Billet vin: des nouvelles de la Bourgogne!

Un âge d’or dont il faut profiter avant que les grenaches ne s’enracinent sur place dans moins d’un siècle en raison des bouleversements climatiques!
Photo: Un âge d’or dont il faut profiter avant que les grenaches ne s’enracinent sur place dans moins d’un siècle en raison des bouleversements climatiques!

C’est virtuellement que je serrais la main cette semaine à François Labet, président délégué du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), mais aussi vigneron au Château de la Tour, à Vougeot. Nous avons même trinqué, cantonnés de part et d’autre derrière nos écrans plats, avec des petites perles bourguignonnes, dont ce Mâcon-Igé du Domaine Fichet (Climat « La Cra ») ainsi que ce Bourgogne Côte d’Or Vieilles Vignes du Domaine Rémi Jobard, tous deux à venir chez nous dans le millésime 2017. L’occasion de palper en chair et en jus des blancs sapides et racés, mais surtout un pied de nez bien senti à ce coronavirus qui ne réussira jamais à séparer tout à fait les amateurs de vins de Bourgogne que nous sommes !

« Les vendanges 2020 ont été les plus précoces jamais réalisées, avec un départ dès le 12 août dernier pour les crémants de Bourgogne, mais avec une floraison décalée sur une longue période », m’expliquait l’homme, avant d’ajouter que « les rendements ont été à la baisse en raison de la sécheresse, soit entre 30 et 40 % des volumes constatés ». Une nouvelle qui, bien que la qualité soit au rendez-vous, n’est jamais celle que l’on veut entendre vu que l’appellation n’est pas extensible alors que la demande, elle, est toujours en progression.

Les chiffres du BIVB le confirment d’ailleurs. « La pandémie n’a pas eu le même impact sur tous les marchés. Par exemple, le Canada demeure le 4e marché en volume, soit +7,9 % par rapport à 2018, avec quelque 7,72 millions de bouteilles écoulées. Le Québec reste la première destination des exportations de vins de Bourgogne au Canada, avec au moins 70 % des vins de Bourgogne consommés dans le pays ». L’exercice complet de la SAQ sur les 12 derniers mois, soit à la fin de mars 2019, le confirme avec 4,65 millions de bouteilles vendues.

Blancs ? Rouges ? Rosés ? Mousseux ? Si, au dire de François Labet, la Bourgogne en général « blanchit », les exportations au Canada, qui atteignent désormais 65 % des volumes (+16 % par rapport à 2018), se réalisent sur les blancs AOC Régionales Bourgogne et Bourgogne avec dénomination géographique, pour 61 % des volumes exportés. En ventilant le tout, on note que le « grand » chablisien est en tête de peloton, avec près de 25 % à l’export, le Crémant de Bourgogne suivant avec 9,2 %, puis l’ensemble du Mâconnais avec 8,2 %. Voilà qui ne surprend pas, car même avec des prix ajustés à la hausse depuis quelques années, le chablis dans son ensemble compte chez nous des adeptes irréductibles alors que les crémants n’ont jamais été aussi bons (et à des prix justes). Quant aux blancs du mâconnais, diversité de terroirs et diversité de styles en font une destination sûre, encore une fois à prix d’ami.

Pas de doute, nous vivons depuis une vingtaine d’années un âge d’or en Bourgogne. François Labet abonde en ce sens. « Vrai qu’il n’y a plus de “mauvais” millésimes. Les bons, voire les très bons millésimes se succèdent, mais il y a surtout une adaptation sur le terrain en fonction des changements climatiques dont nous tenons compte (choix de porte-greffes et méthodes culturales, entre autres choses) et qui participe à ce vecteur qualité. » Nous sommes en ce sens bien loin des vins maigres et étriqués des années 1960 et 1970 ici, en Bourgogne comme à Bordeaux d’ailleurs ! Un âge d’or dont il faut profiter avant que les grenaches ne s’enracinent sur place dans moins d’un siècle en raison des bouleversements climatiques !

Il vous reste de ces pâtés confectionnés avec les restants de dinde de l’Action de grâce ? Ils auront une seconde vie avec ce Chardonnay Vieilles Vignes 2019 de Nicolas Potel (23,40 $ – 11890926) aux saveurs nettes, vivaces et légères de pomme et de citron (5) ★★ 1/2) ou encore avec ce Pinot Noir 2018 de la maison Joseph Drouhin (26,35 $ – 12157451) au profil intègre et bien net, fleurant bon la cerise sur une trame légère, simple et satinée. (5) ★★ 1/2.  

À grapiller pendant qu’il en reste!

Meinklang 2018, Burgenlandred, Autriche (18,70 $ – 13971164). Ce rouge conçu selon la philosophie biodynamique est ce petit-lait dont on s’abreuve à gorge déployée, en supposant bien sûr que le lait vous intéresse. Un assemblage de zweigelt, de blaufrankisch et de st-laurent d’une rare pertinence, mais surtout d’une dynamique de nez et de bouche incontestable. Ça pénètre en vous avec sincérité, générant à la fois l’appétit et le contentement, l’énergie et une satisfaction de premier ordre. Léger de ton, souple et vivace, soutenu et en totale harmonie avec vous. Sans doute avec l’univers aussi, mais je ne suis pas astronome. On a l’impression d’un beaujolais sur les stéroïdes ! (5) ★★★ ©

Château Reynon Blanc 2018, Bordeaux, France (22,15 $ – 14393343). Est-il besoin de faire les présentations ? Si tel est le cas, regardez, humez et goûtez… Vous saisirez alors une espèce d’huile essentielle de sauvignon blanc monter en vous, synthèse à la fois matérielle et spirituelle d’un cépage qui a aussi le potentiel d’ouvrir sur de lumineux horizons de finesse, d’élégance et de longueur. Le tout emballé avec une précision d’horloger par le clan Dubourdieu et dont Denis était l’éminent calibreur en chef. Un bijou à bon prix. (5) ★★★ ©

The Barnstormer Syrah 2016, Alpha Domus, Nouvelle Zélande (25,95 $ – 13353251). Une version moderne de la syrah, qui souffle à la fois le chaud des maturités justes et le froid intègre de la précision fruitée. Un rouge aux nuances épicées pourvu de souplesse, mais aussi d’une densité qui allonge avec fraîcheur la finale. Servez-le un rien rafraîchi, après une heure ou deux de carafe, avec une côtelette d’agneau au romarin. (5) ★★★ ©

Nagy-Eged 2017, Stumpf Pincészet, Hongrie (26,40 $ – 14279081). Le kéfrankos, version hongroise du cépage blaufränkisch, fait tout de suite penser, par sa sapidité, son coulant plein de fraîcheur et son caractère végétal épicé, à un gamay noir qui aurait eu de mauvaises fréquentations. Mais diable qu’elles sont fréquentables, ces fréquentations ! Cette cuvée est convaincante par plusieurs aspects : précision et densité du fruité qui demeure d’une haute palatabilité, fraîcheur à vous réveiller en pleine nuit pour croquer dans un magret de canard tout entier et originalité absolue. Servir frais, mais à vos amis fréquentables, bien sûr. (5) ★★★ 1/2 ©

Godello Sobre Lias Valdeorras 2017, Oluar Do Sil, Pago de Los Capellanes, Espagne (29,10 $ – 14355339). Le cépage godello semble gagner en profondeur grâce à une vinification sur lie qui ajoute à la texture et à la densité tout en jouant sur la longueur en bouche. Bref, du sérieux. À la manière d’un 1er cru de chablis pour sa finesse et l’expression dégagée. Un blanc sec de gastronomie à passer en carafe avant de le jouer sur une sauce aux fruits de mer nichée au coeur de vol-au-vent feuilletés. (5) ★★★ 1/2 ©

Quelques pinots noirs… hors Bourgogne

Johanneshof Reinisch Pinot Noir 2018, Thermenregion, Autriche (22,80 $ – 13058113). Le célèbre noirien badine ici derrière ses arômes ensorcelants, comme si la légèreté de la vie lui convenait, en voulant la partager sereinement. Un bio de belle précision, léger, jovial, aux tanins vivants, palpables et particulièrement sapides. Servir à peine rafraîchi sur un hot chicken et ses petits pois verts ! Très autrichien, tout ça ! (5) ★★★

Menetou Salon Morogues 2017, Domaine Pellé, Loire, France (29 $ – 14292446). L’agilité et le dynamisme fruité se font ici sentir tout au long d’un parcours où la légèreté d’ensemble prime avant tout. Cette maison familiale fiable nous offre une version maîtrisée, parfumée, presque délicate, mais tout de même pourvue d’une finale bien sentie pinot noir. Déjà fort accessible. (5) ★★★ ©

Cali’s Cuvée 2016, Left Coast, Willamette Valley, Oregon, États-Unis (29,15 $ – 14453705). J’ai une pensée pour tous ces vignobles qui, au sud de l’Oregon, ont récemment eu à subir le ravage des flammes. La vigne y pleure de tout son sang, mais elle se relèvera. L’enthousiasme pour le beau vin me parvient en retour avec ce pinot noir croquant bon la cerise mûre, avec ses tanins tendres, frais, moelleux et savoureux. L’ensemble est homogène, sans toutefois plonger en profondeur plus avant. La finale, de bonne longueur, demeure franche, doucement épicée, un rien fumée. (5 +) ★★★ 1/2 ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoile