mais qui trouve, depuis 2018, sous la présidence de Catherine Dagenais, un nouveau souffle, plus inclusif. Avec un style de gestion qui, selon Roch Bissonnette, « semble favoriser en interne un travail d’équipe tout en déléguant plus de responsabilités aux équipes de gestion et de direction ». Une femme en poste après 16 hommes à la tête de la société d’État ? Il était temps ! Pour m’être frotté, à titre de journaliste, aux ego parfois bien sentis des six derniers p.-d.g. nommés, j’ai l’intuition qu’une collaboration nouvelle se dessine, une collaboration où les agences, les producteurs et la SAQ, en fonction d’un consommateur plus exigeant et connaisseur que jamais, ont tout à gagner. Le tout, dans un contexte mondial incertain.

A3 Québec emploie plus de 1000 personnes actuellement. Comment tout ce beau monde fait-il face à la pandémie ? « Ce n’est pas facile pour les agences », de rétorquer Bissonnette. « Nous n’avons pas accès aux succursales pour assurer le suivi et aux conseillers en vins aux fins de dégustation, alors que la restauration est en berne. Très peu de problèmes d’approvisionnement cependant du côté SAQ, avec un consommateur qui achète plus en ligne ou en succursale, soutenant une croissance des produits “ courants” au détriment des produits dits de “spécialités” »

Le monopole dévoilait récemment son plan stratégique 2021-2023, qui comprend des expériences clients intégrées et expériences employés SAQ valorisantes, ainsi qu’une responsabilité sociétale accrue, mais surtout, et voilà qui constitue le nerf de la guerre, une performance financière améliorée. Améliorée sur le dos de qui ? Pas nécessairement sur celui du consommateur qui, n’en déplaise aux détracteurs du monopole, participe tout de même (il ne faut pas l’oublier !) aux dividendes versés par SA société d’État au gouvernement. L’amélioration se ferait plutôt en interne, avec une réduction, en autres choses, du ratio de charges nettes sur ventes à terme de 15,3 %, sachant que ce même ratio se situait à 18,2 % en 2016-2017.

Les prix, de plus, se doivent d’être compétitifs dans un contexte de mondialisation. La SAQ en est consciente. Et le consommateur aussi. Mais la société d’État doit s’assumer et ne doit pas avoir peur de faire de l’argent. Son immense pouvoir d’achat à titre de monopole est un atout, car la baisse de prix de détail au chai est refilée à la baisse sur les tablettes pour le consommateur. La différence ne va pas dans les poches du producteur ou de l’industrie privée.

Dites-moi maintenant, Roch Bissonnette, y a-t-il un souhait formulé à titre de cadeau de Noël de la part de la SAQ ? « Sans doute plus de souplesse, de liberté, de réactivité dans l’écosystème de l’entreprise, assurant à la fois une plus saine compétition des produits entre eux et un ajustement plus rapide des prix. Ainsi, tout le monde y gagne : fournisseur, agence, SAQ et, bien sûr, consommateur. »

Un trio «Clos du Soleil»

En matière de vins, le Canada réserve de belles surprises et la réputation de ses vins trouve un écho plus que favorable chez les amateurs exigeants du monde entier. Que ce soit côté est (le Québec, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et sa fameuse péninsule du Niagara et son comté de Prince Edward) ou, côté ouest, en Colombie-Britannique avec, principalement, la vallée de l’Okanagan, nous sommes en terroirs d’ici, en terroirs de fraîcheur qui n’ont rien à voir avec ceux de nos voisins étasuniens. Le nom de la Similkameen Valley vous dit quelque chose ? Elle est adossée tout juste à l’ouest de la vallée de l’Okanagan et court est-ouest sur des sols essentiellement graveleux. C’est la deuxième en importance en superficie, avec seulement une petite quinzaine de wineries. Clos du Soleil est l’une d’elles. Une découverte que ce trio maison nouvellement placé en tablette. Un blanc et deux rouges de bon niveau, offrant clarté et lisibilité fruitées, avec cette impression de fraîcheur persistante à la clé. Des vins digestes, aux flaveurs cohérentes, soutenues, harmonieuses et de longueur en bouche fort appréciable. Quelques mots.

Fumée Blanc 2018 (23,95 $ – 14555154). La pointe de sémillon offre une touche de brillance supplémentaire à ce sauvignon bien net, au fruité jubilatoire, un rien fumé et exotique avec ses nuances de citron vert. Harmonie parfaite. Tout ce qu’il y a de croquant sur un chèvre frais ou une escalope de poulet ou de veau panée au citron. (5) ★★★

Célestiale 2016 (28,95 $ – 14555138). Il se dégage beaucoup de fraîcheur de cet assemblage bordelais complété d’un doigt de malbec. « On a le goût d’en boire ! » me confirmait ma compagne sans verser dans les superlatifs convenus. Le fruité y est à peine épicé, friand, mais en même temps pourvu d’une texture fine et vineuse, parfaitement lisible. La bavette marinée est disparue rapidement, de même que le vin ! (5) ★★★

Signature 2016 (44,25 $ – 14555162). Plus substantiel et plus profond que le précédent, sans pourtant verser dans le cliché ou la caricature. Pari réussi entre la concentration fruitée, l’affinage maîtrisé et l’assemblage, qui se révèle juste et mesuré. Un rouge de type bordelais qui ne manque pas de panache, mais qui connaît aussi ses limites. Un vin qui démontre tout de même que ce pays du Canada commence sérieusement à trouver ses marques en matière de beaux vins. (5+) © ★★★1 / 2

À grappiller pendant qu’il en reste !

Astérides 2019 Rosé, Domaine La Négly, Pays d’Oc, France (16,95 $ – 14453772). Du rosé en novembre ? C’est justement dans ce mois gris que le sauvignon gris et ses comparses s’échinent à rosir ce qu’il vous reste de belle humeur en ces temps marrons de désolation. Comme le dirait ici justement le sommelier-chroniqueur Philippe Lapeyrie : « Du beau jus à ce prix ! » Un rosé de belle tenue, vineux, bien sec et parfumé, capable de supporter la côte d’agneau aux herbes comme la ratatouille maison. (5) ★★★

Ficelle 2018, Massimo Pastura, Piémont, Italie (19,80 $ – 14509511). Astucieuse, oui, fort astucieuse, cette cuvée. Le filon, pour ne pas dire la ficelle, qui relie la barbera provenant de nombreuses parcelles piémontaises trouve son inspiration ultime dans une idée de plaisir manifeste. Le plaisir de boire à larges traits, sans se soucier de la rudesse des tanins ou de l’acidité élevée dont se pare parfois le cépage local. Est-ce la touche de sucres résiduels qui arrondit ici les angles ou la qualité même des fruits portés à juste maturité ? Je suis partant pour la deuxième option. Attention cependant ! La bouteille peut être éclusée en 21 minutes 17 secondes top chrono, surtout accompagnée d’une pointe de pizza toute simple. (5) ★★1 / 2

Screaming Betty 2020, Delinquente Wine Co, Riverland, Australie (21,60 $ – 14198370). Le style est assumé, et la proposition criante de vérité. La fameuse Betty qui apparaît sur l’étiquette vous propose un vermentino vertical sur le plan de l’intensité, léger sur celui de la densité, vivace et pourvu de jolis amers sur la finale. Pour le (la) délinquant (e) qui sommeille en vous. (5) © ★★1 / 2

The Bullet Dodger 2020, Delinquente Wine Co, Riverland, Australie (21,60 $ – 14191434). Les côtes levées un rien fumées et caramélisées ont trouvé ici un compagnon de taille avec ce montepulciano richement coloré, au goût de marc frais, tonique et laissant filtrer derrière sa passoire tannique un relief vivace et captivant d’intensité. C’est franc, rustique, entier, structuré et d’une réelle efficacité sur le plat en question. Servir autour de 16 degrés Celsius. (5) © ★★1 / 2

Gravel Castle Chardonnay 2019, Simpsons, Royaume-Uni (24,60 $ – 14558890). Les vins anglais sont rares et consommés essentiellement au pays de Churchill. S’il existe des mousseux de bon niveau vendus à prix non compétitifs avec les autres effervescents de la planète, les vins secs, dont cette maison située dans le Kent, tirent leur épingle du jeu sans toutefois renouveler le genre. C’est net, frais et expressif avec ses tonalités de pomme verte et cette espèce de salinité qui rend l’expérience gustative fort digeste et sapide. Sans toutefois accéder à la profondeur d’un chablis auquel il aspire ici à se comparer. Un chouïa trop cher cependant. (5) ★★1 / 2

Barbera d’Alba 2018, Giulia Negri, Piémont, Italie (28,70 $ – 14496684). Vous avez déjà entendu parler des « barologirls » ? Giulia Negri est l’une d’elles. Et les vignobles en altitude du côté de Serradenari, son terrain de jeu. Une sacrée belle rencontre dans le verre à défaut de rencontrer la dame (pour le moment du moins !) avec une barbera stylée et authentique, passablement raffinée sur le plan de la structure comme de l’expression. Hâte de déguster ses barolos. Une découverte ! (5+) © ★★★1 / 2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles