Une première Master of Wine au Québec

Jacqueline Cole Blisson comptait cette année parmi les 16 nouveaux MW diplômés.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Jacqueline Cole Blisson comptait cette année parmi les 16 nouveaux MW diplômés.

Faut-il être nécessairement diplômé pour saisir tous les arcanes du vin ? Certains en jouissent librement, sans se soucier du pourquoi et du comment. D’autres, plus pointus, s’échinent à en extirper la substantifique moelle jusque dans sa moindre radicelle.

C’est le cas de Jacqueline Cole Blisson, première Québécoise à inscrire le titre fort envié de Master of Wine (MW) à son tableau de chasse. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Pour preuve : 341 étudiants provenant de plus de 41 pays étaient inscrits dans le programme d’étude 2019-2020. Jacky comptait cette année parmi les 16 nouveaux MW diplômés.

Depuis sa création, l’Institut totalise aujourd’hui 409 membres issus de 30 pays. Nous nous entretenions avec elle la semaine dernière.

Pouvez-vous nous décrire ce qu’est le diplôme du Master of Wine, qu’il s’agisse de ses origines, de son utilité, des efforts consentis et du temps consacré pour l’obtenir ?

L’Institut, né à Londres en 1955, a pour mission à l’origine d’améliorer les connaissances des marchands de vin dans une perspective de commerce et de marketing. Pour s’inscrire, il faut avoir obtenu le WSET (Wine & Spirit Education Trust) level 4 Diploma ou un Masters Degree reconnu de niveau équivalent. Les études du MW couvrent l’ensemble des sujets clefs de la filière vin : la viticulture, l’œnologie et, bien entendu, la dégustation. Le programme comprend au minimum trois années d’études, qui, en réalité, s’étendent sur cinq à sept années étant donné sa difficulté.

Mais diable ! Quelle mouche vous a piquée pour vous engager dans la démarche à vouloir le décrocher ?

J’ai toujours été attirée par le monde du vin. Mon père était un vrai passionné. Il s’amusait à me faire sentir et commenter de grands bourgognes, bordeaux et portos depuis que je suis toute petite.

Quand j’ai décidé de déménager en Bourgogne pour poursuivre des études vinicoles, nous parlions déjà du but ultime, le MW. Il est décédé en 2008 d’un cancer, je me suis engagée dans cette voie, en partie en mémoire de lui.

Quelles opportunités s’ouvrent à vous maintenant que vous détenez ce diplôme ?

Devenir MW a été mon plus gros défi professionnel jusqu’à présent. Le plaisir d’avoir obtenu un tel diplôme est une source de très grande fierté.

En tant que membre de l’Institut, les occasions pour continuer d’apprendre et de déguster de grands vins sont infinies. De plus, mes rencontres et amitiés forgées au cours de ces années, avec des passionnés du vin comme moi, ont été fabuleuses. Enfin, travaillant à mon compte comme écrivaine, consultante et formatrice, le MW est un titre qui ouvre la porte à d’intéressantes occasions.

Recommanderiez-vous de s’engager dans l’obtention de ce diplôme, sachant qu’il existe d’autres types de qualifications selon les orientations de chacun ?

Oui, je le recommande à toute personne qui cherche à acquérir un haut niveau de connaissances du monde du vin et à intégrer un groupe d’experts internationaux. Il n’est évidemment pas nécessaire de faire un MW pour apprendre, comprendre et réussir dans cet univers. Il existe effectivement une large palette de formations, en passant par la viticulture, l’œnologie, le WSET et enfin la sommellerie, jusqu’au Master Sommelier, diplôme le plus prestigieux de la sommellerie, dont le Québec est fier d’en détenir deux.

Au moment où vous lirez ces lignes, 12 candidats aspirent, de leur côté, à décrocher le titre de Meilleur Sommelier du Québec qui sera décerné demain, samedi 12 septembre, à l’ITHQ à Montréal. Le lauréat ou la lauréate remportera une bourse SAQ de 10 000 $ ainsi que de 5000 $ en produits pour l’aider à poursuivre son entraînement en vue de représenter le Québec lors du concours du Meilleur Sommelier du Canada, qui se déroulera en 2021.

Vins sans alcool

Deux nouveaux « vins » sans alcool faisaient récemment leur apparition en tablettes, tous deux de la maison portugaise José Maria da Fonseca. Physiquement désalcoolisé après une fermentation à basse température, ce type de vin me semble toujours nettement plus « performant » au nez qu’en bouche, l’alcool faisant office de « transporteur » de flaveurs de choix, au nez comme en bouche, à la fois sur le plan de la texture et de la profondeur. Le défi est donc d’assurer l’équilibre en absence d’alcool. Pari tenu ici ? Pas si sûr. En blanc, le Moscatel Galego Branco 2018 (9,75 $ – 14366812), et en rouge, l’assemblage syrah-touriga Nacional 2018 au même prix (14366759). Passons sur la notion de millésime, qui n’ajoute en rien selon moi au pedigree de l’ensemble. La première cuvée est joliment aromatique avec une typicité variétale précise, alors que la bouche est rafraîchie par sa touche de gaz carbonique et son acidité bien sentie. On mentionne quelque 40 grammes de sucres résiduels par volume (dans les deux vins) sur le site SAQ (soit des hydrates de carbone, dont les sucres totalisant 102 grammes par volume de 100 ml sur la contre-étiquette), une notion de sucrosité qui n’est curieusement pas perceptible au final. Même chose pour le rouge, mais avec une acidité encore plus perceptible et un fruité qui m’a semblé plus diffus, sans repères de notion variétale. La finale allonge une pointe d’amertume qui n’est toutefois pas désagréable. En conclusion : Il vaudrait mieux troquer ici la notion de vin pour celle de boisson aux raisins qui, bien que chimiquement passablement élevée sur le plan des sucres, a le mérite d’une vivacité qui ajoute à la digestibilité du produit. C’est correct, sans plus.

À grappiller pendant qu’il en reste!

Grand Marrenon 2018, Lubéron, Rhône, France (19,15 $ – 10678167). C’est puissant et substantiel, avec une solide base fruitée et épicée, le tout encadré d’un boisé qui ajoute sa touche grillée empyreumatique. Un rouge de caractère qui, bien que simple dans la nuance, n’en est pas moins généreux de coeur. Bavette, saucisse, daube ou civet : passez à table ! (5) © ★★1/2

Sommariva Brut, Prosecco Superiore Conegliano Valdobbiadene, Vénétie, Italie (19,95 $ – 14444391). Nous ne faisons pas ici dans le prosecco à gogo destiné à un public pour qui toutes les bulles se ressemblent. Nous avons plutôt affaire à un mousseux pas du tout dénué de finesse, avec ce qu’il faut de fringant, de sapidité, de clarté, bref, une mousseline de vin à donner le goût de rêver. Ou de tomber amoureux. Ou les deux. À ce prix, une jolie trouvaille ! (5) ★★★

Les Dames blanches du sud 2018, Domaine de Grangeneuve, Grignan-Les-Adhémar, Rhône, France (20 $ – 13945142). Vin de bouche et de textures, ce blanc sec séduit par son amplitude, sa vinosité et son caractère affirmé où les fruits blancs légèrement confits dominent. Pas particulièrement nuancé mais franchement savoureux, surtout sur les fromages en fin de repas. (5) © ★★1/2

Envol 2017, Domaine des Huards, Cheverny, Loire, France (22,40 $ – 12748278). Cette cuvée pensée et élaborée par Michel Gendrier selon le principe de la biodynamie est de celles qu’il ne faudrait surtout pas bouder. Car elle réjouit ! Ce qui n’est pas rien par ces temps moroses qui distancent les hommes et les rires. Cet assemblage de pinot noir et de gamay fait tout le contraire dans ce millésime en tout point accessible actuellement. C’est aromatique et parfumé, avec cette touche de rose fanée et de fraise des champs, sa trame souple, nourrie, de première fraîcheur. Le tout est parfaitement maîtrisé, de belle longueur. Une option pour faire changement des vins de Bourgogne, à moitié prix ! (5) © ★★★

Ce vin est une fête 2018, Élian da Ros, Côtes du Marmandais, France (23,25 $ – 11793211). On a l’impression d’assister ici à une fête des vendanges où les vendangeurs, exténués mais heureux après une journée à jouer du sécateur, s’écrasent mutuellement au visage de belles grosses grappes colorées et juteuses d’abouriou pour se taquiner avant d’aller faire bombance. C’est ici coloré, juteux, d’une droiture exemplaire, avec ce coulant, cette sapidité mise en relief par de légers tanins. Encore une fois, une fête, oui ! (5) ★★★

Sancerre « Ovide » 2017, Pierre Morin, Loire, France (36 $ – 12202380). C’est fin, très fin. L’impression, au nez, d’un artiste de cirque qui jongle avec le sauvignon d’une main et la pépite minérale du terroir (les caillottes locales) de l’autre dans une arabesque qui crée l’illusion tant la fusion assure la dynamique d’ensemble. Un blanc sec élancé, « salant » au passage une bouche à la fois tendre et tendue, d’une exceptionnelle brillance. Un bio de haut niveau dégusté ici pour la première fois. Il faut un début à tout ! (5+) © ★★★1/2

Hors série 2018, Domaine Philippe Gilbert, Menetou-Salon, Loire, France (37,25 $ – 14003624). Un un dégustateur m’avouait, lors d’une rencontre animée, vouloir des sulfites dans son vin, car, au prix payé pour le flacon, il avait l’impression de se faire avoir s’il n’y en avait pas. C’est un point de vue. Que je le rassure : même « sans », c’est bon ! Mieux, c’est intègre. Ce hors-série le prouve « les deux doigts dans l’nez », même si l’expression apparaît peu appétissante et pas du tout pratique, car comment, en effet, sentir ces notes de cerise fumée si on pose un tel geste ? Vrai par contre que l’aspect variétal du pinot noir en prend pour son rhume. La bouche offre mâche et structure, étayée ici par une acidité qui construit finement la trame tannique. Une certaine puissance doublée d’une longueur en finale se dégage de l’ensemble. Deux bonnes heures de carafe lui astiqueront les articulations, servi un rien rafraîchi, sur un pâté à la dinde par exemple. (5+) © ★★★1/2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles